COP22 : que retenir de la conférence climat de Marrakech ?
Conférence sur le Climat - COP22, Marrakech
© Véronique Rigot

Climat

COP22 : que retenir de la conférence climat de Marrakech ?

La 22e conférence des Nations Unies sur les changements climatiques s’est terminée dans la nuit du 19 novembre avec l’adoption d’une liste de décisions qui permettront de travailler à la mise en œuvre de l’Accord de Paris. Quelles sont ces décisions ? Quels ont été les débats et les moments marquants de cette conférence climat ? Eclairage.

L’Accord de Paris, déjà entré en vigueur moins d’un an après sa conclusion, a été ratifié par 111 pays (sur 196 au total). Comme c’est la tradition, le Ministre des Affaires étrangères du pays hôte préside la conférence des Nations Unies. Dans tous les discours préparatoires, le Président Mezouar avait martelé ses objectifs : faire de cette conférence une « COP de l’action » et une « COP du sud » [1].

Quelles étaient les attentes des pays en développement ?

A l’agenda, il y avait des questions importantes pour les pays en développement, en particulier la place de l’agriculture dans les comptabilisations carbone internationales, l’aide climatique internationale (et en particulier le financement des stratégies d’adaptation) ou encore le futur mécanisme international d’assurance pour les catastrophes climatiques (pertes et préjudices). On quitte Marrakech avec une liste de décisions quant à l’organisation du travail des années de négociations à venir, une déclaration politique (la proclamation de Marrakech pour l’action climatique et le développement durable [2], adoptée le 17 novembre) et une feuille de route d’action conjointe des acteurs étatiques et non-étatiques démontrant la bonne volonté générale à agir pour le climat.

3 grands groupes de travail technique et une multitude de dossiers qui ont avancé

Qu’en penser ? Les décisions techniques [3] prises sont essentielles pour la suite du processus. Elles concernent une multitude de dossiers qui sont négociés de façon parallèle parfois depuis quelques années, dans le cadre de deux grands groupes de travail technique : le transfert de technologies, le renforcement des capacités, les modalités pour la comptabilisation des financements climat, ou encore le contenu des contributions nationales (les plans climat déposés par chaque Etat auprès des Nations Unies pour détailler les décisions politiques mises en place pour agir contre le réchauffement). A ces deux grands groupes de travail technique s’est ajouté cette année un nouveau groupe de travail qui se concentre sur la mise en œuvre de l’Accord de Paris, et par exemple la création d’un mécanisme de mise en œuvre et de suivi, ou encore des règles pour assurer la transparence des engagements pris.

Les questions-clef de la négociation finale

Quatre questions clef ont animé les débats politiques de la fin de la conférence. Tout d’abord, la perspective de 2018 comme prochain momentum politique international. En 2018 sera publié le prochain rapport du Groupe intergouvernemental des experts sur l’évolution du climat (GIEC) consacré aux efforts nécessaires pour atteindre l’objectif de 1,5°C. Ce sera également l’occasion d’un dialogue de haut niveau sur les ambitions à lutter contre le réchauffement. Deuxièmement, le statut du Fonds pour l’Adaptation dans la future architecture financière de l’Accord de Paris a fait l’objet de longs débats, les pays en développement souhaitant que ce fonds, sous-financé depuis des années, soit reconnu comme le 5e fonds officiel de l’Accord de Paris, au même titre que le Fonds Vert pour le Climat, le Fonds pour les pays les moins avancés. Ce débat reflétait le souhait des pays en développement de voir le financement de l’adaptation visibilisé et rehaussé, en correspondance aux débats sur le financement à long terme (troisième gros débat politique) et la perspective de respecter les engagements annoncés à Copenhague de délivrer 100 milliards de dollars annuels à l’horizon 2020. Enfin, quatrième point de confrontation entre pays développés et en développement, les sujets orphelins : une liste de sujets reconnus comme importants dans l’Accord de Paris mais qui ne sont actuellement négociés dans aucun groupe de travail. Sur ce sujet, faute d’accord, les discussions sont reportées à la prochaine COP. Pour le Fonds pour l’Adaptation et le financement climat à long terme, une feuille de route pour les 100 milliards a été publiée et les grands principes ont été réitérés sans annonce réellement nouvelle. La décision sur le sort du Fonds pour l’Adaptation est remise à 2018 et l’appel à financement de 80 millions de dollars pour 2017 a été satisfait (notamment grâce aux contributions des Régions belges [4]). Enfin, le débat sur 2018 a permis d’aboutir à un mandat donné aux présidences actuelles et futures des COP (le Maroc, les Iles Fidji et la Pologne) pour préparer le dialogue. La COP24 en 2018 s’annonce donc comme le prochain moment politique clef.

