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Aide au développement : baisse au niveau belge, stagnation au niveau mondial

13 avril 2016

Ce mercredi 13 avril, l’OCDE révèle les montants de l’Aide publique au développement (APD) en 2015. Principal enseignement : l’aide mondiale stagne, mais l’aide belge chute fortement. La principale caractéristique de l’aide européenne en 2015 est qu’une part de plus en plus importante de cette aide provient la comptabilisation de la prise en charge des demandeurs d’asile. Résultat : plusieurs pays européens sont devenus le principal bénéficiaire de leur propre aide !

A l’échelle mondiale, le triomphalisme affiché par l’OCDE, qui évoque une augmentation de l’aide mondiale en termes réels, ne résiste pas à l’analyse des chiffres. L’Organisation annonce une hausse de 6,9% de l’Aide publique au développement, mais ce n’est qu’en tenant compte de l’inflation et de l’évolution du cours du dollar. Un artifice comptable qui ne sert en réalité qu’à masquer le fait que l’APD mondiale diminue en termes absolus de 137,2 milliards de dollars en 2014 à 131,6 milliards en 2015, une stagnation à 0,30% du Revenu national brut (RNB), loin de l’objectif international de 0,7%.

A l’échelle de la Belgique, le constat est encore plus alarmant. L’APD enregistre une baisse spectaculaire de 7,8%, pour n’atteindre que 0,42% du RNB (contre 0,46% en 2014). C’est le fruit des coupes budgétaires et de la non-exécution de projets dans les pays partenaires. Pourtant, l’aide en 2015 a été artificiellement gonflée par l’impact budgétaire de la prise en charge des demandeurs d’asile (selon les règles de l’OCDE, les coûts associés à la prise en charge d’un réfugié peuvent être comptabilisés comme de l’aide au développement pendant maximum un an après son arrivée). Ainsi, ces frais sont passés de 187 millions de dollars à 228 millions entre 2014 et 2015. Ils englobent une part de plus en plus importante de l’aide belge, en passant de 7,6% à 12% de l’APD.

Ce phénomène est général au niveau européen, dont l’aide moyenne des Etats membres atteint 0,47% du RNB. En 2015, pour l’ensemble des Etats membres de l’UE, l’accueil des demandeurs d’asile comptabilisé en aide au développement est passé de 6,6 à 12 milliards de dollars, soit de 4,8% à 9,1% de l’APD. Cela signifie que près de 10% de l’aide européenne n’est pas destinée aux pays en développement, mais sont dépensés dans les pays donateurs. La conséquence paradoxale est que plusieurs pays européens ont comme premier pays bénéficiaire de leur aide au développement… eux-mêmes !

Pour Arnaud Zacharie, secrétaire général du CNCD-11.11.11, « la stagnation de l’aide mondiale et européenne et la baisse de l’aide belge sont de très mauvais signaux, surtout qu’une part croissante de l’aide n’aboutit en réalité pas dans les pays en développement, mais est dépensée directement dans les pays donateurs. Il faut évidemment assurer l’accueil des demandeurs d’asile, mais cela ne doit pas se faire au détriment de l’aide disponible pour les pays les plus pauvres. La réduction des inégalités mondiales et de l’extrême pauvreté nécessite aussi bien davantage d’aide au développement que de solidarité avec les réfugiés ».

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