Europe : enrayer la spirale négative

Ce n’est ni en attendant que les solutions viennent d’ailleurs, ni en s’agenouillant devant les marchés que l’Europe pourra sortir de la crise. Mais en enrayant la spéculation et en opérant des investissements dans des projets d’avenir.

Arnaud Zacharie
Mise en ligne le 3 janvier 2012
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La proposition de l’Union européenne de faire appel, en novembre 2011, aux pays émergents   du Sud pour financer le Fonds européen de stabilité financière (FESF) – proposition finalement poliment déclinée par les intéressés – est une nouvelle illustration de l’incapacité des
pays européens à régler eux-mêmes leurs problèmes. Déjà en 2010, dans le contexte de la crise grecque, un pays dont l’économie ne représente pourtant qu’environ 3 % du poids économique de l’Europe, l’Union européenne avait sollicité le FMI  . Ce dernier fait depuis lors partie, avec la Commission européenne et la Banque centrale   européenne, de la « troïka » appelée au chevet des pays européens en crise, sommés d’opérer des cures d’austérité qui ne sont pas sans rappeler les programmes d’ajustements structurels imposés par le passé aux pays en développement [1].

Les gouvernements incapables de s’accorder

Ainsi l’Europe, qui a dominé le monde pendant des siècles, serait devenue incapable de sortir de la crise sans faire appel au FMI et aux pays émergents comme la Chine, le Brésil ou la Russie. La réalité est évidemment qu’il n’en est rien : l’Union européenne a les capacités d’enrayer la spéculation sur les dettes publiques, de réguler son système bancaire, d’approfondir la construction européenne, de relancer l’activité économique et d’investir dans des projets d’avenir – comme la transition énergétique – qui lui permettraient de sortir de la crise par le haut. Le problème est que les gouvernements des Etats
membres s’avèrent incapables de s’accorder politiquement pour avancer de manière coordonnée sur une telle voie.

La seule politique qui semble avoir les faveurs de l’ensemble des décideurs européens est celle qui consiste à couper drastiquement dans les dépenses pour rassurer les marchés. L’ennui est que ces marchés, pris au premier degré, sont mauvais conseillers. Certes, il est nécessaire de mener des politiques budgétaires rigoureuses et de réduire les déficits, mais des politiques d’austérité généralisée peuvent aboutir au résultat inverse : la baisse des dépenses
publiques, si elle est trop importante et trop rapide, peut entraîner une chute de l’activité économique, une hausse du chômage et une baisse des recettes fiscales, ce qui aboutit in fine au creusement des déficits publics.

C’est ce scénario de la déflation   qui a été à l’oeuvre lors de la Grande Dépression des années 1930, de la crise du Japon des années 1990 et des programmes d’ajustements structurels des années 1980 et 1990.

Notes

[1« La zone euro, nouvelle victime du consensus de Washington ? », Le Monde, 22 novembre 2011.

P.-S.

Source : Imagine // n°89 // janvier-février 2012 // www.imagine-magazine.com