Cinq mesures pour changer l’Europe

Face aux mesures d’austérité, comment éviter une « décennie perdue » pour l’Europe ? Des mesures alternatives urgentes s’imposent pour éviter un scénario comparable à celui des années 1930.

Arnaud Zacharie
Mise en ligne le 6 juillet 2010
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Le plan de sauvetage de 750 milliards d’euros annoncé le 10 mai 2010 et impliquant la Commission européenne, le Conseil des Etats membres, la Banque centrale   européenne et le Fonds monétaire international, bien que beaucoup trop tardif, a permis de gagner du temps. Mais les mesures d’austérité imposées en contrepartie semblent excessives et pourraient se révéler à terme contre-productives. Le pire des scénarios serait en effet l’austérité généralisée : demander aux Etats de se désendetter, alors que les agents privés sont loin d’avoir fait de même, c’est ouvrir la porte à la récession   et à la déflation  . C’est ce scénario qu’ont connu le Japon dans les années 1990, les pays latino-américains dans les années 1980, et les pays occidentaux dans les années 1930. Partout, il a débouché au minimum sur une « décennie perdue ».
Aussi, comme le craint Jacques Le Cacheux : « Nous n’avons pas évité la crise des années 1930, mais seulement sa première étape [1]. » C’est pourquoi des mesures alternatives sont urgentes. En voici cinq pour changer l’Europe.

1. La réglementation du système bancaire et financier

Si les Etats sont aujourd’hui fortement endettés, c’est parce qu’ils ont dû courir au chevet du système bancaire dont les prises de risques démesurées ont mené la planète financière dans une crise systémique  . Se limiter à aligner des plans de sauvetage dispendieux à chaque attaque spéculative ne peut qu’aggraver la situation jusqu’à saturation et renforcer l’« aléa moral », c’est-à-dire l’assurance pour les opérateurs financiers que, quoi qu’ils fassent, ils seront sauvés, ce qui ne les incite pas à davantage de prudence et renforce le risque systémique. C’est pourquoi il faut réguler le système bancaire et financier en scindant les fonctions de banque d’affaires et de banque de dépôts, en augmentant les ratios de fonds propres et en limitant fortement les « effets de levier » des opérateurs financiers, en encadrant l’évolution du crédit privé pour enrayer l’économie de bulle.

Notes

[1] Alternatives économiques n° 291, mai 2010.