Rio+20 : les négociations commencent, éclairage sur les enjeux

Ce lundi 28 mai, les Nations Unies entament les négociations sur le projet de déclaration politique de la conférence Rio+20. Cette conférence des Nations Unies sur le développement durable se déroulera à Rio de Janeiro, au Brésil, du 20 au 22 juin prochain. Eclairage sur les grands enjeux, à un mois de l’événement.

Véronique Rigot
Mise en ligne le 29 mai 2012
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« Jusqu’ici, les Etats ne négociaient pas », nous dit Ulrik Lenaerts, expert du SPF Affaires étrangères à la tête de la délégation belge aux négociations. En effet, les rencontres qui ont eu lieu depuis la sortie du premier projet de texte (appelé zero-draft) en janvier dernier, n’avaient pas pour but de chercher le consensus sur le texte, mais bien de passer en revue l’ensemble du texte et de prendre en compte les propositions d’amendements qui étaient soumises au secrétariat.

Discussions, consultations, négociations !

Cette phase de discussion est clôturée depuis début mai, et ce mardi 22 mai, les deux co-présidents du processus de négociations, les ambassadeurs John Ashe et Kim Sook, ont proposé une seconde version du texte. Celle-ci constitue une proposition de compromis, sur base de laquelle les véritables négociations vont commencer, sous l’égide du Secrétaire général du secrétariat Rio+20, Sha Zukang (le secrétaire général de la Commission Développement durable des Nations Unies).

Selon M. Lenaerts, cette proposition de texte est « osée  » car elle fait un énorme pas en avant en proposant un compromis qui, par définition, ne reprend pas tous les amendements proposés par tous les Etats ou groupes d’Etats. Pour rappel, le texte initial était passé de 19 à plus de 300 pages dans la première partie du processus de consultation. Osé, donc, ce nouveau texte, mais Ulrik Lenaerts n’en est pas moins optimiste quant à la suite du processus car « le texte est équilibré  », nous dit-il. Parole de diplomate pragmatique, plutôt que perdre du temps sur des questions de procédure, il convient maintenant de se concentrer sur le contenu des négociations.

Des Objectifs de développement durable

Parmi les grands enjeux de la conférence, il y a l’adoption d’Objectifs de développement durable (ODD, soit les Sustainable development goals, SDGs en anglais). Plus précisément, l’adoption d’une vision de ce que devraient être ces ODD, car un processus devra être mis en place pour définir ce nouveau cadre de référence global dès 2015. Celui-ci s’appuiera sur les Objectifs du millénaire pour le développement   (OMD) et sera élargi à un agenda de développement durable, comprenant l’éradication de la pauvreté, les défis communs pour une consommation et une production durable et une dimension sociale forte qui prend en compte les grands enjeux tels qu’un seuil de protection sociale internationale, la question de l’emploi, des grandes villes, etc.

Une architecture institutionnelle plus forte

Second point à l’agenda, le renforcement des institutions internationales en charge du développement durable, et d’abord du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE  ). La proposition européenne d’en faire une nouvelle agence spécialisée avec plus de pouvoirs et d’autorité serait la piste la moins probable, mais les discussions restent ouvertes sur la forme exacte que pourrait prendre le PNUE. Par ailleurs, au-delà des premiers débats sur la création d’un Conseil pour le Développement durable au sein de l’Assemblée générale des Nations Unies, il est aujourd’hui question de créer un forum ministériel réunissant les ministres intéressés au développement durable, mais aussi des représentants de la société civile et une interface qui réunirait des scientifiques et des politiques.

Une feuille de route pour l’économie verte

Concernant l’économie verte et le projet de feuille de route, sur lequel l’Union européenne a beaucoup travaillé, le contexte des négociations est particulièrement tendu. L’économie verte est dénoncée par les pays en développement qui ne voient pas d’un bon œil la manière dont le sujet est imposé par les pays du Nord. Par ailleurs, des pays comme les Etats-Unis et le Canada sont réticents, eux aussi, quant à la possibilité de se voir imposer de nouvelles contraintes économiques et/ou environnementales. Les discussions pourraient évoluer vers la création d’un cadre international léger qui jouerait le rôle de comité de facilitation pour l’avancement vers une économie verte, mais dont les décisions et les détails pour l’avancement seraient laissés au national et au sub-national.

L’Europe ne pense pas suffisamment ‘social’

Alors que la Belgique insiste sans mâcher ses mots sur la dimension sociale inhérente au développement durable, et, en particulier, en rapport avec l’économie verte, l’Europe a quant à elle un peu trop négligé cet aspect. C’est une critique récurrente, dont voici un exemple concret : les objectifs et cibles sur lesquels l’Europe a planché dans le cadre de la préparation du plan d’action s’articulent autour de cinq thèmes principalement environnementaux. Ces thèmes sont l’énergie, l’eau, les terres et écosystèmes, les océans et la gestion efficiente des ressources. La Belgique plaide donc pour ajouter des objectifs relatifs par exemple au travail décent et au plein emploi, ou encore à l’accès universel à des planchers de protection sociale.

Cette difficulté d’évolution permanente des positions des pays et des groupes de pays se révèle être une chance : les positions peuvent toujours être affinées et améliorées. Jusqu’aux derniers jours, la Belgique peut encore contribuer à améliorer les propositions européennes, et les représentants de la société civile que nous sommes gardons l’espoir d’être entendus, tout au long des négociations, par nos négociateurs et nos représentants politiques. La société civile réunie dans la Coalition belge Rio+20 a présenté ses positions politiques à nos négociateurs et ministres [1] .

Ban Ki Moon n’est pas content ?

Mardi 22 mai, juste avant la publication du nouveau texte des coprésidents, les mots durs de Ban Ki Moon quant aux faibles avancées des négociations de Rio+20 se sont répandus internationalement comme une traînée de poudre. Selon l’article rédigé par Environment and Energy publishing (E&E), un site de référence pour les lobbyistes de l’environnement, de l’énergie et du climat, le grand patron de l’ONU aurait dénoncé la somme d’intérêts individuels poussés par les Etats. « Nous ne pouvons laisser un examen microscopique du texte nous aveugler de la grande trame » aurait dit Ban Ki Moon lors d’un débat sur Rio+20, « l’état actuel des négociations nous envoie un mauvais signal  » [2].

Le lendemain, un communiqué officiel des Nations Unies insistait plus diplomatiquement sur l’opportunité à saisir à Rio. S’il y a une frustration réelle à ne pas voir progresser concrètement un tel processus de négociation, il faut peut-être aussi y voir une stratégie pour assurer l’approche risquée choisie par les co-présidents et donner une chance au texte de compromis qu’ils proposent…

A suivre…

Notes

[2Article ci-dessous, mais n’est plus disponible sur le site web : http://www.eenews.net/