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0,7%, ça vous dit quelque chose ?

8 novembre 2016

Bien sûr, vous avez immédiatement pensé au pourcentage de ses richesses que la Belgique s’est engagée à consacrer à l’aide publique au développement ! Bien sûr ? Non. Si ce chiffre a une signification pour vous, vous faites partie d’une toute petite minorité informée.

D’après l’enquête d’opinion réalisée par Dedicated Research, en partenariat avec le CNCD-11.11.11, la Libre Belgique et la RTBF, la majorité des Belges n’a aucune idée du montant que la Belgique consacre à la coopération au développement : 52% restent sans réponse face à cette question. Parmi les 48% restants, une majorité surévalue cette part, en l’estimant de 0,7% à … plus de 10%.

Mais qu’en est-il exactement ?

Evidemment, quand on parle d’argent public, les statistiques se montrent rapidement impressionnantes. On évoque des centaines de millions, voire des milliards d’euros, qui peuvent donner l’image d’une aide abondante. Mais tout est relatif : la Belgique n’a en fait jamais rempli son engagement international en matière d’aide publique au développement.

L’histoire de cet engagement prend forme à l’époque de la décolonisation. Après de nombreux débats dans les années 1960, l’Assemblée générale de l’ONU finira par tomber d’accord en 1970 en adoptant un objectif officiel de consacrer 0,7% du revenu national brut (RNB) des pays développés à l’aide publique au développement. Cet objectif n’a plus jamais disparu et a été sans cesse réaffiché par les dirigeants du monde entier… qui ne l’ont pourtant jamais mis en œuvre.

A y regarder de plus près, le constat est même bien plus grave : au cours des 46 ans qui se sont écoulés depuis cet engagement, les pays développés n’ont mis en œuvre qu’à deux reprises… la moitié de leur engagement ! Et c’était il y a bien longtemps : en 1980 et en 1982. Après cela, une baisse importante a été enregistrée dans les années 1990. Avec la fin de la Guerre froide, il était devenu moins prioritaire aux yeux de certains d’attirer les pays en développement dans l’un ou l’autre camp à coups de millions de dollars… La tendance s’est heureusement inversée dans la décennie suivante, en partie grâce à la mobilisation internationale autour des Objectifs du millénaire pour le développement. Mais on est toujours loin du compte : en 2015, l’aide internationale culminait autour de 0,3%.

Et la Belgique dans tout ça ?

Le Belgique est loin d’être le plus mauvais élève de la classe… Mais dans une classe où presque tous les élèves sont busés, qu’importe d’être positionné parmi les moins mauvais ? Depuis 1970, jamais notre pays n’a rempli son engagement. A plusieurs reprises, il a frôlé l’objectif, mais sans réussir à l’atteindre. Dernier épisode en date : en 2003, la Belgique s’est engagée à atteindre sa cible au plus tard en 2010 ; sur cette base, un véritable effort a été réalisé, pour culminer en 2010 à 0,64%.

Malheureusement, la démarche a fait long feu et suite à l’austérité, l’aide publique au développement est devenue l’une des principales variables d’ajustement budgétaire des gouvernements successifs. Au cours des cinq dernières années, le budget de l’aide au développement est ainsi passé de 2,3 milliards d’euros à 1,7 milliard d’euros, soit à peine 0,42% de nos richesses !

Comme le met en évidence le dernier Rapport sur l’aide belge au développement publié par le CNCD-11.11.11, ce qui est encore plus inquiétant, c’est que désormais, certains acteurs, y compris politiques, vont jusqu’à remettre en question l’engagement lui-même. On est passé d’un discours qui réaffirmait l’objectif sans parvenir à le mettre en œuvre à une remise en question de l’aide comme vecteur de développement. Pourtant, les études montrent que, bien utilisée, l’aide reste l’un des principaux vecteurs permettant à un pays de décoller économiquement.

L’aide publique en baisse, reste la solidarité des citoyens

550 millions d’euros en moins pour l’aide publique au développement, cela diminue d’autant les possibilités d’accès à une vie digne pour les paysans congolais, les travailleuses de l’industrie de l’habillement au Maroc ou les enfants des rues au Burkina Faso. Cela rend d’autant plus nécessaire le soutien des citoyens aux ONG qui appuient depuis toujours les populations les plus fragilisées pour leur permettre de revendiquer leurs droits. Au travers de l’Opération 11.11.11, ce ne sont pas moins de cinquante projets d’une trentaine d’ONG qui sont soutenus chaque année ... Mais soutenir ces projets est aussi une manière de montrer aux décideurs le soutien populaire à la solidarité internationale, même en temps de crise. La même enquête d’opinion met en effet en évidence que la majorité des Belges s’opposent à de nouvelles coupes dans le budget de la Coopération : parmi ceux qui expriment une opinion sur le sujet, seuls 20% estiment que les montants actuels sont excessifs. 42% pensent qu’elle est insuffisante et 38% qu’elle est adaptée.

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