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Bruxelles : évanouissement collectif devant un H&M

21 septembre 2012

Une vingtaine de personnes sont tombées en syncope ce vendredi midi devant le magasin H&M de la rue Neuve à Bruxelles. Des faits similaires ont été relevés cette semaine dans plusieurs villes européennes, dont Bristol, Londres, Paris, Copenhague et Varsovie.

Par cette action symbolique, achACT et ses homologues européens de la Clean Clothes Campaign ont ainsi voulu attirer l’attention sur les évanouissements de masse qui se produisent dans des usines au Cambodge où se fournissent H&M, Zara, Gap et Levi Strauss & Co. Ces malaises collectifs ont touché 2400 travailleuses en 2011 et se perpétuent en 2012. Ils sont notamment liés à un déficit calorique chronique des travailleuses dont le salaire ne permet pas une alimentation saine et suffisante.

H&M, Zara, GAP et Levi Strauss & Co. sont les plus gros acheteurs d’habillement au Cambodge. Ils doivent prendre leurs responsabilités et s’engager à payer un salaire vital. En soutien aux demandes du syndicat cambodgien C.CAWDU, achACT et le réseau européen de la Clean Clothes Campaign lancent une campagne publique d’interpellation.

Au Cambodge, les syncopes collectives se multiplient. Des dizaines, voire parfois des centaines, de travailleuses s’évanouissent simultanément au sein d’une même usine. On dénombre 25 incidents de ce type en 2011 touchant 2400 travailleuses. La situation ne s’améliore pas en 2012. En cause : malnutrition, surmenage et stress. Le salaire des travailleuses ne leur permet pas de subvenir à leurs besoins de base.

Le salaire de la faim

Dans l’industrie de l’habillement au Cambodge, plus de 90% des travailleurs sont des femmes, âgées de 18 à 35 ans. Beaucoup d’entre elles ont des enfants et des familles à nourrir mais, avec l’escalade du coût de la vie, leur salaire ne suffit pas pour couvrir leurs besoins de base (logement, nourriture, vêtements, éducation, transports, soins de santé). Depuis l’année 2000, et malgré les augmentations de salaire obtenues de longue lutte, leur pouvoir d’achat a en réalité diminué de 14%. Bien souvent, elles disposent de moins d’un euro pour se nourrir et alimenter leur famille chaque jour. A Phnom Penh, capitale du Cambodge, cela ne permet tout simplement pas d’acheter une nourriture saine et suffisante. En découle un déficit calorique qui s’accroit jour après jour, accentué encore par la prestation d’heures supplémentaires.

Athit Kong, vice-président du syndicat cambodgien C.CADWU a déclaré : «  Les travailleurs ne peuvent pas survivre avec ces bas salaires.  »
Une recherche menée au Cambodge par le Workers’ Rights Consortium a montré qu’en comparaison avec le besoin en calories correspondant au travail effectué, la ration alimentaire que les travailleurs peuvent en moyenne se procurer quotidiennement correspond à un déficit calorique de plus de 500 kcal par jour. Beaucoup de travailleurs témoignent que la nourriture qu’ils peuvent s’acheter n’est pas suffisante ou assez nourrissante pour leur permettre de tenir le coup.

Selon les calculs de l’Asia Floor Wage Alliance, un salaire suffisant pour couvrir les besoins de base du travailleur et de sa famille et procurer un petit revenu discrétionnaire (généralement consacré à la pension des parents âgés ou participant aux frais d’éducation d’un cadet) équivaut à quatre fois le salaire minimum légal de 51,5€ par mois. Le syndicat C.CAWDU réclame quant à lui une augmentation immédiate des salaires minimum à hauteur de 101 €/mois.

« Les syncopes collectives des travailleuses au Cambodge démontrent quel coût les marques telles que H&M, Zara, Levi Strauss ou Gap font payer aux travailleuses qui produisent leurs vêtements. Si vous n’êtes pas payés assez pour vous nourrir et nourrir vos enfants, vous presterez toutes les heures supplémentaires qu’on vous proposera, accentuant encore votre propre déficit nutritionnel. C’est un cercle vertueux pour le profit des marques mais vicieux pour les travailleurs » a declaré Carole Crabbé, coordinatrice d’achACT.

Plus d’excuses. Un salaire vital maintenant !

Pendant des décennies, les marques internationales de la mode ont toujours trouvé des excuses (voir l’annexe) pour justifier pourquoi elles ne paient pas un salaire décent aux travailleurs qui fabriquent leurs vêtements. « Rien ne peut justifier la violation d’un droit humain », déclare Carole Crabbé. « Se cacher derrière la crise économique et les codes de conduite n’est pas acceptable. »

H&M, GAP, Levi Strauss & Co. et Zara doivent arrêter de construire leur compétitivité sur des conditions de travail indécentes. Les acheteurs internationaux doivent s’engager concrètement à payer un prix qui tienne compte d’un salaire vital et de conditions de travail respectueuses des droits humains. Première étape : soutenir les demandes des travailleurs de l’habillement au Cambodge.

Une campagne européenne d’interpellation

achACT et ses homologues européens lancent en ligne, à partir de ce vendredi 21 septembre 2012, une campagne publique d’interpellation à destination de H&M, GAP, Levi Strauss & Co. et Zara. achACT appelle les clients à écrire à leurs marques favorites pour leur demander de payer un salaire vital aux travailleurs qui fabriquent les vêtements qu’ils portent. Pour agir ou pour plus d’infos : www.achact.be/Actions-urgentes.htm

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