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Après Rio+20 : ne pas perdre espoir ...

Nicolas Van Nuffel Nicolas Van Nuffel Véronique Rigot Véronique Rigot
30 juin 2012

Ce devait être la joyeuse commémoration du Sommet de la Terre, qui, en 1992, avait pour la première fois affirmé la nécessité de réconcilier l’environnement et le développement. Ce pouvait être le Sommet de la Transition, celui qui nous engage définitivement sur la route d’un monde qui arrive à éradiquer la pauvreté tout en revenant dans les limites que la planète nous impose.

Les crises ont ceci de particulier qu’elles peuvent à la fois paralyser et être le ferment de solutions nouvelles. Force est de constater que la multiplication des crises depuis cinq ans a abouti à une crispation de la plupart des Etats, qui se réfugient derrière la défense de leurs propres intérêts à court terme plutôt que de préparer « le futur que nous voulons ». A ce jeu, l’Union européenne n’est pas en reste. En son sein, les Etats sont incapables de mettre en place une stratégie commune de sortie de crise, basée sur la solidarité communautaire. A l’extérieur, la Commission se braque sur un agenda offensif qui crispe de plus en plus les partenaires de l’Europe.

Rio+20 restera donc comme une occasion manquée d’engager un agenda politique concret de transition juste vers une société durable. Jusqu’aux dernières heures, la société civile s’est battue pour la mise en place d’un vrai Conseil du développement durable au sein des Nations Unies, qui ait le mandat de coordonner cet agenda dans les décennies à venir. Jusqu’aux dernières heures de négociations, elle a tenté d’obtenir la fin progressive des subsides aux énergies fossiles, qui constituent le pire des encouragements à ne rien changer à notre modèle énergétique. Jusqu’aux dernières heures, ONG et mouvements sociaux ont joué le jeu de la concertation, tentant de dialoguer avec le politique pour empêcher que les ambitions ne soient réduites à peau de chagrin. Rien n’y a fait. Pire, la communauté internationale a avalisé ce 22 juin 2012 un texte qui affaiblit des engagements pourtant déjà pris antérieurement, en matière d’alimentation ou de garantie des droits reproductifs, par exemple. Elle a même supprimé, à la dernière minute, la référence à la liberté d’association et de rassemblement, l’un des droits humains les plus fondamentaux !

Mais si l’heure est à une légitime déception à la lecture du texte qui ressort de ce sommet tant attendu, elle n’est certainement pas au désespoir. Car à Rio, des dizaines de milliers de gens se sont aussi réunis, à l’occasion du Sommet des peuples, pour partager leurs expériences concrètes de mise en place de solutions durables. Ces mêmes personnes, issues des mouvements sociaux du monde entier, ont aussi énoncé, dans une déclaration finale, les axes principaux de leurs revendications vis-à-vis des décideurs du monde entier. Quelques jours avant, la Confédération syndicale internationale, le plus vaste mouvement social du monde, affirmait officiellement faire de la transition juste vers une société à bas carbone son modèle pour l’avenir. A Rio, les mouvements sociaux du monde entier se sont rencontrés, ont échangé, se sont renforcés, mais ils se sont surtout engagés à rentrer chez eux pour renforcer, dès demain, la coordination de leurs actions au niveau local en faveur de la transition.

Car après ce nouvel échec à conclure un véritable accord international nous permettant d’avancer, c’est bien de cela qu’il s’agit. Le réchauffement climatique fait déjà sentir ses conséquences dans de nombreuses parties du monde, à commencer par le Sud : hausse du niveau des mers, sécheresses, fonte des glaciers. Les ressources naturelles s’épuisent : nous atteignons le pic pétrolier et certains minerais devraient s’épuiser dans les décennies à venir. Nos sols s’épuisent sous le coup d’un modèle agricole basé sur le rendement à court terme. Nous ne pouvons plus nous permettre d’attendre des décisions mondiales.

Partout autour de nous, des initiatives sont prises par des citoyens, au niveau individuel et collectif, pour adapter leurs modes de vies aux nécessités du XXIe siècle. Un autre modèle de consommation est en marche, les travailleurs s’engagent de façon croissante en faveur de la transformation économique, les projets de coopération intègrent la dimension environnementale… Au niveau local et citoyen, la transition est déjà bel et bien en marche. Cependant, elle ne pourra prendre une véritable dimension sans l’appui du pouvoir politique. Lui seul peut nous permettre de relever les trois grands défis de la durabilité : reconstruire un modèle économique stable au service du bien-être ; assurer la solidarité sociale au niveau international ; revenir dans les limites de notre planète.

Pour ce faire, les alliances qui se sont créées à Rio entre ONG et mouvements sociaux du monde entier doivent se traduire au niveau local, afin d’établir les rapports de force nécessaires pour convaincre nos décideurs que nous n’avons pas d’avenir sans des mesures urgentes et ambitieuses. Elles doivent aussi se renforcer au niveau international. De Seattle à Rio en passant par Copenhague, le multilatéralisme a montré qu’il était en panne. Il est pourtant le seul véritable outil dont l’Humanité dispose pour avancer ensemble. La Belgique, qui a toujours joué le jeu au niveau international, a toute la légitimité pour engager avec ses partenaires internationaux le débat d’une réforme en profondeur des institutions internationales. A nous, citoyens, de la pousser à s’y engager.

Le désespoir n’a jamais rien fait avancer. Gardons l’espoir, agissons d’urgence et continuons à croire que des solutions mondiales sont possibles. Le « futur que nous voulons » est à portée de main.

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