Communiqué de presse

La Coopération au développement au service des intérêts européens ?

Ce 19 mai, le Conseil de l’Union européenne a adopté un nouveau « Consensus européen pour le développement ». Depuis 2005, ce Consensus permet à l’Europe de définir son cadre de travail dans le domaine. Suite à l’adoption de l’Agenda 2030, signé à New York en septembre 2015, l’Union européenne a décidé d’actualiser ce cadre. Le nouveau consensus couvrira les relations avec les pays en développement de 2017 à 2030. Mais pour le CNCD-11.11.11, ce cadre est déséquilibré : il fait passer les intérêts européens avant les objectifs de développement durable.

Le Consensus a permis de définir les lignes directrices des relations de l’Union européenne et de ses États membres avec les pays en développement. Il s’agit bien d’une orientation, l’ancien comme le nouveau cadre ne sont pas contraignants. Le premier Consensus a permis de pousser collectivement une série d’objectifs tels que l’éradication de la pauvreté et de rappeler des valeurs tels que le respect des droits humains, l’égalité entre les hommes et les femmes. Ce texte s’est concentré sur l’aide publique au développement (APD) : sa mise en œuvre, un calendrier permettant à l’APD d’atteindre les 0,7% du revenu national brut des États membres. Des objectifs qui n’ont d’ailleurs pas été atteints.

Aujourd’hui, la nouvelle version du Consensus se focalise sur la réalisation de l’Agenda 2030, beaucoup plus large : les dimensions sociales, environnementales, économiques et de gouvernance y sont accentuées. La santé, le genre, les personnes avec handicap, les relations avec la société civile y sont plus présentes. Le nouveau consensus est plus complet mais il accorde aussi plus d’importance aux intérêts domestiques de l’Union européenne. Les objectifs de migration et d’investissements y tiennent en effet une place très importante, sans que le lien avec l’atteinte des ODD soit démontré.

Ce nouveau consensus acte une orientation restrictive en matière de migration, dans la droite ligne de l’évolution politique de l’Union européenne depuis quelques années. Le CNCD-11.11.11 dénonce cette approche, qui est contraire aux engagements de l’Europe en termes d’efficacité du développement : en se servant de l’aide au développement comme un instrument de lutte contre les migrations, nos pays détournent cette aide de son objectif premier, à savoir la lutte pour un monde juste et durable.

D’autre part, la promotion des investissements comme levier de développement apparaît comme un thème prioritaire du nouveau Consensus. Le « blending », le financement mixte (public et privé), consiste à utiliser les budgets de la coopération pour attirer des financements privés dans les pays en développement. Cette méthode a la vertu d’attirer des fonds permettant de développer un secteur productif. Mais elle nécessite la mise en place de balises qui mériteraient d’être renforcées.

Pour Arnaud Zacharie, secrétaire général du CNCD-11.11.11 : « Il faut s’assurer que ces financements public-privé soient en phase avec les stratégies des pays en développement, qu’ils respectent les critères d’efficacité de l’aide et soient canalisés vers les pays et les secteurs qui en ont le plus besoin. Par ailleurs, il est regrettable que la nouvelle orientation de l’UE et de ses États membres consiste avant tout à servir leurs intérêts. En utilisant notamment le levier de l’aide publique pour « inciter » les pays en développement à retenir les candidats à l’émigration sur leur sol, on détourne l’APD de son but : permettre à ces pays d’atteindre les objectifs de développement durables et réduire la pauvreté.  »

Pour le CNCD-11.11.11, il importe de revenir à la logique, ancrée dans les Traités, de la cohérence des politiques pour le développement. L’aide au développement n’a pas vocation à servir les intérêts de l’Europe dans les autres domaines politiques ; ce sont les différentes politiques, qu’elles soient commerciales, financières, migratoires, qui doivent évoluer pour ne pas contrecarrer les objectifs de développement durables, à laquelle l’ensemble des États dont la Belgique ont souscrit.