Objectifs de développement durable : les priorités de la société civile du Bangladesh pour le HLPF
Source : EquityDB (Facebook)

Objectifs de développement durable : les priorités de la société civile du Bangladesh pour le HLPF

Ce lundi 17 juillet, le Bangladesh présente aux Nations Unies son rapport national dans le cadre du Forum politique de haut niveau (HLPF) sur le développement durable. Pour la coupole des ONG au Bangladesh, le réseau Equity BD, le HLPF est l’occasion d’un dialogue sincère entre le Bangladesh et la communauté internationale, notamment sur la lutte contre le réchauffement et les flux illicites.

C’est à l’occasion d’une conférence de presse organisée début juillet à Dhaka (Bangladesh) que la société civile du Bangladesh a rappelé ses priorités pour la mise en œuvre des Objectifs de développement durable. A l’instar de la Belgique, le Bangladesh se prête lui aussi cette année à l’exercice de présenter son rapport national volontaire aux Etats membres de l’ONU.

Un réseau qui coordonne une plateforme nationale pour la mise en œuvre des ODD

Cette conférence de presse était organisée par le réseau EquityBD (Equity and Justice Working Group Bangladesh), qui coordonne une alliance nationale d’organisations de la société civile pour plus d’équité et de justice au Bangladesh et dans le monde. Pour le suivi de la mise en œuvre des Objectifs de développement durable (ODD), EquityBD coordonne une large plateforme de la société civile, qui associe également des organisations d’agriculteurs et de travailleurs et d’autres réseaux de la société civile. S’appuyant sur leur position intitulée « Priorité à la lutte contre les inégalités : la communauté internationale se doit de renforcer des partenariats pour aider les pays en développement à lutter contre la pauvreté, les inégalités et les changements climatiques » [1], les 21 organisations [2] réunies ont présenté leurs demandes au gouvernement du Bangladesh pour la mise en œuvre des ODD.

Un pays très peuplé et très exposé

Avec ses 160 millions d’habitants sur une superficie grande comme un peu moins de cinq fois la Belgique, le Bangladesh est un pays très peuplé (avec plus de 1000 habitants au km2) où la moyenne d’âge avoisine les 26 ans et où un tiers de la population a moins de 14 ans. Le Bangladesh est par ailleurs un pays très exposé aux effets néfastes du réchauffement : situé à l’estuaire de trois grands fleuves, 10% du territoire se trouvent à moins d’un mètre d’altitude. Avec la fonte des glaces des sommets de l’Himalaya au nord, le risque d’inondations est accru. Par ailleurs, ces dernières années, les inondations catastrophiques ont été plus fréquentes (environ tous les cinq ans alors qu’auparavant, c’était environ tous les vingt ans). Alors qu’il y a quelques années, le pays était proche d’atteindre l’autosuffisance alimentaire, les inondations de ces dernières années ont anéanti toute perspective favorable en la matière.

Des efforts de développement menacés par les dérèglements climatiques

Le sens des vents dominants a légèrement changé, ce qui renforce sensiblement les cyclones qui traversent le golfe du Bengale et ses eaux réchauffées. Les cyclones et événements climatiques extrêmes qui deviennent plus puissants et plus fréquents provoquent des dégâts conséquents et anéantissent souvent des efforts de développement de plusieurs années. Enfin, avec l’élévation du niveau de la mer, une partie du territoire est menacée de submersion, 20 millions de personnes pourraient être obligées de se déplacer d’ici 2050 pour se relocaliser ailleurs, tandis que de nombreux agriculteurs seront obligés de se reconvertir dans d’autres métiers compte-tenu de la teneur en sel de leurs parcelles qui rendent impossibles les cultures. Enfin, ce sont tous les écosystèmes de la région du sud du pays qui seront anéantis, et en particulier les mangroves qui abritent une faune et une flore dont les espèces sont menacées d’extinction.

Des priorités nationales intrinsèquement liées au contexte

Vu ces multiples effets néfastes du réchauffement sur leur pays, la société civile bangladaise n’hésite pas à dire que son pays est une « victime innocente du réchauffement ». Elle déplore le manque de protection des populations côtières face aux dérèglements climatiques et le manque d’action de la communauté internationale pour lutter contre le réchauffement. Au-delà, et profitant du forum politique de haut niveau sur le développement durable, la société civile a résumé ses priorités en cinq points qui sont : (i) donner la priorité à la lutte contre les inégalités et les disparités régionales, (ii) agir contre les flux illicites, éliminer les failles dans le système fiscal qui engendrent des pertes de ressources pour le pays, (iii) adopter une approche équilibrée entre construction d’infrastructures pour la croissance et pour la protection de la population des dérèglements climatiques, (iv) encourager la communauté internationale à prendre ses responsabilités pour les déplacés climatiques, et (v) renforcer les institutions démocratiques pour assurer l’atteinte des ODD.