Des engagements politiques pour l’action climatique

Les décisions techniques ne présentent pas de grandes avancées, elles sont principalement des questions d’agenda de travail pour les mois à venir. Ce n’est pas creux pour autant, ces décisions sont nécessaires, et cela a d’autant plus de valeur que les programmes de travail des Nations Unies sont suivis de façon très rigoureuse, au mois et au jour près. Les Nations Unies ont beau être extrêmement bureaucratiques, il faut leur reconnaître cette rigueur procédurière qui fait que, bien que progressant extrêmement lentement, le progrès est néanmoins objectivé. Par contre, ne communiquer que sur de petites avancées techniques n’aurait pas permis de communiquer positivement sur les résultats de la conférence. Aussi, la présidence marocaine a souhaité rédiger une déclaration politique, marquant l’engagement des décideurs à agir dans le cadre de l’Accord de Paris. Cette déclaration, in fine assez creuse –d’autant plus après l’entrée en vigueur historiquement rapide de l’accord—, a été poussée par de nombreux pays désireux de communiquer un signal d’autant plus positif que plane l’ombre de Trump, qui pourrait d’ici quelques mois déstabiliser ces négociations climatiques si lentes et si complexes.

Agir à tous les niveaux

Communiquer positivement, donc, photos victorieuses à l’appui, pour montrer au monde que quoiqu’en pense la première puissance économique mondiale, le processus d’action pour le climat est irréversible. C’est aussi l’objectif de la feuille de route d’action conjointe des acteurs étatiques et non-étatiques pour le climat (gouvernements régionaux, villes, communes, entreprises, …). Pour parvenir à cette déclaration [5], des journées thématiques ont été organisées pendant la conférence, en parallèle au processus de négociations entre Etats. L’Accord de Paris reconnaît l’importance d’agir à tous les niveaux pour lutter contre le réchauffement, toutes les bonnes volontés étant bienvenues. S’il est positif de voir cette intention de rassembler les acteurs de bonne volonté, ces sessions parallèles ont fait l’objet de certaines critiques, considérant qu’on nous distrait du véritable processus qui veut que les Etats sont là pour négocier un cadre de coopération internationale entre Etats.

Les véritables ambitions politiques

Ces déclarations de bonnes intentions sont vite relativisées par les engagements concrets des Etats pour limiter le réchauffement. Début novembre, le rapport annuel du Programme des Nations Unies sur l’Environnement (PNUE) [6] rappelait que les engagements des pays permettraient au mieux à limiter le réchauffement à 3°C. A Paris, les pays se sont engagés à 1,5°C. Les engagements politiques à rehausser leurs ambitions, voire à s’affranchir des énergies fossiles, ont donc plus de force qu’une vitrine de bonne volonté pour l’action climatique. Et à ce niveau, ce sont les pays en développement qui ont montré la voie à suivre : l’Argentine a révisé à la hausse sa contribution nationale, tandis que les 48 pays les plus vulnérables ont annoncé s’engager collectivement à passer au 100% renouvelable le plus rapidement possible. A cela s’ajoutent des plans climatiques à long terme, publiés entre autres par l’Allemagne, le Canada et les Etats-Unis. Certes, ces pays sont encore loin de s’engager au 100% renouvelable, il n’en est pas moins que peu importe leur complexité institutionnelle, ils ont une vision climatique et énergétique à long terme.

