Pas de repos pour Robin des Bois

Des mesures sociales, la lutte contre le changement climatique, la mise en place d’un autre modèle de développement, voilà les objectifs d’une taxe sur les transactions financières. Elle ne doit pas servir à combler des déficits budgétaires et encore moins à sauver (à nouveau) les banques, plaide la coalition « Robin des Bois ».


Mise en ligne le 26 octobre 2011
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Dans son discours sur l’état de l’Union, le président de la Commission européenne José Manuel Barroso a défendu devant le Parlement européen l’instauration d’une taxe sur les transactions financières (TTF).
Pour le coup, il était très clair, voire brutal. Plus important : cette fois, ses déclarations se basent sur une proposition concrète faite par la Commission au Conseil européen. Les dirigeants européens n’ont plus qu’à s’y conformer. Le président Sarkozy proposera la taxe au G20 de Cannes les 3 et 4 novembre, aidé en cela par un rapport réalisé par Bill Gates.
Il est tout à fait possible qu’un certain nombre de pays du G20 rejoignent l’initiative. Ainsi la taxe sur les transactions financières est plus que jamais à l’avant-plan des débats politiques.

C’est là une avancée intéressante pour les organisations membres de la coalition mondiale Robin des Bois (Robin Hood) qui réclament cette taxe depuis des années. La taxe sur les transactions financières vise à contrer la spéculation. Dans son document, la CE stipule bien que cette taxe pourrait constituer un frein à des transactions à très court terme sur des produits financiers qui sont en fait de la spéculation. Et la taxe peut rapporter gros. Il serait question de 500 milliards d’euros par an, si une taxe de 0,05 % était appliquée à l’échelle planétaire sur toutes les transactions financières internationales - et près de 200 milliards si une telle taxe était appliquée à l’échelle européenne.

Qu’en faire ?

Maintenant que l’introduction d’une taxe sur les transactions financières n’est plus un rêve lointain, le débat sur l’utilisation des revenus de cette taxe devient brûlant. Nous voulons que les dirigeants européens s’engagent à les consacrer à des mesures sociales, au financement du développement, à la lutte contre le changement climatique et à la mise en place d’un autre modèle de développement économique. Il ne faut pas qu’ils servent à combler des déficits budgétaires et encore moins à sauver (à nouveau) les banques. Ce n’est que de cette façon que la taxe sur les transactions financières sera vraiment une taxe « Robin des Bois ». C’est aussi dans cette direction qu’allait la résolution du Sénat votée à une confortable majorité, en juin dernier.

En Europe, les économies budgétaires frappent surtout les plus pauvres et l’inégalité ne cesse de s’aggraver. Elles menacent aussi les pays en développement qui constatent que de plus en plus de pays riches coupent dans les budgets consacrés à l’aide au développement. A cause de la crise, bien des pays en développement retirent moins de revenus des investissements et exportations. Il en résulte des économies douloureuses dans des secteurs comme l’enseignement et les soins de santé. C’est une très mauvaise nouvelle pour la réalisation des objectifs du Millénaire. Lors du sommet sur le climat à Cancún, l’année dernière, les membres des Nations unies ont promis que, pour 2020, ils financeraient un fonds de 100 milliards de dollars pour aider les pays en développement à réduire leurs émissions et à s’adapter au changement climatique. C’est une promesse qui ne se concrétise guère.

Frapper plus fort

Nous nous réjouissons de cette proposition européenne de taxe sur les transactions financières, mais constatons qu’elle peut et doit être améliorée. La base de taxation pourrait être rehaussée jusque 0,5 % par exemple à l’instar du « stamp duty » britannique. Il est d’ailleurs curieux que la Grande-Bretagne reste si fermement opposée à la TTF.Même avec ce « stamp duty » relativement haut, la City reste le centre financier le plus important au monde.

La taxation doit être étendue. À côté des titres, des obligations et des produits dérivés  , il faut aussi taxer les transactions sur les devises (taxe de type Tobin). L’ensemble des systèmes de spéculation doit être dans le champ d’application de cette TTF, sans oublier d’y intégrer le « shadow banking » (c’est-à-dire les banques et institutions financières qui opèrent hors des règles habituelles des banques de dépôts). Ainsi la taxation peut rapporter davantage, mieux freiner la spéculation et assurer une meilleure stabilité.

Dans les prochaines semaines, avec la coalition mondiale pour la taxe « Robin des Bois », il nous faut continuer à faire pression sur les dirigeants européens. La TTF doit aussi être la pierre de touche du sommet du G-20 début novembre à Cannes. Une taxe aussi large que possible doit être adoptée par autant de pays que possible et utilisée à des fins justes. Pas de repos pour Robin des Bois !

Signataires :
Christophe Quintard (FGTB), Katrien Vervoort (Oxfam Solidarité), Arnaud Zacharie (CNCD-11.11.11.), Thierry De Lannoy (MIR-IRG), Isabelle Franck (Entraide et Fraternité/Vivre Ensemble), François Gobbe (Kairos Europe W-B, Charles Lejeune (FCSS), Yanic Samzun (PAC) et Albert Van De Sande (UNSP-Finances)

P.-S.

Source : tribune publiée par l’Echo (www.lecho.be) le 4 octobre 2011.