Les leçons non tirées du tiers-monde
Barcelone, mai 2011

Creative Commons - Julien Lagarde 2011

Les leçons non tirées du tiers-monde

De la crise de la dette au Sud, on peut tirer des leçons pour le Nord.

Arnaud Zacharie
Mise en ligne le 27 juin 2011

Il y a un an jour pour jour, nous mettions l’Union européenne (UE) en garde en lui conseillant de tirer les leçons de l’expérience du tiers-monde dans la gestion de la crise de la zone euro.

La première leçon à tirer était selon nous que « ceux qui pensent qu’une réduction des dépenses publiques de 1% du PIB PIB Le Produit intérieur brut (PIB) calcule les valeurs ajoutées de toutes les entreprises opérant à l’intérieur du territoire national. (...) implique automatiquement une réduction du déficit public de 1% du PIB sont dangereusement optimistes. La réduction du déficit public dépend également des recettes et donc de l’activité économique, alors que cette dernière ne peut survenir dans un contexte d’austérité généralisée. Les plans d’ajustement structurel Ajustement structurel Politique économique imposée par le Fonds monétaire international (FMI) en contrepartie de l’octroi de nouveaux prêts ou de l’échelonnement d’anciens prêts (...) appliqués suite à la crise de la dette du tiers-monde du début des années 1980 ont ainsi débouché sur une décennie perdue en Amérique latine, la récession Récession Une récession désigne une période de trois trimestres consécutifs de croissance négative. débouchant sur une diminution des recettes et une augmentation de la dette ».

La deuxième leçon était que « un État surendetté ne peut sortir de la crise sans une restructuration de sa dette, c’est-à-dire un rééchelonnement Rééchelonnement Le rééchelonnement d’une dette consiste à étaler les remboursements sur une plus longue période pour en atténuer la charge à court terme. et une annulation partielle. En Europe, la Grèce semble dans une situation similaire à celle qu’a connue l’Argentine dans les années 1990, avec une monnaie surévaluée débouchant sur un endettement croissant et sur un défaut de paiement  ». Un an plus tard, ces craintes se sont révélées dramatiquement pertinentes. Dans la foulée de la Grèce, l’Irlande et le Portugal ont nécessité un plan de soutien de l’UE et du FMI FMI Le FMI est né le même jour que la Banque mondiale avec la signature des Accords de Bretton Woods (1944). Le rôle du FMI était de défendre le nouveau système de changes fondé sur la parité dollar/or. A la fin de Bretton Woods (1971), le FMI est maintenu et se révèle petit à petit le gendarme et le pompier du capitalisme mondialisé : gendarme lorsqu’il impose ses programmes d’ajustement structurel ; pompier lorsqu’il intervient financièrement pour renflouer des États touchés par une crise financière. Son mode de décision est celui d’une répartition des droits de vote en fonction du montant de la cotisation des États membres. Il faut 85 % des voix pour modifier la Charte du FMI (les USA possèdent donc une minorité de blocage, vu qu’ils possèdent plus de 16 % des voix). en échange de politiques d’austérité. Dans le même temps, l’austérité en Grèce a aggravé la récession et condamné le pays à solliciter un deuxième plan d’aide… en échange d’une austérité accrue, à un tel point que la question de la solvabilité de l’économie grecque se pose avec de plus en plus de gravité, sur fond de manifestations d’« indignés » qui refusent d’être les dindons de la farce de la crise.

Le système financier international est au moins aussi dangereux qu’avant la crise de 2008

Au même moment, nombre de pays en développement voient les capitaux privés internationaux affluer, ce qui leur fait craindre la formation de bulles spéculatives susceptibles de déboucher en crise financière, comme ce fut le cas il y a quinze ans en Asie et en Amérique latine. Dans ces pays, certaines leçons du passé ont été tirées, ce qui les incite notamment à adopter des mesures de contrôle des capitaux. Mais en l’absence de réforme profonde du système financier international par le G20, l’instabilité financière et monétaire reste de mise et les risques de crise demeurent.

En définitive, le système financier international est au moins aussi dangereux qu’avant la crise de 2008, alors que les Etats des pays industrialisés sont tellement endettés, suite aux plans de sauvetage des banques et à la récession provoquée par la crise, qu’ils n’auraient plus les moyens de sauver ce qui pourrait l’être en cas de nouvelle crise systémique Crise systémique Crise financière entraà®nant des faillites de proche en proche et l’effondrement du système financier (effet domino). . Il s’avère donc urgent de tirer toutes les leçons des crises que l’on pensait jusqu’il y a peu limitées aux pays en développement, mais qui touchent désormais les pays riches de plein fouet.

P.-S.

Source : édito de dlm, demain le monde, n°8, juillet-août 2011 // www.cncd.be/dlm