×

C-LIMA-T : Trois dossiers pour la Belgique !

Véronique Rigot Véronique Rigot
28 novembre 2014

La conférence des Nations Unies pour le Climat s’ouvre ce lundi 1er décembre à Lima, au Pérou. Cette négociation politique est la dernière avant la conférence de Paris, fin 2015, qui doit aboutir à la conclusion du futur accord mondial pour le climat. Éclairage sur les enjeux.

Depuis septembre 2014 et le sommet spécial sur le climat convoqué par le Secrétaire général des Nations Unies Ban Ki Moon, le climat remonte progressivement dans les priorités politiques internationales. Les grandes manifestations de la société civile, puis le dernier rapport scientifique du Groupe intergouvernemental des experts sur l’évolution du climat (GIEC), dont la synthèse à l’intention des décideurs a été publiée début novembre, en ont remis une couche.

Les intentions se dévoilent

Petit à petit, les intentions se dévoilent sur les ambitions à lutter contre le réchauffement de l’atmosphère. L’Europe a ainsi adopté son paquet énergie-climat avec des objectifs concrets à l’horizon 2030 (au moins 40% de réduction des émissions d’ici 2030 par rapport à 1990, augmenter la part des énergies renouvelables d’au moins 27% d’ici 2030 et atteindre un objectif d’efficacité énergétique indicatif d’au moins 27%). La Chine et les États-Unis ont embrayé et annoncé leur « accord historique » le 12 novembre, un accord prévoyant que les États-Unis s’engagent à une réduction de 26 à 28% de leurs émissions d’ici 2025 par rapport à 2005 et la Chine s’engageant à un pic de ses émissions de gaz à effet de serre « autour de 2030 ».

Bien que ces objectifs annoncés soient trop peu ambitieux par rapport à ce que les scientifiques du GIEC préconisent, il est évident que l’opération de communication sino-américaine et les bonnes intentions européennes envoient un signal très clair à la veille de la conférence de Lima, dans l’idée d’assainir le climat des discussions et de franchir un pas décisif vers la conclusion d’un accord mondial dans un an à Paris, fin 2015.

Pourquoi tant de « foin » ?

Ce nouvel accord en préparation est un nouveau protocole qui prendra la suite du Protocole de Kyoto. Pour la première fois en matière climatique, ce nouvel accord sera légalement contraignant pour l’ensemble des pays de la planète. En d’autres mots, alors que le Protocole de Kyoto n’obligeait que les pays du Nord qui le voulaient bien à réduire leurs émissions [1], ce nouvel accord obligera tout le monde.

La configuration mondiale a bien changé depuis la conclusion du Protocole de Kyoto en 1997 : la Chine, l’Inde, ou encore l’Arabie Saoudite, qui étaient alors encore considérés dans le groupe des pays en développement peu ou pas responsables du CO2 accumulé dans l’atmosphère, sont devenus de gros émetteurs mondiaux de CO2. Il est donc crucial de parvenir à impliquer tout le monde dans le nouveau protocole.

Par ailleurs, les effets des changements climatiques se font de plus en plus sentir, et pas uniquement dans les pays du Sud. Les phénomènes sont nombreux [2], et partout sur la planète, des citoyens, des familles, des villes, des régions souffrent des aléas des climats.

Au-delà des enjeux environnementaux, c’est le bien-être socio-économique de milliards de personnes qu’il faut contribuer à sauvegarder ! Les décideurs politiques ont bien compris que dans l’enceinte climatique des Nations Unies, c’est aussi d’alimentation mondiale, de commerce mondial, de croissance mondiale, qu’on discute et qu’on négocie.

Concrètement, à Lima

On comprend bien l’intérêt pour les décideurs mondiaux de dépasser les blocages pour limiter, tant que faire se peut, les impacts négatifs des changements climatiques. Concrètement, à Lima, deux gros dossiers sont sur la table. Le premier, la préparation du futur accord mondial (qui serait signé fin 2015 pour une entrée en vigueur prévue en 2020), et le second, les ambitions d’ici 2020.

L’équité
Dans le cadre de la préparation du futur accord mondial, Lima doit aboutir à des décisions claires sur la forme juridique, la composition de l’accord et l’ambition qui sera inscrite dans l’accord 2015. A ce stade, les parties se sont mis d’accord pour annoncer, chacun, au plus tard mi-2015, de quelle nature sera l’engagement en matière de lutte contre le réchauffement. Une grande synthèse sera ensuite faite par le secrétariat de la Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, qui devra permettre d’évaluer si les annonces faites sont adéquates pour rester dans la limite des 2°C de hausse moyenne de la température de la planète, mais aussi respectent une certaine équité entre les pays.
Cette question de l’équité sera la clef de l’acceptation d’un accord contraignant au niveau international, un dossier sur lequel la Belgique et la Suède se sont illustrées par un remarquable travail de fonds de nos équipes de négociateurs.

