Le Pérou en campagne nationale contre le dérèglement climatique

Imagine demain le monde - Particulièrement exposé aux désordres climatiques, le Pérou tente de changer les habitudes de ses citoyens avant d’accueillir en décembre prochain la 20e Conférence des Nations unies sur les changements climatiques.

Le gouvernement péruvien a lancé, avec quelques organisations de défense de l’environnement, une campagne de sensibilisation pour convaincre les habitants de poser quotidiennement les gestes qui permettent de lutter contre les changements climatiques.
Cette campagne entend[ait] marquer les esprits avant d’accueillir, en décembre , la 20e Conférence des Nations unies sur les changements climatiques (Cop 20). La sensibilisation très bien pensée, au point que nos sociétés industrialisées pourraient s’en inspirer, passe par le web et les réseaux sociaux.
Avec comme slogan « Pon de tu parte » (« Mets-y du tien »), un site
Internet (www.pondetuparte.com) pose la problématique des changements climatiques et suggère un ensemble de gestes très concrets pour protéger l’environnement. Une page Facebook et un compte Twitter apportent la touche active de la campagne, invitant les citoyens à préciser leurs engagements et à témoigner de leurs efforts.
Lors du lancement de la campagne, Susana Villarán, maire de Lima,
s’est personnellement engagée à réduire ses émissions de carbone d’un tiers et à faire planter, cette année encore, 400 000 arbres dans la capitale.

Basique et surprenant

« C’est une bonne campagne, se félicite Rocío Valdeavellano, coordinatrice du Mouvement citoyen péruvien contre les changements climatiques, même si l’on doit reconnaître qu’elle n’est pas devenue un sujet de discussion quotidienne, d’autant que l’usage des réseaux sociaux limite l’action aux populations urbaines.  »

Couvrir les marmites de cuisson, trier ses déchets, partager sa voiture... Les 35 comportements encouragés par « Pon de tu parte  » sont assez simples, mais bien argumentés et parfois surprenants, comme cette interpellation : « Saviez-vous que l’Organisation mondiale de la santé recommande aux villes d’aménager 8 m2 d’espace vert par habitant ?  »

« La campagne se limite à changer les comportements individuels, regrette cependant Rocío Valdeavellano, alors qu’elle devrait viser à changer le comportement de la société tout entière, en augmentant les transports en commun, par exemple, ou en bannissant les sacs plastiques des commerces.  »

Jouer gros

Le Pérou est l’un des dix pays les plus touchés par les changements climatiques, selon le Tyndall Center [1]. Un Péruvien sur deux vit sur une côte, alors que le niveau de la mer pourrait monter de 50 centimètres dans un siècle. Le tiers de la population dépend des glaciers pour son approvisionnement en eau (le Pérou compte 71 % des glaciers tropicaux du monde), alors que ceux-ci ont déjà perdu un tiers de leur volume, et 9 Péruviens sur 10 vivent en zones aride, semi-aride ou subhumide particulièrement fragiles.
Aussi les changements climatiques sont-ils une véritable cause nationale. Avant même l’initiative gouvernementale « Pon de tu parte », le Mouvement des citoyens contre les changements climatiques avait d’ailleurs recensé une série de bonnes habitudes à prendre à la maison, au bureau, dans la consommation, mais également dans le chef des pouvoirs locaux, des communautés agricoles et même des sociétés minières.
En vue de la COP20, ce mouvement a réuni 80 organisations de tous horizons (syndicats, ONG, indigènes, Eglise, universités, journalistes...) pour faire pression sur le sommet et encourager le gouvernement péruvien à adopter des politiques fortes contre les changements climatiques.
Entre le 1er et le 12 décembre, la planète et le Pérou en particulier joueront gros, car le sommet de Lima verra le dernier round de négociations avant la conclusion, à Paris en 2015, du premier accord mondial sur le climat.


Le secteur minier reste très polluant

Le Pérou détient 13 % des réserves mondiales d’argent et respectivement 10, 8 et 4,3 % des réserves de cuivre, de zinc et d’or. L’ouverture du pays, il y a 30 ans, aux grands investisseurs étrangers a poussé le secteur minier au rang de première activité nationale, représentant aujourd’hui 60 % des exportations, mais aussi de première cause de dégâts environnementaux et de tensions sociales.
« Pon de tu parte  » se garde bien d’évoquer la réalité des mines alors que celles-ci se révèlent très polluantes par l’utilisation qu’elles font de divers produits chimiques destinés à séparer les minéraux de la roche. Ainsi, il est courant que des populations indiennes voient leur territoire souillé, et parfois totalement dévasté, par les rejets de mines avoisinantes.
Le gouvernement a bien mis en place des mécanismes de médiation pour résoudre ces conflits, mais une minorité d’entre eux seulement ont été réglés. De nombreux plaignants se heurtent au refus des entreprises de renoncer à travailler avec des méthodes archaïques, polluantes et bon marché. Elles préfèrent corrompre les autorités locales et pousser la police à se monter violente à l’égard des communautés qui tentent de préserver leur territoire.
Le 5 mai dernier, la Cour interaméricaine des droits de l’Homme a rappelé au Pérou ses obligations et demandé des mesures préventives de protection d’urgence en faveur des communautés paysannes des provinces de Cajamarca, Celendín et Hualgayoc, visées par des menaces physiques de la part de la police nationale, parce qu’elles s’opposent au mégaprojet minier Conga, qui prévoit de sacrifier quatre lacs d’altitude et menace de priver d’eau
toute la population de cette région située au nord du pays.

Santiago Fischer (Commission Justice et Paix Belgique francophone).

[1Le Centre Tyndall est une référence en matière de recherche sur le changement climatique. Il réunit huit universités britanniques et possède plusieurs antennes à l’étranger, dont une au Pérou.

Source : Imagine demain le monde n°104, juillet-août 2014.