Développement durable : que retenir du HLPF 2017 ?
La Belgique a présenté son premier rapport d'avancement dans la mise en œuvre des objectifs de développement durable. La représentante du Conseil de la Jeunesse, Anne-Sophie Dubrux, a fait une présentation au nom de la société civile belge, rappelant nos priorités pour la mise en œuvre dans les politiques nationales et internationales .

Développement durable : que retenir du HLPF 2017 ?

Ce 20 juillet, le Forum politique de haut niveau sur le développement durable se termine à New York. Quels ont été les moments marquants ? Que retenir en particulier de la présentation des rapports volontaires nationaux, et en particulier du premier rapport d’avancement belge ? Quelles sont les recommandations de la société civile pour continuer d’améliorer le processus ?

L’édition 2017 du Forum politique de haut niveau pour le développement durable s’est clôturée avec l’adoption d’une déclaration ministérielle [1]. Pas moins de 44 pays, dont la Belgique, se sont prêtés cette année à l’exercice de présenter un rapport national d’avancement dans la mise en œuvre des objectifs de développement durable. Un succès pour les Nations Unies qui cherchent à populariser le programme 2030 pour le développement durable pour en assurer la mise en œuvre.

Que retenir de la présentation des rapports nationaux volontaires ?

Comparaison n’est pas raison. Néanmoins, dans un contexte multilatéral où il est éminemment complexe de parvenir à des engagements universels contraignants, c’est la comparaison qui fait figure de moteur pour l’action. Le Programme international pour le développement durable, et en particulier cet exercice de rapports nationaux volontaires, est un parfait exemple de l’émulation entre Etats membres des Nations Unies. Ces 44 pays qui ont présenté leur rapport volontaire cette année ont démontré à quel point l’exercice est perçu différemment par les uns et les autres.

Le texte du Programme 2030 pour le développement durable stipule que les rapports volontaires doivent contenir une vision de long terme, présenter les réalisations et les défis encore à relever, et suivre les progrès dans la mise en œuvre de l’ensemble du programme universel, y compris des objectifs, des cibles et des moyens de mise en œuvre. Mais l’interprétation qui en est faite par les pays est très variable. Ainsi, pour ne prendre que trois critères de comparaison : tous les pays ne rapportent pas sur les 17 objectifs de développement durable (la Belgique l’a fait) et a fortiori sur les moyens de mise en œuvre (ce point était très légèrement abordé dans le rapport belge), et tous les pays n’incluent pas les organisations de la société civile de la même manière dans le processus de préparation du rapport et de suivi de la mise en œuvre des objectifs [2].

Des progrès et des inquiétudes

Au-delà, les 44 pays se sont attelés sérieusement à l’exercice, avec un haut degré d’engagement de la part du pouvoir politique. Des progrès significatifs ont été réalisés dans la mise en place de structures institutionnelles pour le suivi national des objectifs et un nombre considérable de pays fait tout de même référence explicite à l’inclusion des femmes et des jeunes dans le processus, bien qu’incluant de manière très variable la société civile. Telle est l’analyse faite par le réseau international Together 2030 [3], qui réunit la société civile au niveau international.

Parmi les inquiétudes, le manque de vision de nombreux pays (en développement mais aussi développés) quant à la trajectoire pour atteindre les objectifs. Ainsi, de nombreux pays – dont la Belgique – considèrent leur premier rapport d’avancement comme un exercice d’inventaire national de tout ce qui est déjà mis en œuvre pour le développement durable. Or l’esprit de l’exercice doit être de faire le point sur les efforts mis en œuvre depuis l’adoption du programme international et de présenter une trajectoire pour atteindre les objectifs. L’exercice d’inventaire ne devrait donc être que la première partie du rapport qui devrait contenir des engagements politiques sur les grands défis auxquels le pays fait face. Par ailleurs, trop peu de pays présentent un cycle clair pour l’inclusion de la société civile et pour la reddition des comptes en ce qui concerne la mise en œuvre (accountability). Enfin, il y a bien souvent très peu d’importance accordée à débriefer le processus et les résultats du rapport volontaire national avec les parties prenantes [4].

