×

Après 70 ans d’existence, Israël est confronté à un choix existentiel

Nathalie Janne d'Othée Nathalie Janne d’Othée
14 mai 2018

Ce 14 mai, Israël célèbre son 70e anniversaire. Il y a 70 ans, en 1948, Israël a conquis 78% de la Palestine historique. Les nouvelles frontières d’alors ont été reconnues par la communauté internationale. Cet anniversaire survient alors que l’ambassade américaine déménage de Tel Aviv à Jérusalem.

Pour les Palestiniens, la situation est quelque peu différente. Aujourd’hui, ils commémorent la « Nakba » ou « catastrophe », l’expulsion de plus de 750 000 Palestiniens de la Palestine historique en 1948. Depuis six semaines, les habitants de Gaza protestent pour le droit au retour des réfugiés palestiniens et contre le blocus israélien illégal de Gaza. Alors que ces manifestations étaient majoritairement pacifiques, Israël a tué plus de 40 Palestiniens depuis le 30 mars. La répression israélienne des manifestations palestiniennes de ce 14 mai a par ailleurs déjà plus que doublé ce bilan macabre.

Intersection

Aujourd’hui, septante ans après sa fondation, Israël se trouve confronté à un choix existentiel. La communauté internationale ne remet aujourd’hui plus en question le droit de l’État d’Israël à exister dans les limites de ses frontières internationalement reconnues (c’est-à-dire les frontières qui existaient avant 1967). Pas même le Président palestinien Abbas, malgré ses déclarations antisémites inacceptables et qui méritent d’être condamnées. L’Autorité palestinienne a en effet elle-même reconnu Israël dès 1988. Le Hamas n’a quant à lui pas formellement reconnu Israël, mais ne met pas non plus en cause l’existence de l’Etat d’Israël puisqu’il a déclaré il y a un an qu’il accepterait un Etat palestinien dans les frontières de 1967.

Mais que veut réellement le gouvernement israélien ? A l’occasion de son 70e anniversaire, le pays est confronté à un dilemme : il poursuit une politique qui rend de facto impossible l’existence de deux Etats, mais accepte encore moins l’idée d’un seul Etat avec des droits égaux pour tous, dans lequel la « bombe à retardement » démographique palestinienne pourrait bien pencher en faveur des Palestiniens. Cela rendrait impossible la poursuite par Israël d’un « État juif ». L’alternative, un seul État sans droits égaux, équivaut à une politique officielle d’apartheid. Israël sait qu’il sera alors confronté à une tempête de réprobations internationales.

Au cours des dernières années, Israël s’est engagé sur la voie d’une occupation permanente qui annexe insidieusement de grandes parties de la Cisjordanie. Il cherche en outre à légitimer au niveau international son annexion préalable de Jérusalem et transforme Gaza en une « prison à ciel ouvert », voire en une « bombe à retardement » qui explose toutes les années.

Glissement vers l’annexion

Il y a un an déjà, nous avons documenté ce passage d’une occupation temporaire à une annexion permanente dans un rapport intitulé « Occup’Annexation [1] ». Ce rapport est malheureusement déjà dépassé tellement le rythme de l’annexion s’est accéléré au cours de ces derniers mois.

L’expansion des colonies israéliennes s’est poursuivie sans être perturbée. Les colonies ne sont pas seulement un crime de guerre selon le droit international, elles rendent également impossible tout développement durable palestinien. La Banque mondiale et les Nations Unies ont souligné ces dernières années que le PIB palestinien pourrait croitre de 35% à 50% si les colonies disparaissaient.

Mais cela n’arrête pas Israël. En 2017, le rythme de la construction dans les colonies était de 17 % supérieur à la moyenne annuelle depuis 2009. 423 structures palestiniennes ont été détruites. 44 écoles palestiniennes sont actuellement menacées de démolition et 64 communautés palestiniennes sont menacées de déplacement forcé, un autre crime de guerre. La construction d’un « mur de séparation », qui annexe de grandes parcelles de terre palestinienne, s’est allègrement poursuivie.

Ce qui est particulièrement frappant, c’est l’absence totale de gêne. Israël ne s’excuse plus et dit ouvertement que la terre palestinienne lui appartient. Au moins dix ministres israéliens actuels, dont le Premier ministre Netanyahu, prônent ouvertement l’annexion complète ou partielle de la Cisjordanie. Actuellement, onze différentes propositions d’annexion circulent au Parlement israélien.

Sécurité

L’absence de pression internationale, et en particulier l’immunité totale offerte par les États-Unis, encourage le gouvernement israélien à ne plus guère réprimer son désir d’annexion.

Une telle politique d’occupation et d’annexion n’est cependant pas dans l’intérêt d’Israël. Ce n’est pas bon pour la sécurité d’Israël. Au contraire, l’occupation permanente et l’annexion entretiennent un conflit permanent et constituent donc une menace existentielle pour Israël. Nous ne sommes pas les seuls à le dire : ces dernières années, plusieurs anciens directeurs des deux plus importants services israéliens de sécurité, le Shin Bet et le Mossad, l’ont également souligné.

Différenciation

Si la résolution du conflit peut s’avérer compliquée, la colonisation est quant à elle une violation claire du droit international et le principal obstacle au développement d’un futur Etat palestinien. La communauté internationale, l’Europe en tête, a donc une responsabilité politique, juridique et morale d’agir.
C’est pourquoi l’UE devrait appliquer une politique européenne de « différenciation », en établissant une distinction politique, économique et financière cohérente avec le droit international entre Israël à l’intérieur de frontières internationalement reconnues d’une part, et l’entreprise israélienne de colonisation d’autre part. Une telle politique de différenciation a été demandée par le Conseil de sécurité des Nations Unies dès 2016, mais reste encore trop souvent lettre morte. Elle pourrait notamment prendre la forme d’une interdiction de commercer avec les colonies illégales et d’entretenir des liens avec l’entreprise de colonisation israélienne.

A l’occasion de son 70e anniversaire, Israël est confronté à un choix existentiel : une paix permanente, difficile, ou une occupation et une annexion permanentes, sans espoir. L’Europe peut aider Israël à faire le bon choix en augmentant de manière significative le prix de l’annexion permanente du territoire palestinien par une politique de différenciation.

[1Occup’Annexation. Le glissement d’une occupation vers une annexion en Palestine, CNCD-11.11.11, 11.11.11, e.a., juin 2017.

Lire aussi

Inscrivez-vous à notre Newsletter