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COP21 / climat : un traité imparfait, mais inespéré

Jean-François Pollet Jean-François Pollet
24 mars 2016

Imagine demain le monde - L’accord signé à Paris est largement insuffisant, mais il a l’immense mérite de relancer la lutte contre les changements climatiques à l’échelle de la planète. Bilan d’un traité qui sera officiellement ratifié en avril prochain.

« Aux plans politique et diplomatique, relève Noé Lecoq, conseiller énergie et climat à Inter-Environnement Wallonie, l’accord de Paris est un miracle, et le terme n’est pas trop fort. Il lie 195 pays ayant des intérêts aussi divergents que l’Arabie saoudite, les petites îles du Pacifique, la Chine ou les Etats-Unis. »
Un « miracle » qu’il faut toutefois relativiser : « Cet accord aurait été un vrai succès, s’il avait été obtenu 20 ans plus tôt  », tempère l’expert d’IEW.

Car désormais le temps presse si l’on veut limiter les changements climatiques. Le texte de Paris vise à maintenir la hausse de la température moyenne mondiale en dessous des 2 degrés, et à « se rapprocher le plus possible d’1,5 degré ». Or, le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, spécifiquement créé par l’ONU) estime qu’au rythme actuel des émissions de gaz à effet de serre, la communauté internationale dispose de 20 ans seulement pour ramener à zéro ses dégagements de carbone [1]. « Et si l’on veut rester sous les 1,5 degrés, poursuit Noé Lecocq, il ne reste que 5 ans, alors que l’accord de Paris prendra pleinement ses effets en 2020.  » Les Etats s’engagent par ailleurs à réduire leurs émissions sur une base volontaire. Finies les injonctions du protocole de Kyoto qui assignait des objectifs chiffrés et contraignants, désormais les pays déterminent eux-mêmes ce qu’ils peuvent faire.

Capture et séquestration du carbone

« L’addition des engagements pris à Paris, ajoute Noé Lecocq, donne une trajectoire climatique qui conduit à un réchauffement de 3 degrés. C’est toujours mieux que les 4 à 6 degrés qui nous attendent si rien n’est fait. Mais il faudra renforcer les engagements pour respecter l’objectif de l’accord. »

« Les Etats ne peuvent pas arrêter du jour au lendemain leurs émissions de carbone, rappelle Etienne Hannon, enseignant à l’ULB et conseiller au SPF Santé publique (service des changements climatiques), et il est malheureusement très probable que l’on dépassera légèrement les objectifs d’émissions, ce que l’on qualifie dans le jargon d’over shoot. Cela implique qu’il faudra rattraper la situation en capturant du carbone dans l’atmosphère pour l’enfouir dans le sol. »

L’accord prévoit que les parties trouvent un équilibre entre le dégagement des gaz à effet de serre dans l’atmosphère et la capture et la séquestration de ceux-ci dans des puits de carbone, via les forêts, l’humus des terres agricoles et l’enfouissement forcé du carbone dans les profondeurs géologiques.

« Il ne faut pas trop compter sur l’extension des forêts, poursuit l’ingénieur, car pour l’instant la tendance actuelle est plutôt à leur disparition. L’enfouissement d’humus est possible, mais dans des quantités limitées. Il reste donc les technologies de capture du carbone à la sortie des installations industrielles et son enfouissement dans le sol. Ce sont des technologies connues et maîtrisées, mais très coûteuses. On a donc intérêt à travailler sur nos émissions et sur le déploiement des énergies renouvelables.  »

Un traité qui doit être ratifié

A Paris, les participants se sont assigné un objectif (limiter le réchauffement) et ont adopté une méthode (l’engagement des signataires). Ici encore, rien n’est prescrit, tout est volontaire. Il n’est même pas prévu de sanctionner le non-respect des engagements. « L’accord repose sur le suivi et l’accompagnement de l’action des signataires, explique Peter Wittoeck, le haut fonctionnaire qui conduisait la délégation belge à Paris. Tout est pensé pour faciliter le travail de chacun.  » La base volontaire des engagements et l’absence de sanction n’empêchent pas l’accord d’être juridiquement contraignant.

