Les leçons non tirées du tiers-monde

De la crise de la dette au Sud, on peut tirer des leçons pour le Nord.

Arnaud Zacharie
Mise en ligne le 27 juin 2011
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Il y a un an jour pour jour, nous mettions l’Union européenne (UE) en garde en lui conseillant de tirer les leçons de l’expérience du tiers-monde dans la gestion de la crise de la zone euro.

La première leçon à tirer était selon nous que « ceux qui pensent qu’une réduction des dépenses publiques de 1% du PIB   implique automatiquement une réduction du déficit public de 1% du PIB sont dangereusement optimistes. La réduction du déficit public dépend également des recettes et donc de l’activité économique, alors que cette dernière ne peut survenir dans un contexte d’austérité généralisée. Les plans d’ajustement structurel   appliqués suite à la crise de la dette du tiers-monde du début des années 1980 ont ainsi débouché sur une décennie perdue en Amérique latine, la récession   débouchant sur une diminution des recettes et une augmentation de la dette ».

La deuxième leçon était que « un État surendetté ne peut sortir de la crise sans une restructuration de sa dette, c’est-à-dire un rééchelonnement   et une annulation partielle. En Europe, la Grèce semble dans une situation similaire à celle qu’a connue l’Argentine dans les années 1990, avec une monnaie surévaluée débouchant sur un endettement croissant et sur un défaut de paiement  ». Un an plus tard, ces craintes se sont révélées dramatiquement pertinentes. Dans la foulée de la Grèce, l’Irlande et le Portugal ont nécessité un plan de soutien de l’UE et du FMI   en échange de politiques d’austérité. Dans le même temps, l’austérité en Grèce a aggravé la récession et condamné le pays à solliciter un deuxième plan d’aide… en échange d’une austérité accrue, à un tel point que la question de la solvabilité de l’économie grecque se pose avec de plus en plus de gravité, sur fond de manifestations d’« indignés » qui refusent d’être les dindons de la farce de la crise.

Le système financier international est au moins aussi dangereux qu’avant la crise de 2008

Au même moment, nombre de pays en développement voient les capitaux privés internationaux affluer, ce qui leur fait craindre la formation de bulles spéculatives susceptibles de déboucher en crise financière, comme ce fut le cas il y a quinze ans en Asie et en Amérique latine. Dans ces pays, certaines leçons du passé ont été tirées, ce qui les incite notamment à adopter des mesures de contrôle des capitaux. Mais en l’absence de réforme profonde du système financier international par le G20, l’instabilité financière et monétaire reste de mise et les risques de crise demeurent.

En définitive, le système financier international est au moins aussi dangereux qu’avant la crise de 2008, alors que les Etats des pays industrialisés sont tellement endettés, suite aux plans de sauvetage des banques et à la récession provoquée par la crise, qu’ils n’auraient plus les moyens de sauver ce qui pourrait l’être en cas de nouvelle crise systémique  . Il s’avère donc urgent de tirer toutes les leçons des crises que l’on pensait jusqu’il y a peu limitées aux pays en développement, mais qui touchent désormais les pays riches de plein fouet.

P.-S.

Source : édito de dlm, demain le monde, n°8, juillet-août 2011 // www.cncd.be/dlm