Egypte : quelle réforme économique derrière le prêt du FMI ?

Rachel De Plaen
Mise en ligne le 25 avril 2012
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Le 10 avril dernier, l’équipe du Fonds monétaire internationale (FMI  ) terminait une mission d’un mois en Egypte pour discuter du programme de réforme économique du pays. Ce programme de réforme, une fois finalisé, permettrait à l’Egypte de bénéficier d’un prêt de 3,2 milliards de dollars du FMI pour le mois de mai.

La Campagne populaire pour l’audit et l’annulation de la dette de l’Egypte , une organisation composée d’académiques et d’associations de la société civile, a réagi dans les jours qui ont suivi pour demander plus de transparence dans les négociations relatives à ce prêt et au programme de réforme économique égyptien. A ce titre, Elle a écrit une lettre à la directrice du FMI.

Lire la lettre en français

19 avril 2012

Chère Christine Lagarde,

La Campagne populaire pour l’annulation de la dette égyptienne vous écrit pour attirer votre attention sur la manière dans le prêt du FMI est négocié.

Le gouvernement égyptien continue malheureusement à gérer les prêts accordés par les institutions financières de la même manière qu’avant la révolution. Le gouvernement continue à dissimuler les détails de la réforme économique associé à ce prêt. Cette attitude reflète que :

1. Le gouvernement n’a pas diffusé le programme de réforme économique aux médias à aucun stage de la préparation. Les détails du draft initial du programme de réforme n’était pas connu jusqu’au moment où la Campagne a divulgué le document au public.

2. Au moment où nous vous rédigeons ce courrier, le Parlement égyptien et le Ministère des finances refuse de révéler les détails du programme de réforme économique après qu’il ait été amendé.

3. Le programme de réforme économique du gouvernement n’a été l’objet d’aucun débat public.

4. Le programme de réforme économique n’a jamais été discuté à aucune session publique du parlement jusqu’à aujourd’hui. Ces discussions ont eu lieu derrière des portes fermées, entre les membres du parlement de la commission chargée de la planification et du budget et les représentants du gouvernement et du FMI.

5. La commission parlementaire chargée de la planification et du budget avait au départ refusé le programme de réforme économique. Elle a ensuite changé ses positions et a annoncé à la presse son accord sur ce programme sans aucune explication sur son changement de position.

Ces pratiques sont en contradiction avec les principes de transparence et de responsabilité du FMI et du gouvernement égyptien. Les Egyptiens porteront les obligations de ce prêt pendant les années à venir. Les Egyptiens doivent donc activement participer à leur formulation. Pour cela, la Campagne populaire pour l’annulation de la dette égyptienne demande au FMI de :

  • Divulguer les détails du programme de réforme économique et des précédentes versions de ce programme afin que le FMI ne soit pas complice de la mise à l’écart des Egyptiens de ce programme.
  • Cesser les négociations associés à ce prêt car le gouvernement engagé dans ces négociations n’est pas légitime et que les acteurs clés de ces négociations appartiennent à l’ancien régime considéré comme corrompu et dictatorial. Les Egyptiens continuent à se battre pour changer l’ancien régime afin d’établir une société et une économie basée sur la transparence, la responsabilité, la participation des citoyens dans les décisions qui influencent leurs vies. Les Egyptiens se battent pour une société et une économie qui répondent au besoin de la majorité des Egyptiens et qui répartissent les coûts en fonction des capacités financières de chaque Egyptien.

Pour finir, la Campagne croit que la constante confidentialité autour des détails des négociations avec le FMI risque de faire du prêt proposé « une dette odieuse   ».

En attendant une réponse positive de votre part, veuillez agréer, Madame Lagarde, nos sincères salutations,

La Campagne populaire pour l’annulation de la dette égyptienne Egyptiandebtaudit gmail.com

La Campagne se bat pour une annulation de la dette « odieuse » contractée par le régime d’Hosni Moubarak mais aussi pour une plus grande transparence dans les décisions économiques prises par les autorités égyptiennes. Selon Amr Adly, membre de l’organisation, « les politiques économiques et financières qui ont été imposées suite à ces prêts ont abouti à la réduction des dépenses publiques sur les services de la santé, les services éducatifs et ont accru le fossé entre les riches et les pauvres  ».