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Campagne

Changez de mobilité : l’anti-mythes de la voiture électrique

14 janvier 2014

A l’occasion du Salon de l’Auto, Inter-Environnement Wallonie lance une campagne visant à déconstruire certains mythes au sujet de la voiture électrique : « Changez de mobilité : l’anti-mythes de la voiture électrique ».

Ce lundi 13 janvier, Inter-Environnement Wallonie a lancé, avec le soutien du CNCD-11.11.11, une campagne visant à déconstruire certains mythes au sujet de la voiture électrique : « Changez de mobilité : l’anti-mythes de la voiture électrique ». Et ce à la veille du Salon de l’auto (16-26 janvier).

IEW se penche sur les mythes attachés à la voiture électrique souvent vantée comme LA solution de mobilité du futur, la panacée pouvant solutionner tous les problèmes liés à l’automobile « traditionnelle ».

Durant cette semaine d’action, IEW déconstruira trois mythes par trois vidéos dévoilées progressivement.

Mythe #1

MYTHE 1 : LA FIN DES DÉPENDANCES AUX RESSOURCES NATURELLES ?

La voiture électrique ne consomme pas de pétrole, mais de l’électricité. En Europe, cette électricité est principalement produite à partir de charbon, de gaz, d’uranium, ou de sources renouvelables. Actuellement, ces quatre sources d’électricité produisent grosso-modo un quart de l’électricité européenne chacune1. La voiture électrique utilise donc des ressources naturelles, en partie fossiles, lorsqu’elle roule, même s’il ne s’agit pas directement de pétrole.

Cependant, ce sont les éléments nécessaires à la fabrication d’une voiture électrique qui sont les plus critiques au niveau des ressources naturelles. En particulier, le lithium et le cobalt qui sont nécessaires pour la fabrication des batteries, ou les terres rares abondamment utilisées dans les aimants de moteurs électriques. Une partie du surcoût de la voiture électrique vient d’ailleurs de l’utilisation de ces ressources, qui ne sont pas ou peu disponibles en Europe.
Les enjeux géopolitiques liés à ces ressources sont importants, comme en témoigne le différent commercial entre la Chine et les pays occidentaux à propos des terres rares. La Commission européenne a ainsi établi depuis 2010 une liste des matières premières critiques, dans laquelle figurent en bonne place les terres rares et le cobalt. Ces enjeux sont renforcés par le fait que la demande pour ces ressources atteint, sous l’effet du déploiement des nouvelles technologies, des sommets inégalés. Le développement à large échelle de la voiture électrique pourrait à lui seul faire exploser une demande déjà forte pour ces ressources.
Dans les pays producteurs, l’extraction de ces ressources à un rythme croissant ne va pas sans poser des questions sur les plans environnementaux et sociaux. L’extraction minière s’accompagne de pollutions importantes au détriment des communautés locales et des travailleurs, souvent exploités dans des conditions indignes. La pollution de l’air par des particules toxiques (métaux lourds, éléments radioactifs), ainsi que des sols et de l’eau a été documentée notamment dans le cas de l’extraction des terres rares, avec des conséquences néfastes sur la santé des populations exposées (cancers, malformations, etc.).

Avec un nombre croissant de matériaux utilisés, dont 6 à 10 kg de lithium et 10 à 15 kg de terres rares par véhicule, l’impact en terme de ressources naturelles d’un développement à large échelle de la voiture électrique ne peut être pris à la légère.

Ce n’est pas la voiture électrique qui résoudra les problèmes de dépendance aux ressources naturelles. Changez de mobilité, pas de voiture !
Pour en savoir plus, consultez le dossier sur la mobilité électrique.

Mythe #2

MYTHE 2 : LA VOITURE ELECTRIQUE SAUVERA-T-ELLE LE CLIMAT ?

Les constructeurs nous vendent une voiture électrique « zéro émissions » ou « zéro CO2 ». Les pouvoirs publics reprennent tel quel ce message et subsidient la voiture électrique comme si ses émissions étaient nulles. Qu’en est-il en réalité ? N’est-on pas face à un message trompeur ?

Quantifier et comparer l’impact environnemental de véhicules utilisant des technologies différentes n’a de sens que dans le cadre d’une approche qui prend en compte l’ensemble du cycle de vie de ces véhicules. Les étapes à prendre en compte sont :

  • la fabrication du véhicule
  • la production du « carburant » (pétrole, électricité...)
  • le fonctionnement du véhicule
  • la fin de vie du véhicule

Les émissions de CO2 correspondant aux différentes étapes du cycle de vie varient fortement selon la technologie envisagée. Une voiture électrique, par exemple, n’émet pas de CO2 lorsqu’elle roule (étape 3), mais la production d’électricité (étape 2) est une opération généralement fortement émettrice de CO2. À contrario, produire un litre d’essence est une activité comparativement peu émettrice de CO2, mais le brûler dans un moteur de voiture émet beaucoup de CO2. Comparer deux technologies différentes en ne prenant en compte qu’une seule étape n’a aucun sens.

Dire que la voiture électrique est « propre » ou « n’émet pas de CO2 » s’apparente à un mensonge par omission. Plusieurs constructeurs automobiles ont d’ailleurs été sanctionnés en France pour publicités trompeuses.