Et en Belgique ?

Les COP ont ça de bon qu’elles sont l’occasion d’un dialogue privilégié avec les ministres belges présents. A défaut d’un dialogue politique entre fédéral et Régions, il y a un dialogue entre ministres et société civile. En Belgique, où il n’existe même pas de plan national climat à l’horizon 2020 [7], les ministres devront se rendre à l’évidence des attentes européennes : une vision nationale intégrée en matière d’énergie et de climat devra être communiquée d’ici début 2018. Les ministres devront donc dépasser leurs inimitiés politiques et interpersonnelles pour entamer le dialogue sans tarder en 2017.

La transition juste

La tâche est grande et les objectifs européens à l’horizon 2030 beaucoup plus ambitieux. Il faudra s’attaquer à la question du transport, que l’on sait être notre point faible, réinvestir dans les transports en commun, et en particulier la SNCB, agir sur la fiscalité environnementale, à l’instar des recommandations récurrentes de l’OCDE, notamment pour limiter le nombre de voitures de société (un coût pour nos entreprises). La bonne nouvelle ? Ces mesures sont porteuses d’emplois. La transition est susceptible de mener à une création nette d’emplois en Belgique, de l’ordre de 80 000 emplois en 2030 par rapport à un scénario à politique inchangée [8]. Ces mesures seront d’autant plus bénéfiques si elles se font dans le dialogue avec les syndicats, dans une perspective de transition juste. Inscrit dans l’Accord de Paris, ce concept est désormais inscrit dans le programme d’un groupe de travail technique, dont la réflexion pourra inspirer la Belgique.

Rendez-vous à Bonn pour une COP23 fidjienne

La COP22 s’achève sur le bilan de petites avancées techniques, des programmations de réunions de travail et de rencontres pour échanger les points de vue. On aimerait qu’il en soit de même au niveau belge également, où la complexité institutionnelle n’est une excuse que pour les politiques qui ne veulent pas dialoguer entre eux. La complexité institutionnelle des Nations Unies n’empêche pas le processus d’avancer à tous petits pas.

Avec la perspective du momentum de 2018, la prochaine COP s’annonce elle aussi, comme une étape intermédiaire. Elle sera présidée par les îles Fidji (archipel du Pacifique, au-delà de la Polynésie française) mais faute de disposer des moyens nécessaires pour l’organiser, la conférence se déroulera au siège du secrétariat des Nations Unies pour les changements climatiques, à Bonn, en novembre 2017. Gageons que cette prochaine conférence climat engrange de réelles avancées pour les pays en développement. Pour eux, le réchauffement n’est pas un canular.

[1Voir notre article « L’Accord de Paris entre en vigueur, tout reste à faire » : www.cncd.be/L-Accord-de-Paris-entre-en-vigueur

[3Ces décisions techniques sont adoptées dans 3 enceintes de décision : la COP (conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, la CMP (conférence des Parties ayant adhéré au Protocole de Kyoto) et la CMA (conférence des Parties ayant adhéré à l’Accord de Paris). Cette COP22 était ainsi également la 12e sous le Protocole de Kyoto (CMP12), en vigueur jusqu’en 2020, et la première sous l’Accord de Paris (CMA1).

[6UNEP, Emission Gap Report 2016, http://web.unep.org/emissionsgap/

[7On dispose uniquement de l’Accord intrabelge de répartition des objectifs climatiques et énergétiques (Burden sharing) conclu fin 2015 et qui couvre la période 2013-2020.

[8L’étude sur les impacts macro-économiques de la transition bas carbone en Belgique démontre que : http://www.climat.be/2050/files/7114/7637/3604/macro_low_carbon_FR.pdf