Priorité à la lutte contre les inégalités et à la lutte contre les flux illicites

La société civile plaide pour que l’Etat bangladais assure une justice distributive pour toutes les classes de la population : « l’Etat doit prévoir des investissements publics dans les services de base tels que l’éducation, la santé, l’électricité, l’eau, les technologies d’information et de communication, ou encore l’agriculture » [3]. Bien conscients de la pression des institutions financières internationales (IFI) sur leur pays, la société civile demande le respect de la souveraineté des pays en développement, et en particulier des pays les moins avancés, dans la prise de décisions et dans la protection de la justice distributive et du bien-être de la population. Par ailleurs, pour la mise en œuvre des ODD au Bangladesh, environ 7 milliards de dollars sont nécessaires annuellement. Le Bangladesh a défini une nouvelle politique de taxation pour assurer la mobilisation de ces ressources, mais la société civile pointe les flux financiers illicites, notamment la corruption interne pour laquelle un engagement plus ferme devrait être pris, et l’évasion vers les paradis fiscaux pour laquelle elle demande une réelle coopération internationale au sein des Nations Unies [4].

Equilibrer les investissements pour plus de résilience

Particulièrement vulnérable aux dérèglements climatiques, le Bangladesh doit investir dans de nombreux domaines pour faire face aux cyclones fréquents, aux inondations, aux pertes de territoires côtiers, à l’érosion des rivières, à la salinisation des sols. Parmi les investissements qui seraient nécessaires : la construction de digues et de talus de protection, de réseaux d’égouts et de canalisations pour l’eau dans les villes, de logements en dur pour abriter les déplacés climatiques en cas de cyclone et de logements pour les déplacés qui viennent gonfler les bidonvilles à la périphérie des villes. Malheureusement, ces investissements sont peu rentables et le pays doit rembourser de nombreux prêts aux bailleurs internationaux. Il privilégie donc naturellement des investissements porteurs de croissance et d’emplois, essentiels certes, mais qui ne contribuent pas à protéger la population et à rendre le pays plus résilient aux catastrophes climatiques. Ce serait pourtant à son avantage, car le Bangladesh perd actuellement chaque année entre 2 et 2,5% de son PIB à cause des catastrophes climatiques.

Les institutions démocratiques, la clef de voûte du développement durable

La société civile bangladaise plaide enfin pour le renforcement des institutions démocratiques au Bangladesh, notamment pour la tenue d’élections inclusives, pour le renforcement de gouvernements décentralisés, pour la liberté d’information et de rassemblement qui sont des fondamentaux pour réaliser le programme 2030 de développement durable et ses 17 objectifs.
La coalition nationale bangladaise appelle le gouvernement à ne pas se laisser aller à une attitude complaisante et d’autocongratulation dans les forums internationaux, mais au contraire à exposer la réalité à la communauté internationale : « sans la coopération internationale, le Bangladesh seul ne pourra pas faire cesser les flux illicites, et par ailleurs, ce sont les pays développés qui portent la responsabilité des catastrophes climatiques que le pays subit » [5]. Le Forum politique de haut niveau sur le développement durable doit être l’opportunité d’une expression de gestes solidaires avec le Bangladesh.

[1La position de la société civile bangladaise est disponible en anglais : http://www.equitybd.net/wp-content/uploads/2017/07/CSO-Positioning-on-BD-VNR-in-UN-HLPF-2017.pdf

[2Ces organisations sont ARPAN, BAFLF BKS, BKF, BNNRC, CLEAN, COAST, DDJ, DUS, EquityBD, GCAP, JSJ, NRDS, OKSociety, PRAN, SDO, SANGRAM, SDG Watch Bangladesh, SUPRO, Uddipon, Unnayan Dhara Trust, Voice of South Bangladesh.

[4La société civile bangladaise demande que la communauté internationale crée une Commission des Nations Unies sur la fiscalité qui définirait les règles dans le respect des banques et de la transparence fiscale.

[5Conférence de presse nationale, 8 juillet 2017 : http://www.equitybd.net/?p=26180