D’autant que l’impact climatique de la fabrication d’une voiture électrique est nettement plus important que celui de la fabrication d’une voiture thermique, à cause de la production de la batterie. L’impact de la fabrication d’une voiture électrique moyenne est de 8,8 tonnes (une seule batterie sur la durée de vie du véhicule) à 12,5 tonnes de CO2 (cas où la batterie doit être remplacée une fois sur la durée de vie du véhicule), soit près du double des 5,6 tonnes de CO2 d’une voiture à essence comparable.

Si l’on prend en compte le cycle de vie complet des véhicules, il n’est pas possible d’affirmer que la voiture électrique permettra une diminution substantielle des émissions de CO2 par rapport à son équivalent thermique. Tout au plus, une diminution très modérée des émissions semble pouvoir être espérée en Europe dans les années à venir, de l’ordre de 10 à 25 % par rapport à un véhicule thermique correspondant4.

Mais il y a pire. Sous la pression du lobby automobile, la législation européenne comporte des biais majeurs. Elle permet aux constructeurs de vendre deux ou trois voitures très polluantes supplémentaires pour chaque voiture électrique vendue5. Ainsi, l’acheteur de voiture électrique qui pense œuvrer à l’amélioration de l’environnement, accorde dans les faits à son insu une licence aux constructeurs automobiles pour poursuivre leurs pratiques les plus polluantes !

Ce n’est pas la voiture électrique qui sauvera la planète et le climat. Changez de mobilité, pas de voiture !

Pour en savoir plus, consultez notre dossier sur la mobilité électrique, ainsi que notre analyse « voiture électrique et CO2 : info et intox ».

Mythe #3

MYTHE 3 : LA VOITURE ELECTRIQUE, L’ULTIME SOLUTION DE MOBILITÉ ?

Le système de mobilité qui s’est développé dans les sociétés occidentales n’est pas durable : congestion, pollutions diverses, accidents – mortels ou non – , dépendance envers des ressources naturelles limitées, déchets... Il est aussi caractérisé par de fortes inégalités sociales dans la possibilité même de se déplacer ainsi que dans l’exposition aux nuisances des transports.

Face à ces multiples défis, il importe d’avoir une vision globale. D’autant que toutes les solutions ne présentent pas la même efficacité, ni le même coût.
Focus sur trois critères (parmi bien d’autres donc) :

1° Premièrement, au niveau de la congestion et de l’encombrement de l’espace public, la voiture électrique n’apporte aucune amélioration par rapport à la voiture thermique. Une voiture « verte » reste une voiture, un embouteillage « vert » est toujours un embouteillage. Des améliorations sensibles peuvent par contre être obtenues tant par un recours accru aux bus et aux tram, que par un usage plus important du vélo – électrique ou non – et de la marche.

2° Deuxième critère : au niveau énergétique, plus un véhicule est léger par rapport à la masse qu’il transporte, meilleure est la performance. En divisant la masse utile transportée par la masse totale de l’attelage, on peut comparer les véhicules routiers. Une voiture moyenne pèse 1350 kg, et transporte en moyenne 1,4 passager de 70 kg. La masse utile transportée (masse des passagers) est donc de 7 % de la masse totale déplacée3. Ce même calcul, en tenant compte du taux d’occupation moyen, donne 15 % pour les bus, 83 % pour un vélo, et 100 % pour la marche, bien entendu. Plus le score est élevé, moins il y a de gaspillage d’énergie pour déplacer les personnes.

3° Troisième critère : les émissions de CO2 par passagers tout au long du cycle de vie des véhicules. On parle souvent des émissions en grammes de CO2 par kilomètre, mais une manière illustrative de présenter les choses est d’indiquer la distance qu’il est possible de parcourir avec un budget d’émissions de CO2 donné :

  • une personne en voiture parcourra 5 km avant d’avoir émis 1 kg de CO2 ;
  • en voiture électrique, elle parcourra 6 km ;
  • en bus, 10 km ;
  • et à vélo, 47 km.

Sans remettre en cause cette hiérarchisation, les estimations chiffrées peuvent varier dans une certaine mesure en fonction de la méthodologie de calcul choisie. Nous nous basons ici sur les chiffres de la Fédération européenne des cyclistes (ECF), laquelle est particulièrement rigoureuse avec le bilan CO2 du vélo, puisqu’elle va jusqu’à prendre en compte les émissions de CO2 liée à l’alimentation du cycliste.

Cet aperçu très partiel des critère de la mobilité durable n’a d’autre vocation que de démontrer la nécessité d’une approche systémique pour repenser notre mobilité. Et d’éviter de se laisser trop vite séduire par un message simpliste qui place la voiture électrique comme solution idéale de mobilité durable.
Siim Kallas, Commissaire européen au transport affirme d’ailleurs sans ambages : « le soutien [politique] à la voiture électrique n’est pas issu d’une volonté philosophique d’aller vers des carburants propres, c’est une réponse aux demandes de l’industrie ».

Ce n’est pas la voiture électrique qui rendra notre mobilité durable. Changez de mobilité, pas de voiture !
Pour en savoir plus, consultez notre dossier sur la mobilité électrique.

Liens

  • Fédération Inter-Environnement Wallonie
    www.iew.be

Contact

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