La laine d’alpaga à un prix décent

Fibre de haut de gamme, plus douce, plus chaude, plus résistante et plus légère que celle de mouton, la laine d’alpaga vient essentiellement du Pérou où les petits éleveurs éprouvent de grandes difficultés à vendre à bon prix ce qu’ils produisent.

Stephane Compère
Olivier Leclercq
Mise en ligne le 25 juin 2012
Le projet du mois
Où ?

Tisco, Sud du Pérou

Contexte

Dans le Sud du Pérou, par manque de formation et d’organisation, les éleveurs d’alpagas éprouvent des difficultés à vendre à un prix décent leur production de fibre de laine pour améliorer leur quotidien.

Qui ?

Belgique : ACDA - Action et Coopération pour le Développement dans les Andes (Pérou)

www.acda-peru.org

Pérou : IADES

Quoi ?

Amélioration des chaînes productives d’élevage à Arequipa.

Soutenir 11.11.11

N° de compte : BE33 000170326946

BIC : BPOTBEB1

au nom du CNCD-11.11.1

9, Quai du Commerce

1000 Bruxelles

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Le CNCD-11.11.11 adhère au Code éthique de l’AERF

www.vef-aerf.be

Depuis Arequipa, la principale ville du Sud du Pérou, il faut cinq heures de voiture sur des chemins parfois escarpés pour rejoindre le village de Tisco. Nous sommes à plus de 4 200 mètres d’altitude. Dans cette zone andine, rien ne pousse hormis quelques plantes que seuls les animaux emblématiques de la région, les lamas et les alpagas, peuvent consommer.

C’est dans la petite commune de Tisco que, depuis plusieurs années, l’ONG belge ACDA et l’organisation péruvienne IADES conjuguent leurs efforts pour venir en soutien aux petits éleveurs d’alpagas qui, isolés des villes, souffrent notamment de malnutrition et d’un manque d’accès à l’eau. Le projet, soutenu par l’Opération 11.11.11, touche 60 familles d’éleveurs qui ne percevaient que 455€ par an de la commercialisation de la fibre de laine d’alpagas. Pour améliorer leurs conditions de vie, le programme vise à augmenter, d’une part, les rendements de production d’élevage, la qualité de la fibre, la commercialisation et, d’autre part, à renforcer l’organisation des producteurs en vue de défendre leurs intérêts.

Rapport de forces déséquilibré

Le Pérou possède près de 90 % de la population mondiale d’alpagas. Leur élevage permet d’occuper environ 120 000 familles dont 80 % sont de petits éleveurs (entre 20 et 100 têtes de bétails) qui fournissent à eux seuls 85 % de la production péruvienne. Si la viande d’alpaga est un sous-produit consommé localement, les petits camélidés sont surtout élevés pour leur fibre textile bien connue et exportée. De nombreuses entreprises textiles sont d’ailleurs concentrées à Arequipa d’où elles imposent leurs conditions. Les producteurs n’étant pas suffisamment organisés pour défendre leurs intérêts, entreprises et intermédiaires dictent leur prix - en les tirant vers le bas - ou trompent les producteurs sur le poids et la qualité de la fibre. A cela s’ajoute une dépendance aux marchés internationaux et, depuis la crise de 2008, une véritable chute des prix.

Améliorer les pratiques

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© ACDA -Pérou

Le premier objectif du projet est d’améliorer les pratiques d’élevage (alimentation, sélection et soins de santé). C’est dans ce cadre que nous avons assisté à une réunion de formation à Tisco d’une dizaine d’éleveurs sur les techniques d’irrigation. Certains ont marché jusqu’à deux heures pour participer à cette formation. Après la théorie, nous nous sommes rendus sur le terrain. L’idée du jour était de préparer un terrain collectif de 3 000 m2 devant servir à la fois de modèle pour la gestion de pâturages cultivés et de terrain où seront engraissés les alpagas venant des alentours avant la commercialisation. La région étant aride, nous nous sommes rapidement rendus compte de la difficulté de trouver de l’eau et surtout de la stocker. La solution : « récolter l’eau » en creusant un petit canal d’une source vers un réservoir.

Une production de meilleure qualité

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© ACDA -Pérou

L’ONG péruvienne IADES travaille également avec les producteurs à l’amélioration génétique des troupeaux, en introduisant des alpagas reproducteurs de qualité et moyennant une sélection des animaux. « Nous gérons les accouplements en sélectionnant et séparant les meilleurs alpagas, nous explique Felipe Capira, éleveur de Tisco. Les personnes d’IADES m’ont expliqué que j’avais dans mon troupeau des alpagas de race Suri et d’autres de race Huayacas. Chacun d’eux produit des laines différentes qui ne doivent pas être mélangées. Pour cela, je dois les séparer, les marquer et tenir un registre pour chaque animal. » Afin de connaître les normes techniques péruviennes et les standards du marché exigés par les grandes entreprises, d’autres formations sur les procédés techniques de tontes, de catégorisation et classification de la fibre ont été dispensées.

Résultats encourageants

Les éleveurs de Tisco se sont dotés de deux petites entreprises commerciales gérées solidairement pour renforcer leur capacité de négociation et lutter contre la chute des prix. Grâce au travail de qualité effectué, la production a atteint 265 quintaux de fibre en 2011-2012, dont 150 quintaux ont pu être vendus à de meilleurs prix. Ainsi, par l’amélioration de la qualité de la production et par le renforcement de la capacité des petits éleveurs à défendre leurs intérêts et leurs droits, les producteurs améliorent leurs revenus et donc, à terme, leurs conditions de vie.

P.-S.

Source : article publié dans dlm-demain le monde, n°14, juillet-août 2012.