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Projet 11.11.11

Brésil : garantir à chacun le simple droit d’exister

Nicolas Van Nuffel Nicolas Van Nuffel
19 septembre 2012

Dans les favelas brésiliennes, l’accès aux services publics de base n’est pas toujours aisé. La formation à la chose publique et l’auto-organisation de la population sont des instruments nécessaires pour avoir voix au chapitre.

Pour celui qui en aurait gardé l’image d’une ville coloniale endormie, Recife réserve bien des surprises. En effet, elle est aujourd’hui l’exemple même du réveil brésilien : grâce au boom économique, elle semble s’être réveillée et vouloir rattraper le temps perdu. Au point que la ville est méconnaissable : gratte-ciel, centres commerciaux et cliniques de luxe s’y multiplient. Au pied d’un de ces gratte-ciel, une « pharmacie des pauvres » a désormais fermé ses portes : les pauvres ne sont plus là, ils ont été remplacés par des immeubles de luxe.

Mais où sont-ils, alors, les pauvres ? Bien sûr, le taux de croissance que le Brésil a connu depuis dix ans, ainsi que les programmes sociaux mis en place suite à l’arrivée du gouvernement Lula ont permis à des millions de gens de sortir de la misère mais, de là à dire que la pauvreté a disparu, il y a un pas qu’on hésite à franchir. Avec raison : expropriés en masse au fur et à mesure de la construction des nouveaux quartiers résidentiels et d’affaires, les plus pauvres sont relégués aux marges de la ville.

Car il suffit, plutôt que de se diriger vers le centre-ville, de prendre la direction inverse en sortant de l’aéroport, pour prendre conscience de l’ampleur du travail qui reste pour en finir avec la misère au Brésil. Les quartiers d’Ibura et Jordão font partie des plus peuplés de la ville et sont encore couverts de favelas. C’est là qu’habitent Marcelo et sa famille. Enfin, plus ou moins. Car Marcelo n’habite qu’à moitié à Recife. Son salon se trouve sur le territoire de la ville. Quant à la chambre à coucher, elle se situe… dans un no man’s land entre deux communes ! Ils sont ainsi 23 000 à ne pas savoir exactement où ils habitent, entre Recife et Jabotão dos Guararapes. En effet, la délimitation des deux territoires date de 1951 et entretemps, tous les repères topographiques ont disparu devant l’urbanisation effrénée.

Cela pourrait paraître anecdotique, ça ne l’est pas du tout. Car au Brésil, beaucoup de services sociaux dépendent directement des communes : santé, école et même protection civile. A tel point que Marcelo doit monter des stratégies pour simplement exister : « Quand il fait mauvais, on risque toujours des inondations, ici. Les égouts débordent et il n’est pas rare qu’il y ait des morts, emmenés par le flot. Alors, je dors dans le salon pour avoir une chance d’être sauvé si besoin est, car la protection civile ne peut pas sortir du territoire de Recife et ma chambre est hors de la ville ! ».

Avec le temps et l’appui d’une ONG locale, ETAPAS, les habitants de ce quartier ont pourtant appris à s’organiser. Si la délimitation des municipalités n’a toujours pas été tranchée, l’ensemble des autres associations du quartier ont réussi à se rassembler dans une vaste fédération. ETAPAS se charge de les appuyer dans leur organisation et de leur donner les clés pour suivre la mise en œuvre des politiques publiques. Ce qui frappe le plus lorsqu’on rencontre l’équipe d’ETAPAS, c’est le souci de mettre les organisations de base dans le siège du pilote : les budgets sont gérés par la Fédération, dont le comité directeur est élu par l’ensemble des associations du quartier, le plaidoyer vers les autorités publiques est porté directement par les habitants…

Ce combat pour une vie digne, ETAPAS ne le mène pas seul. Grâce notamment au soutien de l’Opération 11.11.11, l’ONG belge Solidarité socialiste permet à ses partenaires de travailler en réseau, non seulement au Brésil mais dans le monde entier. Neide Silva, coordinatrice d’ETAPAS, témoigne : « Plusieurs fois par an, nous organisons des ateliers d’échanges de savoir avec nos collègues d’autres villes brésiliennes. Pas seulement pour nous : nous mettons un point d’honneur à y voir participer des représentants des organisations de base. Chacun y vient avec ses forces et ses compétences. Nous avons ainsi pu partager nos expériences de lutte pour la réforme urbaine avec nos collègues de Fortaleza et Salvador mais aussi apprendre beaucoup à propos de l’économie solidaire ou de la souveraineté alimentaire, par exemple.  » Et ces échanges ne s’arrêtent pas à la frontière du Brésil : Solidarité socialiste appuie aussi l’organisation de séminaires internationaux où se retrouvent des partenaires d’Amérique latine, d’Afrique et du monde arabe.

On met souvent en avant la poussée économique du Brésil, l’un des principaux pays émergents. Mais ce que l’on ne dit pas assez, c’est que si ce géant a réussi à sortir de la spirale du sous-développement tout en réduisant, même partiellement, les inégalités qui le minaient, ce n’est pas uniquement le résultat du bon vouloir de tel ou tel gouvernement. C’est aussi celui de décennies de combat d’organisations comme ETAPAS, grâce auxquelles les citoyens se mettent debout et revendiquent leurs droits. Un combat que l’Opération 11.11.11 a décidé de soutenir au cours des trois prochaines années !

Tags: Brésil

Source : article publié dans dlm - demain le monde, n°15, septembre-octobre 2012.

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