Commerce, j’écris ton nom …

« Pas au sud, complètement à l’ouest ! », la chronique subjective et complètement à l’ouest,… de Gérard Manréson, docteur ès cynisme à HECC, la Haute école du Café du Commerce.
Tous les deux mois dans notre magazine dlm-demain le monde (www.cncd.be/dlm)

Gérard Manréson
Mise en ligne le 26 juillet 2012
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J’aime les gens qui ont réponse à tout mais j’aime encore plus ceux qui ont la même réponse à tout. Mon camarade Pascal, mon ami Lamy est l’un de ceux-là. Il fait partie de ces gens qui se lèvent tôt non pas pour gagner plus mais pour faire avancer le monde. Chaque matin, dans son bureau de la World Trade Organisation, après son jogging autour du Lac Léman et entre deux parties de Monopoly, il enchaîne les interviews pour mieux distiller sa réponse. Le climat se réchauffe ? Commerce international. La faim augmente dans le monde ? Commerce international. Vous souffrez d’eczéma ? Commerce international...

Libéralisation = voie sans issue

Les solutions aux problèmes alimentaires et environnementaux ne passent pas par plus de libéralisation commerciale mais par des politiques agricoles relocalisées et garantissant des prix rémunérateurs pour les producteurs et accessibles aux consommateurs. Malheureusement, l’UE continue de croire qu’elle a vocation à nourrir le monde alors qu’elle a besoin de l’équivalent de sa surface de terre agricole dans les pays du sud pour se nourrir. En faisant le choix de la libéralisation du commerce agricole, elle favorise l’agro-industrie et les multinationales agroalimentaires qui peuvent produire ou s’approvisionner là où c’est le plus profitable pour elles.

Il y a quelques semaines encore, Mon Pascalou – on est très proches ! - se confiait aux médias : « Je suis fermement convaincu que le commerce international des produits alimentaires devient une obligation environnementale ». Wouaaw ! Plus besoin de discuter de choix politiques, de faire des élections et de bavarder sur tous ces rapports qui s’épanchent sur les dégâts de la libéralisation du commerce, c’est une obligation !

Parce qu’il faut tout de même que je vous avoue ma lassitude à entendre partout ce même refrain : brocolis d’ici, légumes d’à côté, fruits de saison, relocalisation, lien social avec le producteur, etc. Ils sont fa-ti-gants avec leur « relocalisme » ces bachibouzouks à pantalon large. Quels petits esprits ! Quelle vision étriquée de l’avenir ! Il est évident que demain les chicons viendront de la Lune et les épinards de Mars et ce sera super pour l’environnement.

Jamais en panne d’arguments, Pascalou expliquait aussi qu’il faut se spé-cia-li-ser et ne produire QUE ce pour quoi on est le plus efficace. En Belgique, c’est la bière ; au Kenya, ce sont les fleurs. Après, on échange et tout le monde est gagnant. Spécialisation = efficacité = moins de CO2. D’ailleurs, les fleurs au Kenya transportées par avion dégagent moins de CO2 que des fleurs européennes cultivées sous serre. C’est ce qu’il y a de bien avec le CO2, ça permet de ne pas parler des maladies dues aux pesticides au Kenya. Oui, les maladies de la peau, moi, ça me coupe l’appétit et ça gâche l’ambiance !

Pascalou a même ajouté que « le commerce international est aussi une obligation morale  » pour permettre aux pays excédentaires de nourrir les pays déficitaires. Obligations « environnementale » et « morale  » ... Tcheudi ! Quelle force de conviction. Quelle clarté dans le propos ! Et cette façon d’asséner une idée tout en laissant transparaître que celui qui n’est pas d’accord est un sinistre idiot. Trop fort. Il faudrait le cloner. Toutefois, si quelqu’un demande pourquoi ces pays sont déficitaires, faites comme Pascalou : noyez le poisson en accusant d’égoïsme ceux qui veulent remettre en cause le généreux commerce international. Ensuite, imposons ces obligations partout : rééduquons ceux qui cultivent leur jardin et plantent des tomates sur leur balcon, alors que seul le houblon est permis. Balançons du napalm sur ces paysans maliens qui veulent faire du riz, alors que seuls ceux qui se spécialisent dans l’exportation de mangues vers l’Europe n’ont de valeur aux yeux de Pascalou.

Plus que jamais, notre monde en recherche de moralité a besoin d’une grande idée portée par un grand homme ...

Alors,
merci qui ?

P.-S.

Source : chronique publiée dans dlm-demain le monde (www.cncd.be/dlm), n°13, mai-juin 2012.