Rio+20 : « L’abîme ou la métamorphose ? »

POINT SUD, les études du CNCD-11.11.11 // n°6

Introduction

La Conférence Rio+20 est un moment politique clef de la Campagne sur l’environnement et le développement que mènent le CNCD-11.11.11 et ses organisations membres. Afin de cerner les enjeux, le CNCD-11.11.11 publie une nouvelle étude ’Point Sud’ à la veille de la conférence des Nations Unies sur le développement durable.

Véronique Rigot s’est penchée, pour ce 6e numéro, sur la question du changement de cap nécessaire pour notre monde en crise. Par analogie à l’abîme, la première partie s’appuie sur une photographie réaliste de notre monde contemporain en crises : essoufflement de la croissance, aggravation des inégalités sociales, dépassement de la biocapacité de la terre. Face à ces constats peu réjouissants, l’économie verte se révèle être une solution insuffisante et le développement durable, une tentative de solution qui doit encore s’affirmer. Dans un second temps, la question de la métamorphose du système est explorée : quelle transition pour un monde socialement plus juste et écologiquement plus soutenable ? quelles grandes balises poser pour engager ces changements ? et quel sont les grands dossiers en débat à la veille de la conférence Rio+20 ?

Rio est l’occasion d’inscrire la transition vers un monde socialement juste et écologiquement soutenable dans le cadre politique international. La conférence est une étape cruciale pour la promotion de sociétés durables, comme le souligne la Coalition belge Rio+20. L’Histoire humaine a souvent changé de voie, rappelle Edgar Morin, qui signe la postface de l’étude. Il ne suffit plus de dénoncer. Il nous faut maintenant énoncer, nous dit-il.

Résumé

Nous sommes à un carrefour. Au carrefour des choix de société. Nous sentions que nous en approchions, depuis quelques années, depuis l’émergence de nouvelles revendications politiques combinées à une multitude d’initiatives qui remettent en question les modes de vie et de pensées, qui font entrer le culturel, le social, l’environnemental et des valeurs relationnelles dans nos quotidiens.

« Nous y sommes » disait l’écrivaine Fred Vargas fin 2008. « L’abîme ou la métamorphose », ce titre emprunté à Edgar Morin, philosophe français, penseur de la crise et du changement, ne pouvait résonner mieux à la veille de Rio+20. Ne pouvait raisonner mieux…

Edgar Morin, qui signe la postface de cette étude, aime à rappeler que « la réflexion sur le monde d’aujourd’hui ne peut s’émanciper d’une réflexion sur l’Histoire universelle  ». Et d’ajouter : « Voilà ce qu’est l’Histoire : des émergences et des effondrements, des périodes calmes et des cataclysmes, des bifurcations, des tourbillons, des émergences inattendues. »
En ces temps de crise systémique   que nous vivons, ses propos peuvent paraître catastrophistes. Ils ne le sont pourtant pas. Pour cet adepte de l’esprit de la complexité, « au sein même des périodes noires, des graines d’espoir surgissent » [1].

Rio+20 cristallise le moment politique international du choix planétaire entre l’abîme et la métamorphose, entre perpétuer le modèle productiviste et opérer la transition nécessaire vers un autre paradigme. Rio+20 cristallise le moment d’affiner la définition de cet autre paradigme et, surtout, d’accélérer résolument le mouvement vers sa concrétisation.

La première partie s’attache à définir l’abîme dans lequel la Révolution industrielle nous a entrainés. Partant des constats de l’impossible croissance infinie dans un monde fini et de ses conséquences économiques, sociales et environnementales, nous définissons ensuite l’économie verte, qui se présente comme une fausse bonne solution, puis nous définirons le développement durable, tentative de solution qui doit encore s’affirmer.

La seconde partie est consacrée à la métamorphose, que nous associons à la transition vers cet autre paradigme. Nous définissons la transition, avec une attention particulière aux sociétés durables promues dans le cadre d’une transition vers un monde socialement juste et écologiquement soutenable, aux conditions du changement de paradigme, avant de nous intéresser au cas de la réforme des subsides aux énergies fossiles, exemple concret qui illustre combien les chantiers de la transition ne peuvent se départir d’une attention spécifique aux impacts sociaux dans les pays les moins avancés.

A la veille de la Conférence Rio+20, nous ferons enfin le point sur les enjeux d’une telle conférence sur le développement durable en période de crises multiples. Nous nous poserons également la question des risques pour le multilatéralisme et la transition elle-même. Nous terminerons en rappelant les revendications de la société civile belge réunie au sein de la Coalition belge Rio+20.

Document joint

Notes

[1Loc.cit.