Les JO de Londres s’engagent pour les droits des travailleurs. A quand le CIO ?

Nouveau rapport à l’appui, L’Alliance Play Fair dénonce l’exploitation des travailleurs qui fabriquent les produits à l’effigie des JO de Londres. Le Comité organisateur des Jeux de Londres s’engage pour plus de transparence et prend des initiatives. Il appartient au CIO de perpétuer cette initiative et d’instaurer des « mesures efficaces et concrètes » pour mettre fin aux violations des droits des travailleurs dans les filières d’approvisionnement olympiques.


Mise en ligne le 26 février 2012
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Le rapport On ne joue pas avec les droits des travailleurs met sur table des preuves de travail d’enfants, d’heures de travail excessives, de salaires trop faibles, de conditions de travail dangereuses et l’absence d’organisations syndicales indépendantes pour représenter les travailleurs dans les filières de production des produits olympiques. Le rapport est basé sur des recherches de terrain dans deux usines chinoises de la Province du Guangdong qui fabriquent des badges et des mascottes pour les JO de Londres.

Les conclusions du rapport et les preuves d’exploitation des travailleurs ont été présentées au CIO. Malgré les faits similaires déjà dénoncés lors des JO 2008 de Pékin et 2004 d’Athènes, le CIO n’a toujours pas dénoncé publiquement ces exploitations des travailleurs.

Le Comité Organisateur des JO de Londres réagit et s’engage

Le Comité Organisateur des JO de Londres (COJOL) s’est par contre engagé à des actions concrètes pour garantir le respect des droits des travailleurs qui fabriquent les produits à destination des JO de Londres.

Le COJOL a accepté de publier les noms et les adresses de la plupart des usines qui fabriquent des produits sous licence pour les JO de Londres, d’informer les travailleurs de leurs droits, de mettre en place un système de plainte accessible aux travailleurs, d’organiser des formations à destination des travailleurs sur leurs droits et de collaborer avec Play Fair pour tenter de mettre fin à ces types d’exploitations lors des futurs JO.

Les membres de Play Fair rappellent que pour être durables, ces engagements doivent également être pris au niveau international. Carole Crabbé, coordinatrice d’achACT, explique : « Les représentants du CIO doivent donner un message clair à tous les futurs organisateurs des Jeux Olympiques : l’exploitation n’est pas acceptable ! Mais jusqu’à présent, le CIO refuse de créer et de contrôler des conditions plus justes pour les travailleurs. Il est maintenant temps d’agir  ».

Les organisations qui mènent la campagne Play Fair ont écrit à Jacques Rogge, président du CIO, pour lui proposer de le rencontrer afin de discuter des étapes à mettre en œuvre à l’avenir pour garantir le respect des droits des travailleurs.

On ne joue pas avec les droits des travailleurs !

Les recherches rapportent des violations importantes des droits des travailleurs, dont :

  • Des salaires trop faible pour vivre, parfois en-dessous du minimum légal. Les travailleurs ne gagnent pas un salaire de base suffisant pour couvrir leurs besoins les plus fondamentaux. Les deux usines chinoises ne paient pas les prestations de sécurité sociale requises par la législation chinoise, excluant de la sorte la majorité des travailleurs de tout régime de santé ou de retraite. Par exemple, une mascotte olympique sera vendue environ 24€, mais les travailleurs qui l’ont fabriqué ne gagne qu’environ 30€ par semaine.
  • Des heures de travail excessives. Ces bas salaires obligent les travailleurs à prester des horaires de travail excessifs, jusqu’à 100 heures supplémentaires par mois. Le plafond légal est de 36 heures supplémentaires par mois. Certains travailleurs travaillent 24 heures d’affilée, d’autres n’ont pas de jour de repos hebdomadaire. Souvent, les heures supplémentaires sont obligatoires.
  • Du travail d’enfants. Plusieurs enfants sont employés dans l’usine de fabrication des badges Olympiques, en violation de la loi chinoise et du code de conduite du COJOL.
  • Pas de contrat de travail. Dans une des usines, les travailleurs se plaignent de ne pas avoir de contrat de travail et de ne pas recevoir de fiche de salaire, ce qui rend impossible pour ces travailleurs de vérifier s’ils sont payés correctement. Dans l’autre usine, les travailleurs se retrouvent enfermé dans des contrats de cinq ans et sont mis à l’amende s’ils essaient de partir avant la fin.
  • Conditions de travail dangereuses. Dans les deux usines, les conditions de santé et de sécurité laissent grandement à désirer, avec notamment des équipements de protection inadéquats ou non obligatoire. Les travailleurs n’ont pas reçu de formation sur la sécurité au travail. Les maux de dos sont largement répandus, résultats des longues heures passées sur la chaine de production.
  • Pas de liberté d’association. Les travailleurs ne peuvent pas se syndiquer, ni déposer ensemble une plainte sur leurs conditions de travail. Un travailleur qui se plaignait a été mis à l’amende pour avoir offensé un superviseur. De plus, aucun travailleur ne connaissait le code de conduite du COJOL, ni ce qu’il implique. Les travailleurs n’étaient pas non plus au courant de l’existence du mécanisme de plainte.
  • Des audits sociaux inefficaces. Des audits sont annoncés à l’avance et ne permettent donc pas de vérifier les violations des droits des travailleurs. Des audits sont préparés. Les travailleurs sont briefés, voire menacés, pour tromper les auditeurs. Les travailleurs craignent également de dire la vérité de peur de perdre leur travail.