Le financement climat
Autre gros dossier à Lima, le Fonds vert pour le climat et la contribution financière pour aider les pays les plus vulnérables à s’adapter aux changements climatiques et à se développer de façon économe en carbone. Créé à Copenhague en 2009, le Fonds vert est maintenant opérationnel et a fait appel à 10 à 15 milliards de dollars pour pouvoir fonctionner pendant les 4 années à venir. A la veille de la conférence de Lima, le compteur financier est presque à 10 milliards de dollars, mais certains pays, dont la Belgique ou l’Autriche, ne se sont pas encore exprimé (voir « des financements climat pour un accord juste et équitable »)

La transition juste
Enfin, à Lima, sera discuté le contenu du futur accord, et en particulier les grandes orientations qui seront prises pour assurer la mise en œuvre de l’accord et une transformation réelle de l’économie mondiale pour une moindre dépendance du carbone. Porteuse de croissance et de création d’emploi, cette transition doit être opérée le plus rapidement possible. Bien que les fédérations d’entreprises au niveau belge et européen freinent les ambitions politiques à transformer l’économie, de nombreux décideurs d’entreprises se sont prononcés ces derniers mois en faveur de mesures politiques ambitieuses en matière climatique, en matière de renouvelable et d’efficacité énergétique, mais aussi en matière de réduction des émissions. C’est un tournant que l’économie mondiale doit franchir, encouragé par les éminents économistes mondiaux dont Nicholas Stern, et largement détaillé dans un rapport sur l’économie des changements climatiques.

Les syndicats belges, européens et du monde entier, bien conscients des enjeux en matière d’emploi et de leur responsabilité de travailleurs pour conscientiser leurs employeurs, promeuvent à tout va le leitmotiv « No jobs on a dead planet » et demandent aux politiques d’amorcer ce tournant économique en concertation avec les travailleurs, de manière à limiter les dégâts sociaux mais au contraire, à promouvoir le bien-être sur une planète plus saine. Pour ce faire, la demande est claire d’inscrire un paragraphe d’engagement en faveur de la transition juste dès Lima et dans le futur accord.

Trois dossiers pour la Belgique

Présents ou pas à Lima, nos –nouveaux- ministres prennent la mesure des enjeux et nous disent tous leur volonté de contribuer à un accord mondial pour le climat. Mais à ce stade, des paroles ne suffisent pas, il faut des décisions politiques, et pour ce faire, du dialogue entre eux.

Très concrètement, il y a trois grands dossiers sur lesquels nous attendons que nos ministres démontrent leur volonté politique : promouvoir l’expertise belge et faciliter le débat international sur l’équité, annoncer une contribution 2014 au financement climat, inscrire un paragraphe sur la transition juste dans l’accord de Lima.

Véronique Rigot

Pour en savoir plus


[1Les États-Unis n’ont ainsi jamais ratifié le Protocole de Kyoto, et le Canada et le Japon se sont retiré de la seconde période du Protocole de Kyoto (2013-2020). En somme, il n’y a plus que l’Union européenne qui est liée à des objectifs internationaux dans le cadre du Protocole de Kyoto.

[2Parmi les phénomènes visibles : fonte de la calotte glaciaire arctique, fonte des glaciers qui modifient l’alimentation en eau des vallées (Pérou), événements climatiques extrêmes de plus en plus fréquents et violents (cyclones dévastateurs notamment aux Philippines, mais aussi Katarina et Sandy aux États-Unis), sécheresses prolongées et modification du régime des précipitations qui diminuent les rendements des récoltes (Russie, USA), élévation du niveau des mers et érosion des zones côtières (notamment la côte atlantique) et des deltas (Nil), salinisation des terres (Bangladesh),...

Parlons climat à l’école



Découvrez notre mallette d'outils pédagogiques
]

Lire aussi

Climat : pourquoi il nous faut une loi spéciale maintenant

Climat : pourquoi il nous faut une loi spéciale maintenant

Le projet de loi climat a fait la une de l’actualité ces dernières semaines. Ce mardi 19 mars, plusieurs partis se sont opposés à la révision de l’article 7bis de la Constitution, qui permettrait une adoption rapide de la loi spéciale. Les lignes (...)


  • Véronique Rigot, Rebecca Thissen

    21 mars 2019
  • Lire
Un traité transatlantique au mépris du climat ?
Tribune

Un traité transatlantique au mépris du climat ?

Les Etats membres de l’UE se prononceront « dans les prochaines semaines » sur la négociation d’un nouveau traité transatlantique avec les Etats-Unis. La Commission européenne a publié en janvier dernier des mandats de négociation en ce sens, mais le (...)


  • Arnaud Zacharie, Michel Cermak

    20 mars 2019
  • Lire
Loi climat : il reste une semaine aux parlementaires pour agir

Loi climat : il reste une semaine aux parlementaires pour agir

Le MR, le CD&V et l’Open VLD ont refusé ce mardi 19 mars la révision de l’article 7bis de la Constitution, qui aurait facilité l’adoption d’une loi spéciale sur le climat. Le MR a dit préférer l’option d’un accord de coopération. Pour le (...)


Qui ? Véronique Rigot
Adresse Quai du Commerce 9, 1000 Bruxelles
Téléphone +32 (0)2 250 12 50

Inscrivez-vous à notre Newsletter