Euro 2012 & JO : Adidas dans l’oeil du cyclone

La marque allemande refuse d’indemniser des travailleurs indonésiens.


Mise en ligne le 8 juin 2012
Actualités

L’industrie du sport a montré ces derniers mois et en particulier en Indonésie, une réelle volonté d’enfin créer un cadre sectoriel de respect des droits des travailleurs. La signature d’un protocole historique entre marques internationales, industriels et syndicats indonésiens pour garantir l’exercice de la liberté syndicale, tout comme le paiement soutenu par Nike d’1 million de dollars d’arriérés d’heures supplémentaires aux travailleurs d’un de ses fournisseurs constituent des progrès importants auxquels ont contribué les mobilisations citoyennes. Mais les travailleurs de l’industrie du sport ne sont pas au bout de leurs efforts. Le dernier rapport Fair Games publié par l’alliance Play Fair montre que de graves violations des droits des travailleurs se perpétuent de manière systémique, notamment en Chine, au Sri Lanka et aux Philippines, et notamment chez des fournisseurs d’Adidas.

Et d’Adidas il en est encore question dans un cas concret qui concerne les travailleurs d’un de ses fournisseurs indonésiens. Alors que la marque allemande dépense sans compter pour les JO de Londres et l’Euro 2012 de foot, elle refuse de contribuer aux indemnités dues aux 2800 travailleurs de son fournisseur PT   Kizone, suite à la fermeture de l’usine, début 2011.

Rétroactes

En janvier 2011, le propriétaire de l’usine PT Kizone, le Sud-Coréen Jim Woo Kim, abandonne son usine de Tangerang, près de Jakarta et, ni plus ni moins « se tire avec la caisse », à l’étranger. L’usine ferme en avril 2011. Les 2800 travailleurs de l’usine se retrouvent sans emploi ni ressources. Les indemnités de fermeture qui leur sont légalement dues ne sont pas payées, soit 1000 euros en moyenne pour chacun d’entre eux, 2,8 millions d’euros au total.

Les travailleurs décident alors de se tourner vers les clients de l’usine. En juillet 2011, à la demande d’un syndicat local soutenu par la Clean Clothes Campaign, le réseau international d’achACT, plusieurs marques clientes de l’usine PT Kizone, dont Nike, annoncent leur contribution à un fonds d’indemnisation des travailleurs pour un montant total de 1,3 million d’euros, soit près de la moitié des sommes dues. Mais un an après la fermeture de l’usine, il manque toujours 1,5 million d’euros, auquel s’ajoutent les intérêts.

Sollicité à maintes reprises, Adidas refuse de contribuer à ce fonds. Les travailleurs de PT Kizone qui ont fabriqué des produits Adidas pendant de nombreuses années, pour un salaire équivalant à 0,50 euros par heure, doivent faire face à d’énormes difficultés de subsistance. « Beaucoup d’entre nous ne peuvent plus payer leur loyer. Nous ne pouvons pas nous permettre de manger trois repas par jour. Nous devons emprunter à nos proches, à des voisins ou à des prêteurs d’argent.  », témoigne un ancien travailleur du fournisseur d’Adidas.

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Adidas fuit ses responsabilités…

Ayant mis fin à sa production dans l’usine PT Kizone en novembre 2010, soit quelques mois avant sa fermeture, Adidas affirme ne pas avoir de responsabilités envers les travailleurs de PT Kizone. En réalité, les indemnités se calculant sur base de la durée de la relation d’emploi, elles concernent également la période de production pour Adidas.

A travers son code de conduite, Adidas s’engage à prendre les mesures nécessaires pour remédier aux violations du droit du travail par ses fournisseurs. En l’absence de recours possible vis-à-vis du propriétaire de l’usine, Adidas doit par conséquent assumer sa responsabilité de donneur d’ordre en contribuant comme les autres clients au fonds d’indemnisation.

…mais court derrière les médailles

Une chose est certaine, ce n’est pas le manque de moyens financiers qui empêche Adidas d’agir. En 2011, la multinationale affiche une augmentation de 18% de ses profits. La marque a dégagé 125 millions d’euros pour obtenir le titre de principal sponsor des Jeux Olympiques de Londres. Et, pour équiper les futurs champions, Adidas ne regarde pas non plus à la dépense. La multinationale sponsorise l’équipe de foot espagnole 25 millions d’euros par an et celle d’Allemagne 38 millions d’euros par an.

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