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Banque mondiale : Non au démantèlement des protections environnementales et sociales

19 septembre 2014

Ce jeudi 19 septembre, une manifestation s’est déroulée devant les bureaux bruxellois de la Banque mondiale. Armés de banderoles et de masques de Pinocchio, les manifestants entendaient critiquer la décision du président de la Banque mondiale, Jim Yong Kim, de revenir sur sa promesse de ne pas affaiblir les normes sociales et environnementales de la Banque qui encadrent ses projets d’investissement.

La Banque mondiale élabore actuellement un nouveau cadre environnemental et social. Celui n’offre plus les mêmes garanties qu’auparavant concernant les politiques, dites de sauvegarde, qui visent à promouvoir des approches de développement socialement et écologiquement viables, et à veiller à ce que les opérations ne portent pas préjudice aux populations ni à l’environnement.

« Le fait d’affaiblir les sauvegardes rendrait impossible la réalisation du double objectif de la Banque mondiale : réduire l’extrême pauvreté et promouvoir une prospérité partagée » déclare Knud Voecking de l’organisation allemande Urgewald. « Le président Kim a promis en 2012 qu’il n’y aurait pas d’affaiblissement des normes. Pourquoi revient-il sur sa parole aujourd’hui ? »

Si elles étaient adoptées, ces nouvelles sauvegardes permettraient aux États bénéficiant d’investissements de la Banque mondiale de :

  • ne pas appliquer les protections fondamentales des conventions de l’OIT, dont la liberté d’association et le droit à la négociation collective ;
  • refuser de garantir les droits des peuples indigènes ;
  • évaluer eux-mêmes leur respect des normes et standards de la Banque mondiale ;
  • et d’ignorer les protections existantes de la biodiversité.

Sharan Burrow de la CSI estime quant à elle : « Alors que nous approuvons l’intention de la Banque mondiale d’adopter des protections spécifiques pour les travailleurs, la version proposée n’aura quasiment aucun impact sur la protection des droits de ceux qui travaillent pour des projets financés par la Banque mondiale, car elle ne s’appliquerait pas aux travailleurs sous-traitants ni aux travailleurs du secteur public. De cette façon, la Banque mondiale continuera à promouvoir des conditions de travail dangereuses, le travail des enfants, les salaires impayés et le refus de la liberté d’association que nous avons déjà vu dans les projets financés par la Banque mondiale.  »

La Banque prête plus de 38 millions € par an aux pays en développement. En affaiblissant ces principes fondamentaux alors même qu’elle accroît ses prêts à des projets plus risqués - tels que les grands barrages hydroélectriques - et à des pays fragiles et affectés par des conflits armés, la Banque fait porter le poids des conséquences environnementales et sociales des projets sur les épaules des populations pauvres et marginalisées.

L’impact de cette nouvelle politique ira au-delà de la seule Banque car la plupart des institutions publiques de financement du développement ont tendance à suivre l’exemple de la Banque mondiale. Pieter Jansen de l’organisation néerlandaise BothEnds souligne que « la Banque mondiale renonce ainsi à devenir un modèle positif en matière de protection des droits des plus pauvres et de la planète. Au contraire, elle lance ici une course vers le bas qui affaiblira durablement les normes et standards sociaux au niveau mondial  ».

Antonio Gambini, du CNCD-11.11.11, la coupole belge francophone des ONG, ajoute : « Nous demandons que ce projet soit complètement revu ! La Banque doit se rendre compte que les droits humains, en ce compris les droits des travailleurs et les droits des peuples indigènes, ainsi que les principes du développement durable sont indispensables pour la réalisation du double objectif affiché par la Banque. »

«  Il est fondamental que la Banque écoute la voix de la société civile partout dans le monde, ainsi que celle des représentants des communautés les plus affectées, estime Petra Kjell du Bretton Woods Project à Londres. Nous appelons la Banque à se saisir de cette opportunité pour établir un nouveau modèle d’engagement inclusif qui valorise son propre héritage et sa propre histoire en tant que moteur de développement, au lieu de la sacrifier. ».

Contact

Antonio Gambini
Chargé de recherche sur la Justice fiscale au CNCD-11.11.11
antonio.gambini cncd.be
Quai du Commerce 9 1000 Bruxelles
+ 32 (0)2 613 30 31

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