Plus de dix ans après le génocide, le Rwanda doit toujours relever le défi du règlement judiciaire des personnes accusées de génocide, mais les tribunaux populaires – les gacaca – souffrent de la faiblesse des moyens disponibles pour la justice et des interférences politiques. Malgré les bonnes notes délivrées par les organismes multilatéraux, la situation des couches les plus pauvres de la population et l’ouverture démocratique ne s’améliorent pas.
Au Burundi, la concentration récente du pouvoir s’accompagne de la détérioration des droits humains, malgré la fin des combats, hypothéquant les efforts entrepris pour l’amélioration de la situation quotidienne de la population.
Quant à la RDC, la transition vers un Etat de droit semble à portée de mains des Congolais, si la lutte contre l’impunité et la construction de la bonne gouvernance épaulent l’installation des nouvelles institutions. L’intégration des forces armées et le démantèlement rapide des milices en seront l’indice le plus visible. L’exploitation des ressources minières est susceptible de générer des ressources fiscales conséquentes. Il sera cependant primordial de veiller à maximiser la valeur ajoutée nationale et à assurer l’assainissement du secteur. Les populations doivent être parties prenantes et bénéficiaires de cette exploitation.
Dans ces pays, les revenus de plus de 80 % de la population sont liés à l’agriculture familiale et les besoins essentiels de santé et d’éducation ne sont toujours pas couverts. L’élaboration de politiques sociales à long terme est aussi difficile que nécessaire avec des budgets publics qui dépendent pour près de la moitié des contributions des bailleurs de fonds internationaux.
La consolidation de la paix au sein et entre ces pays ouvre enfin la voie au développement d’une économie régionale impliquée dans les ensembles régionaux déjà existants. Mais cette perspective reste truffée d’obstacles, tant les tensions régionales restent vives.
Malgré l’apport indéniable de la Belgique dans l’engagement de la communauté internationale pour soutenir les pays des Grands Lacs, le respect des droits humains n’a pas été pris suffisamment en compte pour lutter contre l’impunité, ni pour faire évoluer les concepts de bonne gouvernance locale. Les pressions diplomatiques sont restées confinées dans des cercles étroits de pouvoir, ce qui a grandement affaibli leur impact sur l’exercice démocratique du pouvoir.
La Belgique a déclaré qu’elle pourrait s’engager à annuler les dettes bilatérales vis-à-vis de ces pays, mais reste floue sur le timing et ne dit rien sur les conditionnalités qui accompagnent traditionnellement ce genre de mesures et sont préjudiciables à la population. Le gouvernement s’est engagé à annuler les dernières dettes de la RDC avec la Belgique, mais cela n’apportera que peu de ressources additionnelles, car l’essentiel de la dette congolaise a déjà été restructurée depuis 2002.
Au Rwanda, la Belgique a massivement appuyé le renforcement de la santé, de l’éducation, du système judiciaire par la coopération bilatérale et a contribué aux programmes multilatéraux pour le développement rural. Par contre, elle s’est alignée sur un développement à deux vitesses prôné par la Banque Mondiale : la loi foncière favorise nettement ceux qui peuvent investir dans les cultures d’exportation, ce qui requiert un niveau certain de capital et exclut donc les familles les plus pauvres.
En RDC, le gouvernement belge s’est distingué par un soutien continu au processus de Kimberley, à la bonne gouvernance et au processus électoral, mais aucune mesure concrète n’a été prise pour contrôler l’éthique des agissements des entreprises belges. Par ailleurs, l’évolution inquiétante du secteur forestier, dans un contexte de non-gouvernance et d’entraves omniprésentes à la légalité, a été largement ignorée. Au Burundi, la Belgique doit poursuivre ses efforts pour faire de la coordination des bailleurs une exigence et appuyer les efforts en matière de soins de santé et d’éducation. Le respect des droits humains doit rester au centre de l’agenda diplomatique avec le gouvernement burundais, tout en veillant à la réalisation des programmes à impacts immédiats.
Au niveau belge :
Au niveau européen et international :
Particulièrement en RDC :
Chargée de l’Afrique centrale
Secrétaire général