Trump sort de l'Accord de Paris : une injure pour les victimes du climat
Manifestation à Bruxelles à l'occasion de la venue de D. Trump, mai 2017

Trump sort de l’Accord de Paris : une injure pour les victimes du climat

Ce 1er juin, Donald Trump a annoncé retirer les Etats-Unis de l’Accord de Paris. Son pays reste néanmoins à la table des négociations internationales pour le climat, mais ce retrait l’autorisera à une action minimale. De la part du second plus gros émetteur mondial, c’est une injure pour les victimes des dérèglements climatiques. Explications.

La décision était attendue. Agissant par manque d’information sur les défis et opportunités économiques, sociaux et naturels du réchauffement et de la transition énergétique, mais aussi par principe de revanche sur son prédécesseur qui a posé des balises qui le coincent, Donald Trump a décidé du retrait des Etats-Unis de l’Accord de Paris, au mépris des millions de personnes impactées par les dérèglements climatiques de par le monde, y compris sur son propre territoire. Pendant sa campagne électorale, Donald Trump avait déjà pompeusement promis d’ « annuler » l’Accord de Paris. Mieux informé sur ses compétences réelles [1], le Président Trump a tenté tant bien que mal de réaliser sa promesse de campagne et rapidement chargé ses conseillers d’analyser tous les scénarios possibles. Se retirer de la Convention-cadre des Nations Unies pour les changements climatiques [2] ? Se retirer de l’Accord de Paris [3] ? Renégocier l’Accord de Paris ? Toutes les pistes ont été étudiées, jusqu’à diviser les proches de Donald Trump.

Trump a écouté tous ses proches

Alors que la fille du Président, Ivanka Trump, et le chef de la diplomatie Rex Tillerson plaidaient pour que les Etats-Unis restent dans l’Accord avec l’argument principal de la diplomatie internationale (il faut éviter à tout prix de se couper du dialogue multilatéral), son conseiller principal Stephen Bannon considérait que l’Accord de Paris est un frein à la liberté américaine et plaidait lui pour que le Président réalise ses promesses de campagne. Pour Rick Perry, secrétaire à l’Energie, c’est par contre la piste de la renégociation de l’Accord qui devait être privilégiée. Le Président américain n’a finalement rien fait d’autre qu’un compromis entre les trois : les Etats-Unis se retirent de l’Accord de Paris tout en restant dans l’enceinte de négociations multilatérales, et en proposant une renégociation de l’Accord.

Son attitude est une injure

Si Donald Trump a écouté ses proches, il n’a par contre pas du tout entendu les victimes des dérèglements climatiques. S’attaquer à la source du problème (c’est-à-dire limiter les émissions) et soutenir financièrement les pays en développement, tels sont les deux engagements internationaux pris dès 1992 par l’ensemble des pays, y compris les Etats-Unis, pour soutenir les pays vulnérables. Sur ces deux points, depuis son entrée en fonction et avant même qu’il ne tergiverse sur l’Accord de Paris, le Président américain a pris des décisions qui vont à contre-courant des principes d’équité et de responsabilité actés dans l’enceinte climatique internationale. Fin mars, il a ainsi signé son décret pour l’indépendance énergétique, et fin mai, il a confirmé ses intentions budgétaires pour 2018, avec entre autres des coupes drastiques du soutien financier au Fonds vert pour le Climat qui a pour mission d’appuyer les pays en développement en première ligne du défi climatique. Une telle attitude de la part du second plus gros émetteur mondial [4] est une injure pour tous ceux qui subissent de plein fouet les catastrophes climatiques.

Les négociations continuent ?

La question récurrente est de savoir si l’attitude de Donald Trump risque de paralyser le processus de négociations, à l’instar des négociations commerciales internationales paralysées depuis près de 10 ans. Bien qu’extrêmement lentes et extrêmement complexes, les négociations internationales pour le climat sont en effet l’une des rares enceintes multilatérales où le dialogue et la confiance minimale nécessaires restaient présents pour que les discussions avancent à tous petits pas tout au long de l’année. Les déclarations, dès l’élection de Donald Trump pendant la conférence de Marrakech, et répétées depuis, de la Chine et de l’Union européenne, suivis par l’Inde, le Japon, et d’autres grands pays [5], sont de nature à rassurer sur la volonté politique de mettre en œuvre l’Accord de Paris, et donc de continuer les négociations internationales.

Quels sont les risques ?

Cependant, avec le second plus gros émetteur mondial qui se désengage, d’autres pays pourraient être tentés de revoir à la baisse leurs ambitions, de sortir de l’Accord de Paris ou de ne pas y entrer. Il en va par exemple de l’Arabie saoudite, mais aussi de la Russie. Même s’ils restent présents dans l’enceinte internationale, la sortie des Etats-Unis risque donc de constituer un frein aux négociations climatiques et de rendre plus difficile l’atteinte des objectifs de l’Accord de Paris (limiter la hausse de température à 2°C et fournir tous les efforts nécessaires pour essayer de contenir la température à 1,5°C). C’est une nouvelle donne politique qui devra être prise en compte dans le prochain rapport du GIEC prévu en 2018 sur l’atteinte de l’objectif de 1,5°C. Avec les engagements annoncés, le scénario probable est celui d’une hausse de la température de 3,7°C. L’ensemble des pays devront donc redoubler d’efforts pour assurer l’atteinte des objectifs, a fortiori avec le désengagement américain. Le défi est colossal, car la hausse de température moyenne observée avoisine déjà une hausse de un peu plus de 1 degré depuis la révolution industrielle, avec des anomalies climatiques observées tous les ans et des conséquences humaines et économiques désastreuses, en particulier dans les pays les plus pauvres. Il suffit de se rappeler du passage dévastateur de l’ouragan Matthew sur Haïti en octobre 2016 pour mettre des images sur cette réalité.

