Le genre comme condition de développement

Chaque mois, le CNCD-11.11.11 présente un des projets de ses partenaires financés dans le sud par l’Opération 11.11.11. Le projet de ce mois de juin est consacré au partenariat entre l’ONG Le Monde selon les femmes et les associations des femmes au Sud : RDC, Sénégal, Argentine, Pérou, Burkina Faso....

Sophie Charlier
Sabine Kakunga
Mise en ligne le 5 juin 2009
Le projet du mois

Le Monde selon les femmes veut appuyer les groupements de femmes actrices et tisser des réseaux Nord-Sud, Sud-Sud, pour un développement durable qui vise une société égalitaire. Le programme entend donner un appui aux associations des femmes du sud notamment à travers le plaidoyer et les formations. Celles-ci se basent sur des échanges d’outils et de matériel, sur la présence de formateurs/formatrices du sud dans les formations au Nord et vice-versa.

La stratégie choisie par le Monde selon les femmes est d’associer un maximum de leurs partenaires, aux formations dispensées dans le sud : ainsi, une personne des deux associations partenaires du Sénégal ( Enda Pronat et Enda Graf) a participé à la formation au Burkina Faso en 2008 sur la thématique genre et développement. Deux partenaires de Kinshasa ( RDC) participeront à la formation à Lubumbashi ( RDC) en 2009 qui intégrera les questions de violence, genre et développement. Et enfin, à Lima en 2010, d’une part, le partenaire Argentin (CECYM) organisera un atelier de formation à partir des résultats des ses recherches sur la prostitution et traite des femmes en Amérique Latine et d’autres part, les péruviennes de REMTE et les boliviennes de las Bartolinas apporteront le thème du genre dans l’économie populaire et solidaire.

Développement durable et genre

Le programme cherche à mettre en évidence les luttes communes sur des enjeux des relations Nord/Sud et des rapports de genre permettant de construire des synergies entre les associations (de femmes particulièrement) de Belgique et du Sud ( Afrique francophone, Amérique latine).

Si on veut le développement durable, entendu dans le sens d’une approche intégrée, globale, il faut travailler avec les femmes et les hommes aux changements des rapports de pouvoir et les rôles sociaux, c’est-à-dire intégrer le genre dans une perspective de justice social. L’approche genre signifie travailler avec les femmes en prévoyant des espaces d’intersection avec les hommes, en effet, si on travaille seulement avec les femmes, on risque d’arriver à une approche conflictuelle et une perte d’identité masculine.

Toutefois, il peut être nécessaire qu’à l’intérieure de l’approche genre, il soit à un moment donné nécessaire de promouvoir des actions spécifiques en faveur des femmes. Comme par exemple renforcer leurs capacités pour qu’elles puissent ensuite être de réelles interlocutrices en milieu mixte.

Ainsi, le programme « genre comme condition de développement », soutenue par l’opération 11.11.11, cherche à mettre en valeur le rôle des femmes comme actrices sur le plan politique, économique et culturel ainsi que dans les mobilisations sociales.

Le renforcement mutuel par le travail en réseau

Parler de renforcement mutuel entre le Monde selon les Femmes et les associations du sud, c’est abordé la question du partenariat, sur base de critères construits ensemble. La sensibilité au genre est une condition nécessaire à la réussite des programmes de développement. Le partenariat se développe sur une vision qui plaide pour que les femmes soient entendues et soient associées aux prises de décision.

Cela signifie qu’il faut susciter une prise de conscience critique sur l’impact des politiques et des projets de développement, qui peuvent être négatifs à l’égard des femmes s’ils ne remettent pas en cause les rôles sociaux culturels joués par les hommes et les femmes ainsi que leurs rapports au pouvoir et à la prise de décision.

Comment l’ONG Le Monde selon les femmes aborde-t-elle cette vision genre avec les partenaires du sud ?

Le principe est que, c’est d’abord les associations du sud qui à l’intérieur de leur pays, font avancer le genre. L’accent va dès lors être mis sur l’importance de l’action des femmes du sud, sur les stratégies qu ‘elles développent pour améliorer la qualité de leur vie ainsi que celle de leurs familles, et de leur société.

