JO de Londres : comment sont fabriqués les tenues des athlètes belges ?

Au JO, les athlètes olympiques belges porteront fièrement nos couleurs grâce notamment à la tenue officielle fournie par JBC. achACT se demande où et dans quelles conditions ces tenues ont-elles été fabriquées ?


Mise en ligne le 10 juillet 2012
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En 2008, le Comité olympique belge (COIB) s’engageait à intégrer une clause sociale dans ses contrats d’équipement. JBC déclare aujourd’hui « soutenir l’esprit olympique ». Pourtant, l’enseigne limbourgeoise peine à fournir des garanties sur le respect des droits des travailleurs chez ses fournisseurs. Quid alors de l’application de la clause sociale pour les équipementiers du COIB ?

Tant le COIB que JBC devrait s’inspirer de la volonté des grandes marques de sport et du comité organisateur des JO de Londres qui montrent une réelle volonté d’avancées concrètes sur le terrain du respect des droits des travailleurs.

De l’engagement à la mise en œuvre, le COIB doit franchir le pas !

En 2008, en pleine préparation de JO de Pékin, le COIB s’engageait à inclure une clause sociale claire et précise dans ses contrats de sponsoring et d’équipements. Depuis, le COIB n’a pas communiqué d’information sur la mise en œuvre de cet engagement.

Compte tenu des engagements pris par le COIB et soucieux de s’assurer que les tenues officielles de nos athlètes sont fabriquées dans « l’esprit olympique », achACT et la Schone Kleren Campagne ont demandé à plusieurs reprises à JBC de fournir la liste de ses fournisseurs et des informations sur les conditions de fabrication des tenues olympiques des athlètes belges.

A ce jour, nous ne sommes toujours pas en possession de cette liste. JBC nous a toutefois répondu via courrier. Dans sa lettre, l’enseigne belge présente les efforts réalisés. Elle montre aussi beaucoup de faiblesses… et de contradictions.

JBC : ses efforts, ses faiblesses …

JBC signale avoir adopté un code de conduite que tous ses fournisseurs doivent signer et imposer à leurs sous-traitants. Ce code sera publié sur son site internet « dans un avenir proche ». JBC informe encore que le respect du code est contrôlé par les responsables qualité ainsi que via des audits sociaux.

Pour achACT, réaliser des audits n’est pas une fin en soi mais un des moyens pour faire respecter les droits des travailleurs. Les résultats des audits doivent être communiqués et suivis d’actes concrets. Les rapports 2008 et 2009 de JBC ne fournissent aucune information sur les résultats et le suivi.

JBC dit développer des relations de long terme avec ses fournisseurs, ce qui permet d’augmenter les exigences en termes de conditions de travail. JBC refuse cependant de publier la liste de ses fournisseurs pour des raisons de concurrence.

achACT signale qu’il existe des solutions. En devenant membre d’un organisme multipartite de vérification, JBC pourrait garantir mettre tout en œuvre pour respecter le droit des travailleurs dans sa filière, sans rendre publique la liste de ses fournisseurs. C’est la démarche qu’a entreprise Mayerline, qui est devenu membre de la Fair Wear Foundation (FWF). Les entreprises membres communiquent la liste de leurs fournisseurs à la FWF qui se charge de vérifier leurs efforts pour garantir le respect des droits des travailleurs dans leur filière d’approvisionnement.

… et ses contradictions

JBC assure que sa collection olympique a été fabriquée dans de bonnes conditions de travail ainsi que dans le respect des Conventions de l’OIT et de la Déclaration universelle des droits de l’homme. JBC informe également que les tenues officielles des athlètes belges sont principalement fabriquées en Chine et en Turquie, deux pays où les droits fondamentaux des travailleurs de l’habillement sont bafoués systématiquement.

Chez le fournisseur turc, les travailleurs prestent entre 5 et 7 heures supplémentaires par semaine en plus des 45 heures légales. Chez les fournisseurs chinois, la semaine de travail moyenne est de 60 heures. Selon l’Organisation internationale du travail   (OIT), une semaine de travail ne peut dépasser 48 heures et les heures supplémentaires doivent rester exceptionnelles. En Chine, la durée légale d’une semaine de travail est de 40 heures.

JBC annonce que son fournisseur turc sera « bientôt » audité. JBC affirme néanmoins que les travailleurs de ce fournisseur sont payés un salaire vital. JBC signale également qu’un syndicat indépendant est présent chez ce fournisseur turc, mais qu’il n’a pas de membres dans l’usine…

Des avancées concrètes dans l’industrie du sport : JBC et COIB doivent s’en inspirer !

Toujours en Indonésie, les travailleurs de PT   Nikomas, un fournisseur de Nike, ont obtenu après 11 mois de négociation, le paiement d’heures supplémentaires non-payées pour un montant total d’1 millions de dollars. En savoir plus

En février 2012, le rapport On ne joue pas avec les droits des travailleurs dénonce, preuves à l’appui, du travail d’enfants, des heures de travail excessives, de salaires trop faibles ou de conditions de travail dans les filières de production des produits olympiques. Mis sous pression, le Comité organisateur de JO de Londres (LOCOG) s’est engagé à publier la liste des principaux sites de production en Chine et au Royaume-Uni, à informer les travailleurs de leurs droits et à mettre en place une procédure de plainte accessible aux travailleurs. Suite à cet engagement, Adidas a publié la liste de ses fournisseurs olympiques.

L’industrie du sport a également montré ces derniers mois, une réelle volonté d’enfin créer un cadre sectoriel de respect des droits des travailleurs en Indonésie. Les marques Nike, Adidas, Puma, New Balance, Asics en Pentland (Speedo) ont signé avec cinq syndicats indonésiens un accord qui garantit l’exercice de la liberté syndicale chez leurs fournisseurs.

Il reste beaucoup à faire !

D’Adidas, il en est encore question dans un cas concret qui concerne les travailleurs d’un de ses fournisseurs indonésiens. Alors que la marque allemande dépense sans compter pour les JO de Londres et l’Euro 2012 de foot, elle refuse de contribuer aux indemnités dues aux 2800 travailleurs de son fournisseur PT Kizone, suite à la fermeture de l’usine, début 2011. En Savoir plus et Agir en ligne

Par contre, le Comité International Olympique (CIO) n’a encore pris aucun engagement concret pour faire respecter les droits des travailleurs qui fabriquent des produits Olympiques. Un tel engagement serait pourtant plus que nécessaire pour garantir de bonnes conditions de travail.

En effet, les travailleurs de l’industrie du sport ne sont pas au bout de leurs efforts. Le dernier rapport Fair Games publié par l’alliance Play Fair montre que de graves violations des droits des travailleurs se perpétuent de manière systémique, notamment en Chine, au Sri Lanka et aux Philippines, et notamment chez des fournisseurs d’Adidas.

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