Trump piégé par Obama et par l’accord

Détail intéressant qui se révèle avec cet épisode : l’Accord de Paris est plus contraignant que Donald Trump ne veut bien l’admettre publiquement. Ainsi, le président américain s’est retrouvé dans l’impasse suite à la ratification rapide par décret d’Obama, mais surtout suite aux balises inscrites dans l’accord.

D’abord, l’Accord de Paris, déjà entré en vigueur, n’est pas impacté par le désengagement américain. Ensuite, le délai de sortie est assez long : les Etats-Unis vont devoir attendre 3 ans après la ratification (soit novembre 2019) pour déposer officiellement la notification de sortie de l’Accord. S’en suivra un délai d’un an pour acter la sortie officielle qui coïncidera donc avec les élections américaines. Et ce qu’un président défait peut être refait par le président suivant. Par ailleurs, les décisions qui seront prises dans le cadre de l’Accord de Paris durant cette période de quatre ans et qui entreront immédiatement en vigueur s’imposeront aux Etats-Unis malgré leur souhait de sortie. Enfin, un pays ne peut rester dans l’Accord de Paris et réviser à la baisse ses engagements [6]. Donald Trump, qui, suite à la ratification, est redevable de la mise en œuvre de l’engagement climatique américain devant le Congrès, était donc contraint de sortir de l’Accord de Paris s’il voulait avoir la liberté de mettre en œuvre ses politiques pour l’indépendance énergétique sur le plan national, d’autant plus qu’il risque d’être coincé par un Congrès qui pourrait être majoritairement démocrate suite aux élections de mi-mandat.

Une nouvelle alliance sino-européenne

L’alliance sino-américaine annoncée en septembre 2015 avait permis de donner un coup d’accélérateur aux négociations pour l’Accord de Paris, et le rappel de cette alliance en septembre 2016 avait permis d’accélérer le processus de ratification et l’entrée en vigueur rapide de l’accord. Avec ou sans les Etats-Unis, les négociations pour la mise en œuvre de l’Accord de Paris vont donc se poursuivre, avec cette fois pour chef de file une alliance sino-européenne. La Chine et l’Union européenne partagent en effet ce point commun d’une transition énergétique entamée dont l’objectif est de s’affranchir des énergies fossiles. Il se dit que les deux grandes puissances se rapprochent depuis l’annonce de l’élection de Donald Trump en novembre. Cette alliance est en train de se formaliser par une déclaration du renforcement de la coopération entre les deux pays.

Des cartes redistribuées, pour la justice climatique ?

Par son annonce d’une possible ratification de l’Accord de Paris en 2019, la Russie se laisse quant à elle le temps d’ajuster sa position en fonction de l’évolution de la situation. Car l’autre donne est l’arrivée sur la scène internationale du Président français Emmanuel Macron et du Premier ministre canadien Justin Trudeau, qui se positionnent en fervents défenseurs de l’Accord de Paris. Reste à voir comment ils agiront dans les mois à venir et s’ils se positionneront réellement comme défenseurs de la justice climatique. Les grands pays auront la lourde tâche de s’engager à réviser à la hausse leurs engagements pour limiter le réchauffement et d’encourager tous les autres à en faire de même.

Cette année, pour la première fois, la conférence climat (COP23) est présidée par les îles Fidji, petit Etat insulaire particulièrement vulnérable aux changements climatiques. Gageons qu’il fasse entendre au monde entier la réalité quotidienne des changements climatiques.

[1L’annulation de l’accord international conclu par 192 pays n’étant pas dans les compétences d’un seul chef d’Etat.

[2La Convention-cadre des Nations Unies pour les changements climatiques (CCNUCC) est le tout premier traité international engageant l’ensemble des pays de la planète à lutter contre le réchauffement.

[3Accord conclu le 12 décembre 2015 à Paris par 192 Etats. Alors que les experts s’attendaient à devoir attendre longtemps pour les quotas de ratification soient atteints, le processus de ratification a été rapide et l’Accord est déjà entré en vigueur le 4 novembre 2016, plus de 3 ans avant le délai prévu initialement à 2020. A ce jour, 147 pays, dont la Belgique, ont ratifié l’Accord de Paris.

[4Les Etats-Unis sont aussi, avec l’Union européenne, les deux plus gros émetteurs historiques si on comptabilise les émissions de gaz à effet de serre depuis la révolution industrielle, période qui marque le début du réchauffement.

[5Le top 10 des émetteurs mondiaux représente 3/4 des émissions mondiales annuelles : Chine, USA, UE, Inde, Russie, Japon, Brésil, Indonésie, Mexique, Iran. Sur ces 10 pays, seule la Russie n’a pas ratifié l’Accord de Paris, elle a annoncé mi-mai qu’elle ratifierait en 2019. Viennent ensuite les 10 pays suivants : Canada, Corée du sud, Australie, Arabie Saoudite, Afrique du Sud, Turquie, Ukraine, Thaïlande.

[6Il s’agit du principe de ‘no backtracking’, c’est-à-dire qu’on ne revient pas sur des décisions prises.