Benjamin Netanyahou à Bruxelles : terrain glissant
CC Minister-president Rutte 2013

Benjamin Netanyahou à Bruxelles : terrain glissant

Benjamin Netanyahou s’invite à un échange informel avec les ministres des Affaires étrangères européens en marge du Conseil européen des Affaires étrangères. La nouvelle en crispent certains et en inquiètent d’autres. La politique israélienne de colonisation connait en effet une intensification sans précédent depuis quelques mois. Le renforcement des relations entre l’UE et Israël souhaité par le Premier ministre israélien serait à ce titre un très mauvais signal envoyé par l’UE.

Le 11 décembre prochain, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou est invité à un échange « informel » avec les ministres des Affaires étrangères des 28 Etats membres, réunis ce jour-là en Conseil des Affaires étrangères à Bruxelles. La nouvelle en a énervé plus d’un dans les cercles diplomatiques européens étant donné que Benjamin Netanyahou semble s’être invité, via le ministre lituanien des Affaires étrangères, sans que les autres ministres n’aient été consultés. Malgré ces tensions, la Haute-représentante Federica Mogherini a fini par adresser une invitation officielle au Premier Ministre israélien, déclarant qu’une invitation similaire serait adressée au Président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, et que la situation de la Palestine serait abordée durant l’échange.

Le Premier ministre israélien est un habitué de ce genre de manœuvre qu’il avait utilisé pour s’inviter au Congrès américain en mars 2015, sans que la Maison Blanche ne soit prévenue, et cela dans le but de torpiller l’accord iranien négocié par Barack Obama. Sa visite à Bruxelles le 11 décembre prochain semble quant à elle destinée à relancer les discussions sur un rehaussement des relations entre l’UE et Israël. Depuis février dernier, la tenue d’un Conseil d’Association entre l’UE et Israël est en effet en discussion, mais jusqu’à présent reportée, faute d’un accord entre les 28 Etats membres sur la manière de condamner la politique de colonisation israélienne.

Or depuis le début de l’année, la colonisation israélienne du territoire palestinien occupé a connu une intensification inédite. Dans son dernier rapport sur la situation dans le territoire palestinien occupé, le Secrétaire général des Nations Unies s’inquiète d’une « annexion de facto » du territoire palestinien par Israël, à la fois du fait de la hausse sans précédent des nouvelles constructions dans les colonies [1], mais aussi de développements législatifs dont la loi de régularisation adoptée en février 2017 ou les propositions de lois annexant des parties de la Cisjordanie présentées ces derniers mois par des membres de la Knesset.

La plateforme Moyen-Orient du CNCD-11.11.11 a interpellé Didier Reynders pour lui demander qu’aucun engagement ne soit pris lors de la rencontre informelle du 11 décembre et pour qu’il s’oppose à toutes formes de renforcement des relations entre l’UE et Israël, tant que ce dernier ne respectera pas ses obligations internationales. Le renforcement des relations entre l’Union européenne et Israël, alors que ce dernier montre clairement qu’il ne compte pas respecter le droit international, enverrait un très mauvais signal. L’Union européenne doit au contraire approfondir sa politique de différentiation, afin de signifier à Israël qu’il ne peut coloniser le territoire en toute impunité.

[12758 constructions de logements ont débuté dans les colonies de la zone C entre avril 2016 et mars 2017, ce qui représente une hausse de 70% par rapport à l’année qui précède. 2800 offres ont été émises pour de nouvelles constructions dans les colonies durant les cinq premiers mois de 2017. Durant les six premiers mois de 2017, la planification de la construction a été avancée pour 5000 nouvelles unités de logements dans les colonies. (AGNU, Rapport du Secrétaire général sur les colonies de peuplement israéliennes dans le Territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est, et le Golan syrien occupé, 1/11/2017, par. 10,11,12 – UN A/72/564)