Conférence internationale

« She Decides » : opération « one shot » ou soutien structurel aux droits des femmes ?

Ce 2 mars, à Bruxelles, s’ouvrira la conférence internationale des donateurs « She Decides ». Un évènement organisé par plusieurs pays européens en réaction à la décision de Donald Trump d’arrêter de financer les organisations défendant l’accès à l’avortement. La conférence du 2 mars donnera le coup d’envoi d’une campagne de levée de fonds destinée à financer ces ONG. La Belgique a promis d’y allouer 10 millions €. Le CNCD-11.11.11 salue cette décision mais estime qu’au-delà de l’évènement, la Belgique doit s’engager à soutenir structurellement les droits sexuels et reproductifs. Or, des acteurs belges engagés dans la défense de ces droits ont subi des coupes budgétaires dans leurs programmes.

Le 23 janvier dernier, Donald Trump a signé le rétablissement du « Global Gag Rule », un décret qui avait été introduit une première fois par Ronald Reagan en 1984. Son objectif ? Priver de fonds américains des organisations étrangères qui soutiennent de près ou de loin l’accès à l’avortement. Cette mesure concerne non seulement les organisations qui pratiquent l’avortement (planning familial, cliniques,…) mais aussi celles qui délivrent des informations en matière de santé reproductive et sexuelle.

Ce décret menace la vie de millions de femmes à travers le monde, mais il touchera également l’ensemble du secteur de la santé. Si la Fédération internationale pour le Planning familial (IPPF) ne reçoit plus de financement américain, cela signifie qu’elle devra aussi renoncer à des fonds essentiels pour d’autres services de santé tels que les soins prénataux, la lutte contre les cancers gynécologiques, ou encore la prévention et le traitement des maladies sexuellement transmissibles et du VIH, des maladies comme le zika, etc. C’est au total un financement de plus de 9,5 milliards de dollars qui risquent de passer à la trappe.

Le CNCD-11.11.11 salue l’engagement de la Belgique à verser 10 millions € à la campagne « She Decides » pour continuer à soutenir ces organisations privées des subventions américaines. La coupole des ONG belges regrettent toutefois que cet engagement entre en contradiction avec les coupes budgétaires enregistrées ces dernières années : les dépenses affectées par la Coopération belge à la santé reproductive ont baissé de 13% entre 2014 et 2015, tandis que les nouveaux programmes d’ONG belges actives dans ce domaine ont subi des coupes budgétaires significatives.

« La promesse des 10 millions € pour « She Decides » doit s’ajouter aux mécanismes de financement structurels. Ceci implique un appui financier durable aux programmes des acteurs belges (et pas seulement internationaux) axés sur les droits sexuels et reproductifs. Si la Belgique veut faire figure d’exemple dans ce domaine, ces droits ne pourront être garantis sans défendre une approche globale des droits des femmes. Cette approche englobe l’accès à l’éducation et la lutte contre les violences sexuelles, où il reste encore énormément à faire », souligne Vien Nguyen, chargée de recherche au CNCD-11.11.11.

Globalement, la menace des coupes américaines n’est que la partie émergée de l’iceberg, dans un contexte international de baisse des financements dans le domaine des droits sexuels et reproductifs. Ces droits sont aujourd’hui menacés par une coalition d’Etats conservateurs (menée par le Vatican, la Russie, les pays du Golfe,…) de plus en plus offensive. La Fédération internationale pour le Planning familial (IPPF) dénonce par ailleurs le fait que les fonds américains visés seront réaffectés vers des organisations religieuses fondamentalistes qui mène des pratiques d’oppression envers les femmes.

Ces enjeux seront rappelés lors d’une manifestation le 4 mars à Bruxelles, à l’approche de la Journée internationale des droits des femmes, et lundi prochain lors d’une soirée info au CNCD-11.11.11.

ACTUALISATION 03/03/2017 : 181 millions $ ont été récoltés suite à cette conférence, selon le ministre de la Coopération Alexander De Croo. Une somme non définitive qu’il faut comparer avec les 600 millions $ dont seront privées les associations impliquées dans la planification familiale et les droits des femmes dans les pays en développement suite au Global Gag Rule.