On garde le meilleur pour la fin ! La Présidence belge n’échappe pas à l’adage : c’est en effet à la fin de cette année 2010 que le Mexique accueillera le 16e sommet des Nations Unies sur le climat. La Belgique, au poste de Chef de la délégation européenne, au sommet nous surprendra-telle positivement ?
Fin 2009, le soufflé de Copenhague est lâchement retombé : un accord de principe sur une limitation du réchauffement à 2°C, mou et au goût amer, et une décision sur le financement de l’adaptation aux changements climatiques à court terme (2010-2012), c’est tout ce qu’il en reste. Ce qui a été présenté comme « Accord de Copenhague » est un texte sans statut légal, rédigé en dehors du cadre des Nations Unies, et dont les États ont « pris acte » sans même accorder la même importance à son rôle pour la suite des négociations. Par ailleurs, les États qui se sont engagés au financement à court terme vont utiliser l’aide au développement promise au lieu de dégager des moyens additionnels ! Il reste donc comme un goût amer pour ce soufflé auquel les États avaient travaillé depuis la conférence de Bali en 2007.
On remet donc le couvert cette année. À la suite d’une première rencontre au mois d’avril, deux sessions de négociations ont été ajoutées au programme, pour juillet et octobre. D’ici là, les invités se sont réunis pour reprendre les négociations à Bonn, avec le souci de restaurer la confiance entre les parties, en particulier vis-à-vis des pays du Sud.
Dans ce contexte international où les raisons de l’échec de Copenhague n’ont pour ainsi dire pas changé (notamment la réticence de la Chine et des États- Unis à des engagements contraignants), la cuisine interne européenne est pimentée par le flou de l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne, la crise économique qui ronge son socle de confiance en elle, et les difficultés communautaires du pays qui s’apprête à prendre la Présidence : la Belgique. Nos ministres, en affaires courantes, ont beau nous dire que la crise politique n’aura pas d’impact direct sur la Présidence belge, nous restons sceptiques sur la recette. D’autant plus que la Commissaire européenne Connie Hedegaard annonçait, d’entrée de jeu, qu’il ne faut pas espérer de traité pour cette année à Cancún, mais plutôt l’année prochaine en Afrique du Sud…
La reprise des négociations est très lente, voire très timide, et la table des négociations prend petit à petit des allures de buffet : le bon vieux protocole de Kyoto [1], valeur sûre qui ne décevra pas les plus anciens pays industrialisés, une couche de l’Accord de Copenhague, le tout saupoudré de nouvelles dispositions pour le reste du monde,… Mais qu’à cela ne tienne, il semble que la volonté des Nations Unies soit de composer avec les goûts de chacun des invités, les couches de complexité institutionnelle s’additionnant comme un mille-feuille. Reste à espérer qu’il prenne, ce mille-feuille… car le coulis de changements climatiques est, lui, malheureusement déjà prêt : hausse du niveau des mers qui menace les îles et les régions côtières, amplification des phénomènes climatiques extrêmes, fonte des glaciers, érosion des terres… Le coulis climatique est synonyme de frein au développement dans de nombreuses régions, et donc de frein à l’atteinte des Objectifs du Millénaire pour le développement [2]. L’enjeu est d’importance, le mille-feuille doit être prêt avant que le coulis ne se gâte définitivement.
LES MOUVEMENTS NORD-SUD ATTENDENT DE L’EUROPE UN ENGAGEMENT À RÉDUIRE SES ÉMISSIONS DE 40% D’ICI 2020 (PAR RAPPORT À 1990) ET UN FINANCEMENT DE 35 MILLIARDS D’EUROS À PARTIR DE 2013
La Belgique et l’Europe ont l’opportunité de mettre la main à la pâte d’un bon millefeuille, équitable, ambitieux et contraignant pour clôturer en beauté la Présidence. Les ONG attendent de l’Europe un engagement à réduire ses émissions de 40% d’ici 2020 (par rapport à 1990) et un financement annuel de 35 milliards d’euros à partir de 2013 pour aider les pays du Sud à s’adapter aux changements climatiques.
[1] Accord multilatéral lancé en 1997 pour réduire les émissions de CO2.
[2] Les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) sont huit objectifs que les États membres de l’ONU ont convenu d’atteindre d’ici à 2015. La déclaration fut signée en septembre 2000. Les objectifs sont : 1. réduire l’extrême pauvreté et la faim ; 2. assurer l’éducation primaire pour tous ; 3. promouvoir l’égalité et l’autonomisation des femmes ; 4. réduire la mortalité infantile ; 5. améliorer la santé maternelle ; 6. combattre le VIH/SIDA, le paludisme et d’autres maladies ; 7. assurer un environnement durable ; 8. mettre en place un partenariat mondial pour le développement.
Source : dlm // demain le monde #2, juillet-août 2010 // www.cncd.be/dlm