Les associations de femmes sont nombreuses mais souvent isolées ; elles ont du mal à établir des liaisons les unes avec les autres. En plus, les groupes de femmes ont parfois du mal à se faire entendre et à être reconnues sur la scène des ONG et des mouvements sociaux. Il leur serait important de travailler davantage en réseaux afin de montrer les liens entre les diverses revendications des mouvements de femmes et les partager au sein de groupements mixtes. C’est ainsi que ce travail en réseau ne se fait pas uniquement avec des réseaux de femmes mais avec des réseaux qui intègrent l’approche genre.

De quelle manière les associations des femmes bénéficient elles du programme ?

Les formations vont se dérouler dans le sud, dans l’un des pays où sont basées les associations partenaires. Faire les formations dans le sud, ça coûte moins chers et on peut toucher plus des gens de la base et/ou des formateurs de base, qui vont apprendre de nouvelles méthodologies et de nouveaux outils.

La prochaine formation « genre » sera co-organisée par une association du sud : ADIF/RDC (association pour le développement intégré de la femme) en partenariat avec le Monde selon les femmes (Belgique). En novembre 2009, à Lubumbashi, ADIF (association pour le développement intégrale de la femme, basée à Lubumbashi en RDC) va identifier, réunir des réseaux des femmes de la RDC dans une session de formation sur « le genre comme condition de développement. » Le Monde selon les femmes qui dispose d’une longue expérience de formation pour des femmes du sud, dans le sud et en Belgique, va co-animer cette formation avec son partenaire de la RDC /ADIF. L’idée est non seulement de former mais surtout d’échanger sur des outils, des méthodologies de formation. Essayer, tester de nouvelles dynamiques de formation voir même les adapter aux réalités locales, les participants-es pourront ensuite les multiplier sur terrain. La formation se veut participative, chacun part de sa réalité et apporte ses connaissances.

Les femmes et les hommes qui participeront à cette formation pourront mieux se connaître, développer des stratégies pour faire reconnaître leur travail, pour valoriser et montrer la pertinence de leurs analyses et pour se faire entendre dans les espaces d’échanges nationaux, régionaux et internationaux.

C’est aussi une occasion pour ADIF avec d’autres associations de la RDC de consolider ou tisser de nouveaux réseaux autour de la formation en genre et développement.

Lien entre ADIF et IDEF

IDEF ( Initiatives pour le Développement de l’Entrepreneuriat Féminin en RDC) une association partenaire au Monde selon les femmes et du FAR (Fonds André Ryckmans) qui développe, soutient des groupement de femmes et mixtes dans les quartier du Kinshasa va envoyer des formateurs à la formation « genre comme condition de développement durable » organisée par ADIF à Lubumbashi (voir ci-dessus).

Le CNCD-11.11.11, a demandé à la ligue des familles, de renforcer l’institution IDEF, à travers une formation en gestion et comptabilité. Cette association qui travaille depuis 2002 dans les quartiers de Lemba et de Kisenso à Kinshasa, regroupe les organisations féminines et mixtes autour de ce qu’on peut appeler, des activités de l’économie populaire et solidaire : agriculture urbaine, fabrication et vente de la Chikwange (pâte à base de manioc), fabrication de vêtements (pour enfants et adultes), recyclage des plastiques autour de la fabrication de sacs, etc. IDEF accompagne les associations de quartier dans leurs actions d’entrepreunariat, à travers des fonds rotatifs ; de la formation : amélioration des capacités de production, alphabétisation juridique ; ainsi qu’une sensibilisation aux droits juridiques des femmes et un appui à la défense de ceux-ci. Dès le mois prochain, la ligue des familles va soutenir IDEF. Pour chaque activation de la carte de membre, une cotisation de 50 centimes sera versée à une opération de coopération en RDC à travers ce projet. Cette action de solidarité est réalisée en partenariat avec le CNCD-11.11.11

Le soutien de la ligue de famille va renforcer IDEF sur le plan institutionnel afin que cette association puisse élargir ses activités à dans d’autres quartiers de la ville de Kinshasa.

C’est ainsi qu’IDEF lors de sa participation à la formation « genre comme condition de développement » à Lubumbashi pourra présenter et échanger sur ses méthodologies de formation, de travail et ses outils.

P.-S.

Crédit photo : Le Monde selon les femmes.