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Au Congo, le travail social pour aider les enfants des rues

Johane Deffense Johane Deffense
16 avril 2013

La République démocratique du Congo et sa capitale Kinshasa n’échappent pas à la problématique des enfants des rues. Depuis quelques années, des milliers d’enfants vivent dans les rues et les espaces publics. Le travail social de rue est une clé innovante afin d’espérer pouvoir s’attaquer au phénomène.

Lorsque l’on se promène dans les rues surpeuplées de Kinshasa, il n’est pas rare de croiser des groupes d’enfants errant et livrés à eux-mêmes. La métropole est une vaste fourmilière dans laquelle chacun tente de se faire une place. Les marchés, les quartiers animés tels que le boulevard du 30 Juin et la place de la Victoire, dans le quartier Matongé, sont remplis d’enfants proposant leurs services et à la recherche de petits boulots pour se payer à manger. Porteurs, marchands ambulants, laveurs de pied, cireurs de chaussure se disputent les clients pour quelques francs. Les enfants des rues ont bien souvent du mal à trouver leur place et restent la plupart du temps en dehors de toute institution sociale, éducative ou de réinsertion.

Enfants « sorciers »

Le plus heurtant est bien souvent la réaction et le comportement des passants envers ces enfants. En effet, ceux-ci ne sont pas bien perçus et sont associés à des images négatives. La vie des shegués [1] est caractérisée par un manque d’hygiène, la violence, les abus sexuels, l’utilisation de drogues. Beaucoup sont accusés de sorcellerie et jugés responsable de tous les malheurs subis par leur famille. Ces enfants dits « sorciers » sont jetés à la rue et subissent une stigmatisation très caractéristique à la République démocratique du Congo.

C’est le cas de Mubema, 11 ans. Suite au décès de ses parents et de sa grand-mère, l’enfant est accusé d’être le sorcier qui a tué sa famille. Son grand-père l’envoie alors dans une église de réveil, qui après de multiples tentatives très onéreuses, n’a pu aboutir au « désenchantement » de l’enfant. Il sera alors jeté à la rue, contraint de se débrouiller par lui-même. Les exemples tel que celui-ci ne se comptent plus. Mais les causes de situation de rue sont multiples, chacun a sa propre histoire. Cependant, un point commun demeure, tous ces enfants se trouvent en situation de danger permanent et aucune mesure de protection efficace ne semble se mettre en place.

De plus en plus nombreux malgré la loi

Les enfants des rues sont pourtant apparus depuis peu dans la législation nationale. La loi portant protection de l’enfance, promulguée en 2009, prévoit une protection spéciale pour les enfants des rues et des sanctions envers les parents qui mettraient leur enfant à la rue. Le cas spécifique de la sorcellerie y est même envisagé. Mais qu’est-ce qui explique alors la croissance continue du phénomène ? Le nombre d’enfants en situation de rue ne cesse d’augmenter et est estimé, aujourd’hui, à environ 25 000.

Le nombre d’enfants en situation de rue ne cesse d’augmenter et est estimé, aujourd’hui, à environ 25 000

C’est contre cette situation que le CATSR (Comité d’appui au travail social de rue) tente de lutter. Cette organisation congolaise a décidé de mettre l’accent sur le travail social de rue. Chaque jour, des travailleurs sociaux partent dans les rues à la rencontre des shegués. Le contact est direct et une relation entre l’enfant et le travailleur se met en place afin de réfléchir ensemble aux solutions de réinsertion. Les spécificités et les histoires personnelles de chacun sont prises en compte afin d’élaborter une réinsertion positive et durable.

Un problème international

Le CATSR s’attaque à une problématique à caractère international. En effet, le phénomène est visible partout dans le monde. Il est donc utile et important d’agir à une échelle plus large par l’échange d’informations et d’outils pédagogiques afin d’espérer une meilleure efficacité. C’est dans cette optique que Dynamo international entre en jeu. Avec le soutien du CNCD-11.11.11, cette ONG basée en Belgique initie et coordonne le Réseau international des travailleurs sociaux de rue. Ce programme permet l’échange de pratiques, la prise de parole des acteurs de terrain et l’interpellation des pouvoirs politiques. Des formations en travail social de rue sont aussi organisées. Grâce à tous ces échanges internationaux, Dynamo international et ses membres ont pu élaborer le Guide international sur la méthodologie du travail de rue à travers le monde pour renforcer les capacités du réseau présent dans 40 pays du Sud et du Nord.

Dans le cas spécifique de la RDC, Dynamo international appuie le CATSR dans son projet de mise en œuvre et de vulgarisation de la loi portant protection de l’enfant qui reste, dans les faits, bien souvent bafouée. La pression des ONG et du CATSR porte progressivement ses fruits. Le gouvernement congolais prend petit à petit des mesures de protection juridique de l’enfant vulnérable et en difficulté. Une chose en apparence positive mais qui ne connaît pas encore de résultats sur le terrain : le phénomène d’ « enfants des rues » ne cesse d’augmenter. Les ONG ont donc de plus en plus de travail d’aide, de protection et de réinsertion à fournir. Le CATSR s’y engage de manière acharnée. Avec le soutien de l’Opération 11.11.11.

En savoir plus

Enfants sorciers : la mise en garde des travailleurs de rue
Le Phare, Kinshasa, déc. 2012.

[1Terme utilisé pour désigner les « enfants des rues » en lingala.

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