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Au Pérou, la transition agroécologique a commencé...

Stephane Compère Stephane Compère
22 octobre 2014

Au Pérou, l’agriculture familiale fournit 70 % des aliments consommés par la population des villes, mais, paradoxalement, les paysans continuent à souffrir de la pauvreté et de l’insécurité alimentaire.

C’est dans le Nord du Pérou, dans la zone andine d’Ancash, près de Carhuaz, que Theodocia Hualcan nous accueille dans sa maison. Avant d’entamer la discussion, elle nous invite à partager le repas qu’elle a préparé, malgré celui que nous venons d’ingurgiter quelques minutes plus tôt, offert par une de ses collègues du comité Flor de Manzania. Habillée de son costume traditionnel indigène, avec sa voix fluette, elle nous explique concrètement comment le programme d’Aide au développement Gembloux (ADG), soutenu par l’Opération 11.11.11, a transformé sa situation familiale et la réalité de sa communauté.

Mais d’abord un constat : ici comme partout dans la région andine, la production agricole familiale souffre d’une diminution de la productivité due à l’uti- lisation inadaptée de produits agrochimiques, à l’indisponibilité ou au mauvais usage de l’eau, à une dégradation des sols et aux effets des changements climatiques. Avec pour conséquences une baisse des revenus des familles, la malnutrition ainsi qu’un exode rural.

Paysanne à paysanne

Au sein du comité, Theodocia fait partie de ces paysans formés à la production agroécologique. On les appelle les « promoteurs ». Le principe de base est la formation campesino a campesino (paysan à paysan), mais comme le projet se concentre principalement sur les femmes, on devrait dire campesina a campesina. Il vise la génération d’informations puis leur partage entre pairs, via d’abord un diagnostic au niveau de la parcelle cultivée, suivi d’un échange (visite d’expériences ayant répondu
à des problèmes similaires) puis d’une phase d’expérimentation promouvant l’innovation paysanne. Le tout forme un cycle qui se répète et s’élargit, avec effet multiplicateur. Chacun va visiter la parcelle ou l’élevage de l’autre, ces échanges pouvant se faire au-delà de la communauté, dans une autre région. Les formations techniques proposées par l’ONG belge et ses partenaires locaux portent sur la lutte écologique contre les insectes et les champignons, le contrôle des maladies, l’utilisation de « disperseurs » d’eau ou encore la préparation de fertilisants.

Productivité en hausse

Nicolás Cadillo León a bénéficié de cette formation. Il nous conte son expérience : « Il y a 20 ans, nous travaillions avec des engrais et des pesticides chimiques. Avec le projet, je me suis converti à l’agroécologie en recourant à la pratique du paillage et en intégrant de la matière organique sur une parcelle d’avocatiers. Au début, j’étais préoccupé car la production avait baissé d’environ 20 %, mais après deux ans, la production est revenue à ce qu’elle était auparavant, et à présent elle croît. J’ai aussi installé un système d’irrigation avec des aspergeurs artisanaux que j’ai fabriqués moi-même.  »
L’amélioration de la productivité est une réalité : en 2013, celle des parcelles en transition a crû de 14 % tandis que les superficies ont augmenté de 200 % depuis 2011. En outre, conscients qu’ils produisent des aliments de meilleure qualité, les paysans gardent ces produits pour leur propre consommation.

Une fois formés, les « promoteurs » – ils sont 127 à l’avoir été depuis trois ans – se font un devoir de partager leur savoir avec d’autres membres de la communauté. « Nous avons même fait des formations pour des personnes plus âgées, nous dit Theodocia. Les jeunes transmettent leurs connaissances acquises aux anciens, et ceux-ci leur font part de leur expérience ». Chacun utilise son propre matériel pour transmettre son savoir. Theodocia nous montre une maquette de la disposition de ses parcelles qu’elle a construite. D’autres feront une petite vidéo.

Certification alternative

Pour Theodocia et sa communauté, mais également pour les 1 500 autres familles bénéficiaires du programme, l’objectif premier est évidement la lutte contre la malnutrition, l’autosuffisance alimentaire et le passage à la production agroécologique (maïs, légumes, fèves, pommes de terre,...). Mais il est possible d’aller plus loin. L’étape suivante consistera à donner à cette production de la plus-value par la transformation et la commercialisation des surplus sur les marchés locaux. Pour cela, il existe le « système participatif de garantie » (SPG), un système de certification des produits par tous les acteurs d’une filière de production (de la production à la consommation) et non par un orga- nisme tiers. Il peut être appliqué entre autres pour les produits issus de l’agriculture écologique. Il permet un rapprochement entre acteurs de la filière et une amélioration de la confiance consommateur/producteur. « Le marché bio a commencé il y a trois ans, il y avait 3 stands, raconte Francisco Huerta, professeur d’Aija. Vous voyez comme cela a changé, il y a plus de stands, ils sont plus présentables, les produits sont de mieux en mieux élaborés, et l’emplace- ment du marché est meilleur. C’est la meilleure réponse que peuvent donner les producteurs écologiques aux défis du futur. »

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Qui ? Stephane Compère
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