L'autre Cancún : des convergences difficiles
Klimaforum 10, Cancún
Creative commons - Véronique Rigot 2010.

Reportage

L’autre Cancún : des convergences difficiles

Alors que les négociations continuent dans l’enceinte officielle, que se passe-t-il en dehors du Sommet des Nations Unies pour le climat ? Nous sommes allés à la rencontre de l’autre Cancún, au Klimaforum10. Les participants de ce forum de la société civile regrettent l’isolement et le cloisonnement que le gouvernement mexicain leur impose.

C’est à une heure de route au Sud de Cancún, au club de polo El Rey, que le Klimaforum10 est installé. Dès l’arrivée sur les lieux, l’écrin de verdure pose question : un énorme gazon à l’anglaise en pleine forêt, un exemple de déboisement pour servir les désirs de quelques privilégiés souhaitant jouer au polo, un cas supplémentaire à la liste des scandales écologiques dont Cancún témoigne.
«  Le terrain est un don du gouvernement mexicain », m’explique Valérie, responsable de l’organisation. Le choix des autorités mexicaines n’est pas innocent. Loin de tout, en proie aux difficultés logistiques, notamment pour y accéder, nul doute que le gouvernement ait voulu éviter la rencontre des « altermundistas » avec les négociateurs, avec le reste de la société mexicaine, et peut-être aussi avec les autres fora de la société civile.

Les altermondialistes sont-ils considérés comme des trouble-fêtes ?
Tout est question de sécurité à Cancún, cela saute aux yeux dès l’arrivée : la police fédérale est très présente, armée jusqu’aux dents, des patrouilles tous les ¼ d’heure au centre-ville aux check points provoquant des embouteillages sur l’autoroute menant au centre de conférences. Sur les chaînes de télévision mexicaines, le discours de la responsable de la communication du sommet, à la veille de l’inauguration officielle, n’abordait aucun élément de contenu mais seulement la question des moyens exceptionnels mis en œuvre pour assurer la sécurité de l’événement. Selon le journal « La Verdad », ce sont 200 équipes anti-émeutes qui sont mobilisées pendant 2 semaines, 100 millions de dollars américains seront nécessaires pour assurer la sécurité d’un nombre de participants estimé à maximum 20 000.
Par ailleurs, il y a les aspects moins visibles de la sécurité : la presse écrite locale a relaté dimanche le décret spécial pour la zone de sécurité marine adopté sans prévenir à la veille de la conférence. En conséquence, ce sont 300 petits pêcheurs habitués à la zone côtière de Cancún et leurs familles qui sont privés de leur gagne-pain pendant la durée du sommet. Enfin, au cœur de l’enceinte des négociations, les moyens déployés sont moins visibles également, mais personne n’échappe aux détecteurs de métaux et à un scan systématique du code-barres de son accréditation à chaque entrée dans les lieux de conférence.

L’éloignement du Klimaforum10 légitime ?

Organiser une conférence internationale pour 10 à 15000 personnes n’est évidemment pas mince affaire, et des précautions logistiques et sécuritaires ont certainement leur raison d’être. Benjamin, un participant du Klimaforum10, me rappelle à juste titre que « le contre-sommet de la société civile s’appelait également ’Klimaforum’ l’année dernière à Copenhague  », et les mouvements sociaux, toutes sensibilités confondues, étaient à proximité les uns des autres. Les autorités mexicaines ont peut-être également craint la répétition des « débordements » et de l’escalade de violence de Copenhague, ce qui expliquerait le cloisonnement de la société civile souhaité par le gouvernement mexicain et l’éloignement du Klimaforum10.

En conséquence, les participants tardent à arriver au club de polo. Ils étaient approximativement 300 ce mardi, alors que les organisateurs attendaient un millier de participants. Le contre-sommet se veut un espace de dialogue et de rencontre pour les individus et les organisations de la société civile, un espace pacifique, désireux de partager ses idées et ses réflexions avec les autres mouvements dans le respect mutuel. Pour les militants du Klimaforum10, la rencontre avec les médias est d’ailleurs très importante, et les organisateurs ont installé le wifi de manière à favoriser la communication avec Cancún et le reste du monde.

Et les autres fora de la société civile ?

Le Klimaforum10 n’a donc clairement pas reçu les mêmes grâces des autorités mexicaines que les autres fora de la société civile. Le village du changement climatique, la Villa de cambio climatica, est le sommet des peuples officiel organisé par le gouvernement mexicain. Gros concert, grands discours d’inauguration par les autorités mexicaines, hyper présence dans la presse locale, ce « forum de la société civile » est le lieu de rencontre des organisations non-gouvernementales et des entreprises qui n’ont pu obtenir l’accréditation pour pénétrer dans l’enceinte officielle, mais aussi du citoyen lambda mexicain. Chaînes d’hôtels, entreprises et acteurs économiques de tous horizons, et surtout, organisations des peuples indigènes approuvées par le gouvernement sont présents sur le site pour aborder les débats les plus consensuels du réchauffement global.

Les activités du Klimaforum10 et de la Villa de cambio climatico ont commencé à l’ouverture de la conférence officielle. Quant aux autres mouvements de la société civile, leurs activités ne commenceront que plus tard : le 2 décembre pour Via Campesina, le 5 décembre pour le Dialogo climatico. Ces deux fora seront quant à eux installés au centre-ville, et ceux-ci accueilleront la majorité des mouvements de la société civile latino-américaine, ainsi que leurs officiels. Evo morales a ainsi annoncé qu’il arriverait fin de semaine et qu’il prévoyait de se partager entre conférence officielle et Dialogo climatico.

« System change, not climate change », le message de la société civile

Cancún n’a donc rien de comparable avec Copenhague en termes de convergences de la société civile, victime de la volonté du gouvernement mexicain de vouloir « trop bien » assurer la sécurité. Cette question du dialogue et des synergies de la société civile à Cancún préoccupait en tous cas les participants du Klimaforum10, pour qui il est important d’échanger avec les autres, qu’ils soient négociateurs, journalistes, société civile internationale ou simplement population mexicaine, dans le respect des différences de sensibilité environnementale.
Reste à espérer que la mobilisation du 7 décembre permettra tout de même à la société civile de porter son message uni vers ses représentants à la conférence officielle. Ce message sur lequel s’accordent les mouvements sociaux et écologistes du monde entier reste le même que celui qui était porté par le Klimaforum de Copenhague : c’est le système qu’il faut changer, en veillant à cesser les causes du réchauffement global.

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C’est dans le cadre du Klimaforum10 que le CNCD-11.11.11, avec le soutien de Wereld Mediatheek et le réseau « Une seule planète » organise le lundi 6 décembre à 20h une projection du film « De plein fouet : le climat vu du Sud » (www.cncd.be/depleinfouet) suivie d’un débat sur les stratégies d’adaptation et le financement nécessaire pour les pays du Sud.

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