« Il s’agit d’un traité, insiste le diplomate, autrement dit l’instrument le plus fort du droit international. Un traité doit être ratifié, ce qui signifie que la plus haute autorité de chaque pays, très souvent le Parlement, doit prendre connaissance du texte et l’approuver de manière formelle, ce qui le rend obligatoire par la suite.  » Le calendrier à venir ? En 2018, le GIEC remettra un rapport sur la hausse des températures et proposera des trajectoires pour les maintenir autour d’une moyenne de 1,5 degré.

La même année, les pays signataires évalueront le résultat de leurs engagements et de leurs premiers efforts. Deux ans plus tard, en 2020, les signataires pourront prendre, toujours sur une base volontaire, de nouveaux engagements. Le cycle des évaluations et des ajustements reviendra ensuite tous les cinq ans. Un nouvel état des lieux sera fait en 2023, puis de nouveaux engagements seront pris en 2025. Et ainsi de suite.

Et la Belgique ?

Notre pays s’est engagé, comme les 28 Etats membres de l’Union européenne, à réduire de 40 % ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030. « Nous pourrions ensuite aller plus loin, estime Peter Wittoeck, et tendre vers une réduction de 80 à 90 % d’ici 2050. Ces efforts auront bien sûr un coût, mais qui sera compensé par des économies d’énergie. »

« Il y deux gros points noirs chez nous, ajoute Etienne Hannon, ce sont le transport et le chauffage des bâtiments. Nos bâtiments sont de mieux en mieux isolés mais le transport routier continue de progresser de manière importante. Et même si les moteurs sont plus économes, l’expansion du parc automobile est telle que nous continuons à rejeter autant de CO2. [2] Il va falloir étudier particulièrement ce point. »

La Belgique a plaidé, avec l’Union européenne, pour un accord fort et des engagements ambitieux. Elle devrait maintenant prendre un certain leadership. « L’accord de Paris nous offre la possibilité de montrer, avec les autres pays européens, que l’avenir réside dans les économies bas carbone, conclut Etienne Hannon. Une politique climatique forte entraîne des retombées importantes en termes de croissance économique, de santé des populations et d’indépendance énergétique. Sans compter les enjeux de sécurité et de migration dont on parle beau- coup en ce moment. Il y a donc mille et une raisons d’être ambitieux.  »

Le Sud,le sol, le fonds climat


Les pays développés ont confirmé à Paris leur intention de constituer un fonds vert pour le climat annuellement doté à partir de 2020 de 100 milliards de dollars (90 milliards d’euros). Ce fonds est destiné à aider les pays en développement à mettre en œuvre leur plan d’action et à s’adapter aux changements climatiques.

« Il n’y a rien de nouveau, nuance Brigitte Gloire, chargée d’étude climat à Oxfam solidarité, puisque la création d’un fonds climat a été décidé à Copenhague en 2009. Il est étonnant que les pays du Sud aient accepté ce statu quo alors que certaines décisions prises à Paris risquent de toucher directement leurs populations. Je pense à l’idée de stocker le carbone dans le sol. La terre représente l’outil de travail des paysans, très nombreux dans les pays en développement. Il faudra s’assurer que le stockage du carbone n’entraîne pas la confistation des terres de ceux qui en vivent.  »

Tags: Climat

[1Le GIEC estime que l’accumulation de 1 000 milliards de tonnes supplémentaires de carbone laisse 66 % de chances que le réchauffement se limite à 2 degrés par rapport au début de l’ère industrielle. L’accord de Paris entend donc limiter à 1 000 milliards de tonnes les rejets de carbone, voire beaucoup moins, afin de se rapprocher des 1,5 degrés. Les émissions annuelles sont de 40 milliards de tonnes. A niveau constant, les 1 000 milliards de tonnes seront donc atteints dans 25 ans. Vu que le décompte du GIEC commençait en 2011, il nous reste donc 20 ans. Le traité de Paris prendra pleinement ses effets à partir de 2020, il restera alors dix ans à l’humanité pour ramener ses émissions de carbone à zéro.

[2En dix ans, de 2004 à 2013, le parc automobile a progressé de 14 %, passant à 5 504 809 véhicules (un pour deux personnes en moyenne). en 2013, les voitures belges ont parcouru un total de 83 milliards de kilomètres (source SPF mobilité).

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