Entendre, écouter ou inclure la société civile

On le voit, l’implication de la société civile dans la préparation des rapports et dans la mise en œuvre des objectifs au niveau national reste problématique pour de nombreux pays. Tel était déjà le constat porté par le réseau international Together 2030 à la fin du HLPF 2016 : les organisations demandaient un forum plus interactif, plus participatif et plus inclusif [5]. Elément marquant qui pourrait faire l’objet d’une amélioration les prochaines années : jusqu’ici, les pays n’ont pas l’obligation de faire un rapport sur l’implication de la société civile aux processus. De nombreux pays le font, mais avec des convictions différentes : on observe ainsi que certains pays ont constitué des plateformes d’experts (des individus qui ne représentent pas des mouvements de la société civile), d’autres ont mis en place des plateformes « fantômes » (réunissant des ONG très peu actives) et d’autres encore préfèrent choisir une plateforme de la société civile qui porte le discours qui leur plaît, plutôt que s’appuyer sur des plateformes d’acteurs qui portent un message plus indépendant, y compris avec des critiques et des suggestions d’amélioration. Les organisations de la société civile sont multiples, certaines organisations ont une analyse plus critique que d’autres, et la question reste donc de savoir jusqu’à quel point les gouvernements sont disposés à entendre ce que la société civile a à leur communiquer.

L’exercice délicat des questions

Elément intéressant du processus de présentation des rapports nationaux, une séance de questions et réponses est prévue après les interventions des ministres, à laquelle les autres pays et les organisations de la société civile peuvent participer. S’il n’est pas question, dans l’enceinte des Nations Unies, d’entrer dans des débats purement nationaux, c’est une opportunité de poser tantôt des questions de clarification, tantôt de réelles interpellations des ministres quant aux préoccupations relayées par la société civile. Le Luxembourg a ainsi demandé à la Belgique comment elle impliquait les différents parlements dans le processus de suivi de la mise en œuvre des objectifs de développement durable, et la coalition internationale des organisations de jeunesse a questionné la Belgique sur les stages non-rémunérés.

Pour les pays, ces questions sont l’occasion de démontrer une ouverture au dialogue avec des acteurs externes sur des politiques nationales, un processus assez inédit dans l’enceinte des Nations Unies fondée sur le principe de souveraineté des Etats. Par ailleurs, si ces questions sont encouragées, le cadre des Nations Unies impose cependant de respecter les codes en vigueur (c’est-à-dire de ne pas mener des interpellations trop percutantes). L’objectif est évidemment que l’ensemble des pays reste désireux de participer à l’exercice de rapport national.

Un programme encore trop peu connu

Si le bilan de ce HLPF 2017 est positif pour le petit monde des experts du développement durable, reste qu’un des grands défis est de faire connaître ce programme international et ses 17 objectifs, afin de le faire percoler dans l’ensemble des Etats membres des Nations Unies. De nombreux efforts de vulgarisation ont été mis en œuvre par les Nations Unies, auxquels la Belgique a proposé d’utiliser l’image des Schtroumpfs pour contribuer à la vulgarisation des 17 objectifs. Mais un rapport commandité par le réseau Together 2030 démontre que la perception de ce programme international est encore très faible [6].

En Belgique, 8 ambassadeurs des Objectifs de développement durable ont été nommés, ce sont les « SDGVoices ». De nombreux efforts de communication ont été menés par les organisations de la société civile à l’occasion de ce HLPF et de la publication du premier rapport belge, tant vers les grands médias que sur les sites internet et les réseaux sociaux. Ces efforts ont été complétés par la publication de nombreux rapports des ONG, des syndicats au niveau national et international, dont celui publié par Solidarité mondiale (conjoint avec la CSC et la Mutualité chrétienne : « How truly leave no one behind » [7]) et celui des syndicats internationaux [8], qui comportent des recommandations qui seront portées dans les mois à venir au niveau belge, en particulier au moment du premier sommet belge sur les objectifs de développement durable qui se tiendra en novembre 2017. Pour la Plateforme Perspective 2030, le rendez-vous est d’ores et déjà pris !

[1Celle-ci sera disponible sur le site https://sustainabledevelopment.un.org/hlpf

[2La plateforme européenne des ONG de coopération au développement CONCORD, dont le CNCD-11.11.11 est membre, a publié une analyse des contributions des dix pays européens qui ont présenté un rapport national cette année : https://concordeurope.org/2017/07/07/hlpf-voluntary-national-reviews-2017-spur-moment-planting-seeds-sustainable-future/

[4Pour en savoir plus, voir le rapport de Together 2030 : « Voluntary National Reviews : what are countries prioritizing ? », july 2017