Accord UE-États-Unis : Les eurodéputé·es doivent refuser un traité inégal
Ce 16 juin, le Parlement européen vote sur le règlement relatif à l’ajustement des droits de douane et à l’ouverture de contingents tarifaires sur l’importation de certains produits industriels et agricoles en provenance des États-Unis, qui met en œuvre l’accord politique conclu le 21 août 2025 à Turnberry entre Donald Trump et Ursula von der Leyen. Le CNCD-11.11.11 appelle les eurodéputé·es à s’opposer à ce projet de règlement, qui entérinerait un accord inégal, illégal et néfaste pour l’autonomie stratégique de l’UE, et à exiger des relations commerciales justes et durables.
Depuis janvier 2025, Donald Trump a lancé une guerre commerciale en imposant des tarifs douaniers unilatéraux à ses partenaires commerciaux. Dans son collimateur, l’Union européenne n’a pas échappé à son courroux. En juillet 2025, la Commission européenne a ainsi conclu un accord comportant d’importantes concessions : l’UE s’engage non seulement à ouvrir largement son marché, mais également à acheter massivement des énergies fossiles, des technologies et des équipements américains, ainsi qu’à investir aux États-Unis, sans contreparties équivalentes.
En matière de tarifs douaniers, le règlement européen aujourd’hui soumis au vote supprime les droits sur tous les produits industriels états-uniens (c’est déjà le cas pour 66% d’entre eux) et accorde un accès préférentiel à un large éventail de produits agricoles. En retour, les États-Unis ont imposé des droits plus élevés sur les produits européens (maximum 15%), tout en maintenant une augmentation unilatérale des droits de 50% sur l’acier, l’aluminium et leurs dérivés, avec la possibilité d’élargir unilatéralement la liste des produits concernés. Soutenir ce texte équivaut à entériner une logique d’échange inégal, alors même que la Cour suprême et la Cour du commerce international des États-Unis ont jugé illégaux les droits de douanes appliqués par l’administration Trump.
D’autant que pour imposer de nouveaux tarifs, l’administration Trump argue à présent que l’UE autoriserait la mise sur le marché de produits issus du travail forcé au détriment des intérêts des exportateurs étatsuniens - alors que l’UE a adopté une législation sur les importations issues du travail forcé. « Voter ce règlement n’est donc pas gage de stabilité pour les relations commerciales entre l’UE et les États-Unis, affirme Sophie Wintgens Sophie Wintgens , chargée de recherche sur le Commerce au CNCD-11.11.11. La menace de la prise de contrôle du Groenland par les États-Unis, mais aussi la pression pour obtenir de nouveaux renoncements en matière de régulation numérique et les menaces incessantes de nouveaux droits de douane jettent de sérieux doutes sur la fiabilité du partenaire états-unien ». C’est d’ailleurs ce qui avait poussé le Parlement européen à insérer plusieurs garde-fous dans le règlement, mais ceux-ci ont été largement affaiblis ou supprimés lors des négociations finales, rendant le texte déséquilibré et peu contraignant pour les États-Unis.
Sous pression américaine, la Commission européenne s’est aussi engagée à revoir des législations clés du Pacte vert, telles que le règlement anti-déforestation et la directive sur le devoir de vigilance devoir de vigilance des entreprises. Une telle ingérence des États-Unis affaiblit l’autonomie stratégique de l’UE et, dans un contexte de tensions énergétiques illustré par le blocage du détroit d’Ormuz, risque de retarder la transition nécessaire pour réduire sa dépendance aux énergies fossiles.
« Pour renforcer son autonomie stratégique, l’UE doit au contraire refuser de se plier aux exigences états-uniennes et exiger des relations commerciales justes et durables, poursuit Sophie Wintgens. S’il importe d’affirmer le rôle de l’UE, de contrer la politique néo-mercantiliste de l’administration Trump et de faire face à la dépendance de la Chine, il est aussi crucial que les partenariats de l’UE soient cohérents avec le respect des droits humains fondamentaux et des Objectifs de développement durable
Objectifs de Développement Durable
Objectifs de développement durable
ODD
SDG
Les objectifs de développement durable (ODD), adoptés en 2015, constituent le cadre de référence des Nations unies pour le développement international. Ils remplacent les 8 objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), qui se focalisaient sur les seuls symptômes sociaux de la pauvreté dans les pays en développement, sans en interroger les causes structurelles. Principaux changements ? Tous les pays sont concernés et les objectifs, désormais au nombre de 17, sont déclinés en 169 cibles précises. Les ODD sont donc, en bref, l’horizon que s’est fixé l’ONU pour un développement harmonieux.
Ce programme est ambitieux, puisqu’il vise à généraliser à l’ensemble du monde le développement économique et social, tout en réduisant drastiquement les émissions de gaz à effet de serre et l’utilisation des ressources naturelles. Une perspective illusoire sans une transition rapide et radicale vers de nouveaux modèles de développement, à la fois plus pauvres en carbone, moins gourmands en matières premières et plus équitablement répartis.
, ainsi qu’avec la nécessité de renforcer son autonomie stratégique dans un monde instable ».


