Migrants climatiques, une réalité à étudier
Le Niger et ses terres arides
cc Hugo Sim

Migrants climatiques, une réalité à étudier

MICmag - Saviez-vous que trois ans de sécheresse dans l’est de la Syrie ont poussé 20 % des paysans vers des villes incapables de les absorber, produisant ainsi une des multiples causes qui ont mené à la guerre en cours depuis 2011 ? [1] Le lien entre climat et migration : un sujet d’étude qui monte en puissance et qui concerne aussi la Belgique.

D’emblée, l’Observatoire Hugo annonce la couleur : « Environnement, migration, politique ». En croisant diverses expertises (climatologie, sociologie, agronomie, géographie, science politique) sur ces trois thèmes, cette jeune structure ancrée à l’Université de Liège n’a pas d’équivalent dans le monde. C’est donc une première dans la recherche. En collaboration avec l’ULB et l’Université d’Anvers, l’Observatoire Hugo démarre une étude sur les causes environnementales là- bas qui produisent des migrations ici.

Des chiffres avant les émotions

Les études en la matière ont commencé il y a à peine une dizaine d’années, autant dire rien pour un dossier aussi complexe et multidisciplinaire. Cependant l’intérêt ne cesse d’augmenter, notamment en raison des crises migratoires et de la Conférence de Paris de 2015 sur le climat.
À quoi sert d’examiner les liens entre ces phénomènes ? La réponse de Pierre Ozer, géographe et coordinateur scientifique à l’Observatoire Hugo : « Notre intention est de mettre les migrations au top de l’agenda politique et de ne pas attendre d’être dans l’urgence pour commencer à y réfléchir. Nous tenterons d’apporter des chiffres parce que la question des migrations - environnementales ou non – est devenue très émotionnelle et permet à certains de surfer sur les peurs ».

Pierre Ozer souhaite que les résultats de leur recherche aient aussi des retombées pédagogiques auprès des médias et du grand public. Il poursuit : « Nous tenterons de déterminer les mécanismes sur lesquels les politiques pourront jouer, non pas pour bloquer les migrations mais pour les prévoir et les accompagner. Il s’agit de faire en sorte que toute migration soit positive parce que réfléchie en amont, plutôt que négative parce que le politique est pris au dépourvu ».

Une illustration ? Pierre Ozer contribue à une recherche réalisée au Niger, pays sahélien où la population augmente alors que les terres s’atrophient et les sols s’appauvrissent. Les gens attribuent la diminution du rendement agricole au manque de pluie... même si les pluies ont recommencé à tomber après la grande sécheresse des années 1980. À la question « quelles seront vos stratégies d’adaptation ? », 54 % des 2 000 personnes interrogées dans l’étude affirment : la migration. Et parmi eux, une part importante compte viser le nord de l’Afrique. Dès lors, la tentation de rejoindre le continent européen via des passeurs pourrait être forte. Même au prix de leur vie. 

[1Voir l’étude de Brown et Crawford, Rising temperatures, rising tensions, IISD, 2009. Citée par Pierre Ozer.

Source : MICmag, février 2017.