G20 : « Un sommet de crise sans ambition »

« La déclaration finale est vague et au conditionnel », déplore Arnaud Zacharie, secrétaire général du CNCD-11.11.11.


Mise en ligne le 7 novembre 2011
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« Un sommet de crise sans mesures suffisamment ambitieuses. » C’est ainsi qu’Arnaud Zacharie, secrétaire général du CNCD-11.11.11, qualifie la réunion du G20 qui s’est achevée vendredi à Cannes. « La réunion semble une nouvelle illustration des sommets gouvernementaux qui abordent des questions cruciales sans déboucher sur des prises de décisions concrètes et opérationnelles, nous confie-t-il. Le problème est que ce n’est pas suffisant pour apporter les réponses efficaces aux problèmes internationaux. Plus ces problèmes s’exacerbent et plus ils contraignent les gouvernements à agir dans l’urgence, comme cela a été le cas avec la crise de la zone euro qui s’est imposée en tête de l’agenda du G20 suite au projet de référendum en Grèce et au risque de contagion à l’Italie et au reste de l’économie mondiale. »

Certes, dit Arnaud Zacharie, « on peut noter certaines avancées positives, comme la volonté d’encadrer les produits dérivés   de gré à gré d’ici la fin 2012, de contrôler les bonus et les pratiques de rémunération, d’identifier les institutions financières d’importance systémique ou de prévenir les abus sur les marchés des matières premières agricoles ». « Mais les formules de la déclaration finale restent vagues et souvent conjuguées au conditionnel », précise-t-il.

« On ne peut dès lors que s’interroger sur leur contenu et leur concrétisation à terme, surtout que ces sujets ont souvent été abordés par les sommets précédents sans véritablement avancer par la suite », ajoute-il.

La volonté de taxer les transactions financières internationales ? « Elle ne semble par ailleurs pas dépasser les frontières européennes », regrette-t-il. La lutte contre l’évasion fiscale ? « Le G20 pointe onze paradis fiscaux et réitère son intention de les mettre au ban de la communauté internationale si leurs pratiques n’évoluent pas, mais on a du mal à y croire, tant les déclarations et les initiatives précédentes, qui avaient débouché sur l’établissement d’une liste noire par le G20, n’ont pas suffi à venir à bout du secret bancaire . » « On sait en effet que seul un mécanisme multilatéral d’échange automatique d’informations fiscales permettrait de démanteler les paradis fiscaux, mais il n’en est toujours pas question dans la déclaration finale », détaille-t-il.

Des avancées en matière agricole ? « Le G20 s’engage à augmenter la production alimentaire, estimant qu’une hausse de 70 % est nécessaire d’ici à 2050 pour nourrir la planète. Mais il n’explique pas comment il compte y arriver. Il n’aborde pas non plus la nécessité de soutenir l’agriculture familiale, alors qu’on sait que plus de la moitié du milliard de personnes qui souffrent de la faim sont des petits paysans qui manquent de soutien pour pouvoir vivre décemment de leur production », affirme Arnaud Zacharie.

Et les changements climatiques ? « Pas grand-chose n’a été décidé et l’engagement de cesser les subsides sur les énergies fossiles n’a pas pu être confirmé », déplore-t-il.

Conclusion sans appel du porte-parole altermondialiste : « Ce sommet du G20 est aussi une nouvelle illustration du décentrage progressif de l’économie mondiale, avec les négociations entre les Européens et les pays émergents   comme la Chine pour que ces derniers contribuent au financement du Fonds européen de stabilité financière. C’est un signe de l’impuissance politique de l’Europe qui n’est plus capable de régler ses problèmes elle-même et semble prête à des contreparties. »

Et de pointer cette intervention du président chinois qui a précisé à Cannes que « si la Chine investit et soutient l’Europe, il n’est pas irraisonnable qu’elle demande au minimum un peu plus de compréhension de ses intérêts ».

P.-S.

Source : article publié par La Libre (www.lalibre.be) le 5 novembre 2011.