Les coupoles CNCD-11.11.11 et 11.11.11 - Koepel van de Vlaamse Noord-Zuidbeweging, leurs organisations membres, la CSC, la FGTB et la CGSLB rencontreront le Commissaire au Commerce Karel De Gucht ce jeudi 27 février, pour échanger sur les liens entre commerce et développement, suite à la publication en janvier de la Communication « Commerce, croissance et développement » de la Commission Européenne.
En septembre 2011, la Commission européenne demandait l’avis de la société civile sur une future communication sur « le commerce et le développement » à paraître en 2011. En janvier 2012 sortait une communication intitulée « Commerce, croissance et développement : ajuster la politique commerciale et d’investissement aux pays qui ont le plus besoin d’aide », préparée par le commissaire au Commerce Karel De Gucht.
Le CNCD-11.11.11 répondait aux 25 questions posées par la consultation sur base d’une idée simple : le commerce international peut aider au développement des pays qui en ont le plus besoin, si certaines conditions sont réunies, mais la libéralisation à outrance peut avoir des effets dévastateurs en terme d’emploi, de souveraineté alimentaire, de santé, de droits humains ou d’environnement. La question à laquelle il nous semblait naturel de répondre était : « Comment mettre le commerce au service du développement ? ».
Or la Communication du 27 janvier semble répondre à une autre question : « Comment les fonds de la coopération au développement peuvent-ils contribuer à augmenter le volume du commerce international ? », se basant sur une hypothèse fausse mais bien pratique : commerce = croissance = développement, à condition que les pays « les moins avancés » acceptent les « réformes internes essentielles » qu’ils devraient, pour bien faire, « s’approprier ».
Derrière cette bataille de mots c’est surtout des intérêts divergents mis en confrontation qui empêchent M. De Gucht et l’UE de réellement s’engager pour un commerce qui serve le développement. En effet, il y a à Bruxelles entre 15 000 et 30 000 lobbyistes dont l’écrasante majorité représente les intérêts des grandes entreprises européennes [1]. Ces personnes prennent beaucoup de leur temps pour souffler à l’oreille des institutions européennes leurs priorités pour la politique commerciale, orientées vers un objectif : s’accaparer leur part du gâteau des pays à croissance forte (principalement les pays émergents et certainement pas les pays européens), ce qui implique par exemple de :
D’ailleurs, c’est ce type d’intérêts offensifs qui étaient déjà sous-jacents aux communications « Une Europe compétitive dans une économie mondialisée » (2006) et « Commerce, croissance et affaires mondiales » (2010). Ce sont ces documents qui avaient défini la politique commerciale européenne, y compris (et surtout) avec les pays en développement. La communication de 2012 ne propose donc rien de nouveau, si ce n’est de mettre la coopération au développement au service de cet agenda commercial portant les intérêts européens offensifs et défensifs.
La contribution du CNCD-11.11.11 proposait principalement, en accord avec de nombreuses autres contributions de la société civile, de :
L’ensemble de nos recommandations peut être lu dans notre réponse, publiée sur le site de la Commission [5] ou dans le fichier ci-dessous à télécharger.
La politique commerciale internationale est multiple et complexe, et ses relations avec le développement le sont presque autant. Ni ce qui précède ni notre réponse à la consultation n’a la prétention d’en faire le tour. Nous concluons par une question concrète que nous adresserons à M. De Gucht :
Si l’Union Européenne a réellement l’intention d’ajuster la politique commerciale et d’investissement aux pays qui ont le plus besoin d’aide, et parce que le seul moyen crédible d’aider ceux qu’on prétend aider est de les impliquer, quelles actions concrètes seront mises en place pour que la négociation des 4 nouveaux accords commerciaux et d’investissement avec la Tunisie, l’Egypte, le Maroc et la Jordanie, entamée récemment [6], offre une place suffisante aux travailleurs, paysans, citoyens, organisations de défense des droits humains et de l’environnement et à tout acteur concerné, dans les négociations et les décisions concernant ces accords ?
Cela implique bien sûr d’être prêt à entendre que pour certains d’entre eux, vu le contexte complexe de leur pays en pleine redéfinition de leur modèle de développement, la négociation de tels accords est simplement à reporter, voire à proscrire.
[1] www.corporateeurope.org/site...
[2] www.cncd.be/ABI-une-camisole...
[3] www.ipsterraviva.net/Europe/...
[4] Voir par exemple l’étude d’impact de la zone de libre-échange EU-Méditerranée : http://trade.ec.europa.eu/doclib/do...
[5] http://trade.ec.europa.eu/doclib/do...
[6] Voir : www.cncd.be/Maghreb-Machrek-...