Michel Cermak : « L’UE est contredite par ses pratiques »

Bruxelles - L’Union européenne négocie actuellement des accords de libre-échange avec quatre pays arabes. Elle souhaite ainsi apporter son soutien à la transition démocratique en cours. Michel Cermak, du CNCD-11.11.11, est loin d’être convaincu par l’efficacité de cette politique. « Cela devrait au minimum se faire avec une consultation de la société civile », estime-t-il.


Mise en ligne le 25 mai 2012
S'informer

Vous doutez que la libéralisation des échanges entre l’UE et les pays arabes profite à ces derniers...

On débat depuis longtemps sur l’impact positif ou négatif du libre-échange sur le développement. Sans chercher à clore ce débat, il faut tout de même rappeler qu’on dispose de nombreux exemples où ça n’a pas fonctionné, et ce pour diverses raisons. Si on prend le cas du Cambodge, on voit que l’ouverture unilatérale du marché européen qui aurait pu être une bonne chose, a poussé des sociétés occidentales à acheter des terres pour cultiver et exporter de la canne à sucre. Cela ne génère qu’un nombre limité d’emplois locaux. Et, en revanche, des paysans ont perdu la terre qui leur donnait de quoi vivre. On ne peut donc pas dire que le libre-échange provoque automatiquement des conséquences positives pour la population.

Inversement, y a-t-il un impact négatif automatique ?

Il faut voir au cas par cas mais ce n’est pas mécaniquement négatif, de même que ce n’est pas automatiquement positif. Le problème. c’est que la Commission européenne essaie de présenter la signature de ces accords comme une réponse à l’évolution que connaissent le Maroc, l’Égypte, la Tunisie et la Jordanie. Ces accords doivent être négociés avec consultation des ONG et organisations syndicales. On dit que ces peuples sont représentés par leurs gouvernements mais ce n’est que plus ou moins vrai. La Tunisie n’a pour le moment qu’une assemblée constituante.

Qu’est-ce qui pousse ces pays à accepter tout de même ces accords ?

Les négociateurs de ces pays sont tout à fait conscients des problèmes posés par ces accords. Mais ils sont sous pression car ils savent que la Commission européenne négocie avec des pays qui sont leurs concurrents directs. Ils se retrouvent donc en situation d’accepter des conditions qu’ils trouvent peu avantageuses, tout en redoutant que ce soit pire s’ils ne signent pas.

Le soutien apporté par l’Union européenne ne vous semble donc pas adapté ?

Suite aux « printemps arabes », l’UE s’était engagée à soutenir la demande de participation politique, de dignité, de liberté, et de nouveaux emplois qui était exprimée. Elle semble déjà contredite par ses pratiques. Un premier signe de respect au lendemain des révolutions serait d’attendre qu’un pays se dote d’une Constitution et d’un gouvernement de plein exercice avant d’entamer de telles négociations avec lui.

Propos recueillis par Camille Goret.

P.-S.

Source : Métro, 24 mai 2012.