RD Congo : le silence assassin de la communauté internationale


Mise en ligne le 13 septembre 2012
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© UN Photos / Marie Frechon 2009.

« Ils étaient dix, grands, petits, maigres, gros… Ils étaient dix, ils se sont relayés et chacun d’eux a pris possession de mon corps… Au début, je n’ai pas compris, c’était ma première fois, j’ai eu l’impression de mourir, j’aurais voulu disparaître, mais j’étais bien là ! Ils se sont engouffrés, le sang a giclé, je me sentais sale, j’avais honte… Aujourd’hui, j’erre dans la ville en espérant rencontrer la mort à un coin de rue…  » Nzigire, Sifa, Mawouwa, Furaha, Neema… chacune a vécu la même expérience dans l’Est du Congo. Le conflit perdure et le nombre de victimes ne cesse d’augmenter.

Selon des estimations provenant d’organisations non gouvernementales (Amnesty International, Human Rights Watch) qui travaillent sur place, une centaine de femmes seraient violées chaque jour et utilisées comme esclaves sexuelles par les différentes rébellions pour affaiblir les populations locales, en vue de l’exploitation illégale des ressources minières. Une exploitation qui contribue au pillage du sous-sol de la région et qui favorise le commerce des métaux rares et précieux, tel le colombo-tantalite, mieux connu sous le nom de coltan, indispensable à la fabrication de nos GSM. En effet, en RDC, le viol est utilisé comme une arme de guerre et fait partie intégrante du système mis en place pour alimenter un conflit meurtrier.
La conférence internationale de la région des Grands Lacs, qui vient de se clôturer à Kampala, n’a abouti sur aucun accord de paix, laissant l’Est du Congo en proie à de nouveaux conflits. Chaque jour, le bilan ne cesse de s’alourdir. Les viols continuent, les populations civiles sont massacrées et la faune – une des plus riches de l’humanité, plusieurs espèces sont protégées –ainsi que la flore sont détruites.
Et cela dure depuis vingt ans. Vingt longues années au cours desquelles, dans le silence et l’indifférence la plus complète du reste du monde, les morts s’accumulent, des femmes, des hommes, des enfants sont violés et abusés.

En RDC, le viol est utilisé comme une arme de guerre

Aujourd’hui, une nouvelle rébellion sévit dans la région : le M23, Mouvement du 23 mars 2009, qui, selon un récent rapport des Nations Unies, serait activement soutenu par le Rwanda. Le gouvernement congolais, quant à lui, reste incapable de défendre et de protéger sa population. L’armée congolaise passerait plus de temps à racketter la population qu’à la protéger ou à faire la guerre à l’ennemi.

Bien que, depuis 1999, les Nations Unies disposent d’une force multinationale sur place (dont l’effectif atteint aujourd’hui plus de 17 000 hommes), la situation sécuritaire en RDC reste préoccupante et le nombre de victimes civiles ne cesse d’augmenter car le résultat de son action reste mitigé et peu efficace. Des milliers de villageois ont abandonné leurs habitations et vivent dans la forêt, des centaines de femmes continuent à être violées, des milliers d’enfants sont privés de toute éducation… Et le monde se tait, les bourreaux restent impunis et protégés par leurs complices, les victimes se retrouvent abandonnées à elles-mêmes.

Nous pensons que cette guerre et ces crimes doivent interpeller toute femme, tout homme épris de paix et de justice. C’est la raison de cet appel en faveur d’une mobilisation citoyenne internationale afin que cette guerre injuste cesse et que justice soit rendue à ces populations qui souffrent et meurent en silence. Le Conseil de sécurité doit condamner fermement le soutien du Rwanda aux différentes rébellions. Des sanctions financières et militaires doivent être prises contre ce pays pour le contraindre à arrêter ses interventions au Congo et à coopérer à l’arrestation des criminels de guerre protégés par Kigali et recherchés par la justice internationale.

Nous demandons donc à l’Union européenne ainsi qu’à l’ensemble de ses pays membres de geler l’aide budgétaire destinée au Rwanda (à l’exception de l’aide humanitaire et l’appui aux initiatives de la société civile). Le retour de cette aide doit être conditionné à la fin du soutien rwandais aux groupes armées qui occupent l’est de la RDC [1] , ainsi qu’à l’arrestation des chefs rebelles qui sont protégés par Kigali et à leurs transferts devant la Cour pénale internationale pour répondre de leurs actes. Ces mesures sont nécessaires pour obliger l’armée rwandaise à arrêter ses multiples interventions au Congo. Nous demandons aussi que des pressions soient faites pour la réforme de l’armée congolaise en vue de lui permettre de remplir correctement sa mission de défense du territoire et de protection de la population.

Le collectif « Tous Ensemble pour la cause des femmes en RDC », la plate-forme Afrique centrale du CNCD-11.11.11 ainsi que plusieurs acteurs de la société civile se mobilisent pour que la Belgique, l’Union européenne et la communauté internationale s’engagent en faveur de la paix au Congo.

Prévue depuis le début du mois de septembre, la marche de solidarité organisée par la plate forme « Tous Ensemble pour la cause des femmes en RDC »ne pourra finalement pas avoir lieu ce 6 octobre 2012. Le CNCD-11.11.11 n’est associé à aucun autre événement lié à la République démocratique du Congo durant ce week-end des 6 et 7 octobre. Il réitère cependant son soutien aux populations victimes de la violence en RDC, en particulier les femmes, ainsi qu’à la pacification de l’est du pays.

Notes

[1Rapport d’étape du groupe d’experts sur la RDC (S/2012/348/21 juin 2012 et d’un additif au rapport concernant le soutien du Rwanda à des groupes armés en RDC

P.-S.

Source : carte blanche publiée dans La Libre (www.lalibre.be) le jeudi 13 septembre 2012.