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Projet 11.11.11

Sénégal : sauver la mangrove

A Toubacouta, dans l’ouest du Sénégal, la mangrove et la forêt sont en danger. Pour ASMAE et son partenaire sénégalais AJE, l’implication de la population locale est essentielle pour mettre un terme à la dégradation environnementale et pour reboiser la région. L’Opération 11.11.11 les soutient.

Cécile Vanderstappen
Où ?
Cinq Villages (Ndoumboudj, Santamba, Dassilamé Socé, Toubacouta et l’île de Bétenty) de la Communauté rurale de Toubacouta, Région de Fatick, Sénégal, Afrique de l’Ouest.

Contexte
A Toubacouta, dans l’Ouest du Sénégal, 25% de la mangrove a disparu entre 1980 et 2010. Ce sont les populations locales qui sont en partie responsables et victimes de la dégradation de ce riche écosystème, indispensable à l’équilibre écologique et aux espèces animales. En cause : le manque de conscientisation et d’alternatives économiques des populations locales. Une meilleure éducation à l’environnement et une plus grande participation au reboisement devraient participer à solutionner la dégradation de la mangrove.

Qui ?
En Belgique : ASMAE
www.asmae.be
Au Sénégal : Action Jeunesse Environnement – AJE
www.aje-sn.org

Quoi ?
Projet pilote de sensibilisation à la protection de la mangrove et de la forêt par la mise en place d’activités d’éducation à l’environnement.

Soutenir 11.11.11
N° de compte : BE76 000079753295
BIC : BPOTBEB1
au nom du CNCD-11.11.1
9, Quai du Commerce
1000 Bruxelles

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Le CNCD-11.11.11 adhère au Code éthique de l’AERF
www.vef-aerf.be

Elle est surtout connue pour son dédale de racines et d’arbres mais moins pour le rôle qu’elle joue ou les ressources qu’elle procure. La mangrove couvre une superficie d’environ 150 000 km2 sur notre planète. Caractéristique des embouchures de fleuves ou des zones littorales tropicales soumises au balancement des marées, elle est un riche écosystème indispensable à l’équilibre écologique et aux espèces animales dont l’Homme fait partie. Malheureusement, aujourd’hui cet écosystème à la fois essentiel et fragile est en danger, pour des raisons multiples : réchauffement climatique, exploitation intensive des fonds marins, mais aussi surexploitation par les populations locales.

La mangrove, source de vie

La mangrove est caractérisée par la prolifération d’arbres appelés palétuviers. Leurs feuilles, après décomposition dans l’eau douce, servent d’aliments pour les poissons de mer - tilapias, mulets, barracudas, thiofs, … - et les crustacés. A l’échelle mondiale, la majorité des poissons se reproduisent dans des zones de mangroves. Les fleurs des palétuviers sont, quant à elles, très appréciées par les abeilles et participent dès lors à la production locale de miel. Véritable garde-manger pour l’homme, la mangrove est aussi source de remèdes : racines, feuilles, bourgeons, écorces, servent à la confection de médicaments efficaces et très utilisés. Au niveau environnemental, la mangrove constitue un puissant puits à carbone, une véritable protection contre l’érosion côtière et facilite le développement de l’agriculture en freinant la remontée du sel marin.

La mangrove est donc un écosystème très riche mais elle tend à se réduire. A Toubacouta, dans l’ouest du Sénégal, 25% de sa superficie a disparu entre 1980 et 2010, ce qui n’est pas sans conséquences sur les populations locales. Celles-ci sont les premières à en subir les conséquences, mais elles peuvent aussi faire partie des solutions. C’est sur ce principe que se base le projet de l’organisation sénégalaise Action Jeunesse Environnement (AJE).

Responsabilisation et conscientisation

La dégradation de cet écosystème a débuté dans les années ‘70 et ‘80 suite aux sécheresses qui ont touché la région, le sel asphyxiant les arbres en l’absence d’eau douce. Mais c’est principalement la demande locale en ressources ligneuses qui pose problème aujourd’hui. Elles sont utilisées de façon excessive par les familles pour cuisiner et se chauffer. La demande en bois de service est forte aussi pour construire du mobilier et réaliser des objets d’art et d’artisanat. Pour AJE, les populations locales ne sont pas assez sensibilisées aux dangers à long terme de l’abattage abusif. «  Il faut que chacun sente qu’il a une responsabilité », insiste René Sibomana, secrétaire exécutif d’AJE.

Les populations locales ne sont pas assez sensibilisées aux dangers à long terme de l’abattage abusif

Face à ce processus de dégradation, l’Etat sénégalais sensibilise ses ministères et encourage les autorités locales à introduire la protection de l’environnement dans les stratégies de développement local mais les moyens en leur possession sont si dérisoires qu’ils semblent inefficaces. De grandes ONG et agences internationales, tel Océanium, mettent également la main à la pâte, en lançant des grands programmes de reboisement, de protection de la mangrove et de création des zones marines protégées.

Recherche Action Participative

Les villageois de Toubacouta savent qu’ils dégradent leur environnement et souhaitent trouver une solution pour stopper ces ravages qui leur portent préjudice. Pour l’ONG belge ASMAE et l’AJE, il faut leur offrir la possibilité de trouver eux-mêmes des solutions à leurs problèmes. Leur méthodologie, c’est la « recherche action participative » : les habitants doivent être impliqués dans la préservation. Dans ce cas précis, un accent tout particulier est mis sur la participation des jeunes – 52% de la population - et des femmes car ce sont elles qui, traditionnellement, ont la charge de récolter du bois et de cuisiner pour la famille.

C’est donc avec eux qu’une piste de solution a émergé assez vite, celle de la mise en place de bois villageois protégés et la tenue d’ateliers pratiques sur la régénération assistée des espèces locales menacées. Cinq villages pilotes sur les 52 que compte la Communauté rurale de Toubacouta ont été sélectionnés. L’objectif est de régénérer le potentiel ligneux d’une zone et d’éviter ainsi l’exploitation des mangroves et forêts protégées. Les bois villageois sont la propriété des villages et sont gérés en tant qu’espace communautaire. Les espèces à reboiser ont été choisies par les villageois. Il s’agit d’espèces à croissance rapide et d’arbres fruitiers. La revente des fruits permettra prochainement la mise en place d’une caisse commune destinée à participer à la couverture des besoins de base des populations.

A côté de la création de bois villageois, des ateliers d’éducation environnementale destinés aux adultes ou aux élèves de six écoles primaires (plus de 700 élèves, filles et garçons) sont organisés. Leur objectif à long terme étant l’acquisition d’un comportement conscient et mieux adapté à la préservation de l’environnement.

Ce projet en cours de développement est une expérience pilote qui doit toucher au total plus de 11.110 personnes (hommes, femmes et enfants). Il a été pensé et élaboré dans l’espoir d’être dupliqué et étendu aux autres villages de la région et du Sénégal et bénéficie, comme en juillet 2011, de l’aide ponctuelle de jeunes belges dans le cadre de chantiers d’immersion organisés par Asmae et AJE. L’ensemble des familles impliquées valoriseront et partageront les connaissances acquises lors d’une manifestation festive et engagée le 5 juin prochain, date de la Journée internationale de l’environnement. Journée qui pourrait être l’occasion, au Nord, de poser l’autre versant du problème : celui de l’impact de nos modes de consommations sur les écosystèmes du Sud…

Source : article publié dans dlm, demain le monde, n°11, janvier-février 2012.

Mise en ligne le 19 février 2012
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