Opération 11.11.11

Au Kongo Central, faire de la santé mentale un droit universel

Le partenaire de Memisa construit un véritable chemin thérapeutique pour des malades pris en charge de manière adéquate et sur le temps long
© Memisa

En République démocratique du Congo (RDC), l’Opération 11.11.11 participe à améliorer la prise en charge des personnes atteintes de troubles de la santé mentale et permet de lutter contre leur stigmatisation afin qu’ils et elles retrouvent leur place dans leur communauté.

En République démocratique du Congo, on observe une augmentation des troubles mentaux, psychiatriques et psycho-sociaux. Pourtant, la réponse apportée aux malades n’est pas adaptée. Dans la plupart des cas, ces maladies instiguent la peur dans les communautés. Jugées « anormales », de l’ordre du mauvais sort ou de la sorcellerie, elles provoquent la mise à l’écart des personnes qui en souffrent. Marginalisées, stigmatisées, celles-ci se tournent vers des guérisseurs spirituels, tradipraticiens ou religieux pour se faire soigner.

Face à l’inaccessibilité des soins et la pesanteur culturelle, le Bureau Diocésain des Œuvres Médicales (BDOM) a mis sur pied, avec le soutien de l’ONG belge Memisa (et de l’Opération 11.11.11), un projet-pilote dans le district de Mangembo au Kongo-Central. « L’objectif est d’y développer l’offre de soins de santé mentale et psycho-sociale et que ceux-ci soient intégrés aux soins de première ligne », explique le Dr Dierto Mputu, responsable des aspects santé pour le BDOM au Kongo Central [Lire son portrait ici]. Car « la santé est un droit universel  », rappelle-t-il.

Pour garantir cela, le BDOM a formé plusieurs dizaines de prestataires de soins (infirmier·ères, médecins) des centres de santé de Mangembo. Afin de battre en brèche les idées préconçues sur la santé mentale, l’organisation s’est attachée à former les « relais communautaires » - déjà actifs sur les problématiques de vaccination - que sont les religieux et tradipraticiens. « C’est important car les malades mentaux arrivent chez eux pour être traités, commente le Dr Mputu. S’ils ont besoin de réconfort spirituel, ils ont aussi besoin d’un suivi médical. Les relais communautaires, qui bénéficient d’une grande crédibilité au sein des communauté, sensibilisent la population, donnent la bonne information et orientent les malades vers les bons prestataires de soin ».

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A droite, le Dr Dierto Mputu, responsable des aspects santé pour le BDOM au Kongo Central
© Memisa

A côté de l’offre de formation, le BDOM a amélioré l’accès au matériel médical et aux médicaments. Pour que ceux-ci restent accessibles après une potentielle hospitalisation, une caisse de solidarité a été créée pour l’achat de médicaments.

Au bout du compte, le partenaire de Memisa construit un véritable chemin thérapeutique pour des malades pris en charge de manière adéquate et sur le temps long. « Les résultats sont positifs, se réjouit le médecin de 51 ans. Depuis 2022, quelque 360 patients ont été pris en charge - soit 1 à 2% des demandes dans les centres de santé de la zone ; la population fréquente les structures de soin de santé mentale, ce qui démontre un intérêt  », souligne-t-il. Cette prise en charge a participé à la drastique diminution de la stigmatisation. Désormais, les personnes atteintes de troubles mentaux voient un retour possible dans leur communauté. «  Ils ont des possibilités d’accès à l’emploi et de participer de manière active au développement de la société », se réjouit Dierto Mputu.

« L’intervention porte ses fruits mais ne concerne qu’une seule zone de santé de 100 000 habitant·es sur les trente que compte le district, nuance Dierto Mputu. Le défi est d’implémenter le projet ailleurs  ».

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