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Climat / DiCaprio : « Je passe ma vie à faire semblant. Vous, vous ne pouvez pas vous le permettre »

25 septembre 2014

Sommet spécial sur le climat de Ban Ki Moon : que retenir ?

Mardi 23 septembre, 120 chefs d’État et de gouvernement ont participé à un sommet spécial sur le climat, à l’appel du Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki Moon. Celui-ci souhaitait entendre les dirigeants du monde entier s’exprimer sur leurs actions concrètes en matière de lutte contre les changements climatiques. L’objectif de ce sommet était de doucement mettre la pression, en somme, pour favoriser la conclusion, fin 2015 à Paris, de l’accord mondial pour le climat.

« Je passe ma vie à faire semblant. Vous, vous ne pouvez pas vous le permettre ». Ces mots forts prononcés à l’ouverture du sommet par l’acteur Leonardo Di Caprio, nommé Messager de paix par les Nations Unies, devraient résonner longtemps dans les esprits des chefs d’Etat et de gouvernement. D’entrée de jeu, les déclarations se font l’écho des milliers de manifestants qui ont battu les rues du monde entier le dimanche 21 septembre, lors de la journée mondiale d’action pour le climat.

Ils étaient 300 000 dans les rues de New York, 40 000 à Londres, 10 000 à Melbourne, 2500 à Bruxelles,… Plus de 2600 villes dans 160 pays pour réclamer des décisions concrètes et l’atteinte d’un accord mondial ambitieux et contraignant pour tous les pays de la planète. Cette mobilisation, à l’appel d’Avaaz, est la plus grande de l’histoire sur des questions climatiques.

Les cris et les chants des plus de 600 000 citoyens du monde entier ont résonné jusque dans l’enceinte des Nations Unies, bien que les nombreuses annonces faites ne vont pas pour autant révolutionner le monde. Une déclaration a été signée sur les forêts, une plateforme pour l’’agriculture intelligente’ a été lancée, et les dirigeants politiques ont annoncé des contributions financières, certes, mais l’ensemble de ces annonces sont perçues avec énormément de circonspection de la part des ONG et syndicats : la présence d’une frange du secteur privé qui défend ses intérêts propres avant toute préoccupation sociale ou environnementale est très forte dans l’enceinte des Nations Unies ; et d’autre part, les bonnes idées foisonnent, mais certaines « bonnes intentions » se révèlent parfois paver l’enfer de certaines régions ou population du monde. Il en va par exemple de cette nouvelle plateforme pour une agriculture intelligente face au climat (qui réunit quelques pays, l’agro-industrie et quelques rares ONG) qui promeut les OGM, l’usage massif de pesticides et d’intrants chimiques et un modèle agroindustriel au lieu de promouvoir l’agroécologie.

Marche pour le climat, New York, 21 sept 2014 . Marche pour le climat, New York, 21 sept 2014 (Crédit : Avaaz.org )

Côté belge, la Plateforme Justice Climatique a rencontré le Premier ministre Di Rupo avant son départ à New York. Pas d’annonce nouvelle de sa part à la tribune des Nations Unies mais un discours engagé et sans ambiguïté sur l’urgence et l’importance pour la Belgique de s’engager fermement dans la lutte contre le réchauffement de l’atmosphère. On comprend évidemment que sa position ne lui permettait pas de s’avancer, mais l’ambition d’aboutir à la conclusion de l’accord fin 2015 a été rappelée sans ambages, de même que le besoin de s’engager dans une transition socialement juste vers une société bas carbone. Une allusion a aussi été faite à l’objectif européen du paquet énergie-climat à l’horizon 2030 (décision qui doit être prise les 23 et 24 octobre lors du Conseil européen), rappelant que l’objectif de 40% de réduction des émissions est un seuil minimum.

La grande absente de la déclaration belge est l’épineuse question du financement climatique, cruciale pour les pays les plus vulnérables et condition de signature d’un accord international. La Belgique n’a pas complètement honoré ses promesses de 2012 et 2013, et n’a pas encore discuté d’une contribution pour 2014 et les années à venir. L’Union européenne a quant à elle rappelé ses engagements d’ici 2017, tandis que la France a annoncé vouloir contribuer au Fonds vert pour le climat à hauteur d’un milliard d’EUR pour les 4 années à venir. De grands montants ont été annoncés, notamment par Ban Ki Moon qui a mentionné un engagement de 200 milliards de dollars, mais ceux-ci vont maintenant faire l’objet d’une analyse approfondie des ONG internationales pour décrypter la part d’engagement réel des États et la part d’argent donné (et non prêté), additionnelle aux budgets de l’aide au développement.

A la veille du sommet, les ONG de développement, ONG environnementales et syndicats belges, réunis sous la Plateforme Justice Climatique, ont appelé la Belgique à réaffirmer des engagements ambitieux. La prochaine grande étape aura lieu début décembre, à Lima, au Pérou, à l’occasion de la conférence climat de la Convention Cadre des Nations Unies sur les changements climatiques. D’ici là, la Belgique aura un gouvernement au fédéral et espérons-le, remis un peu d’huile dans ses rouages institutionnels, et en particulier dans la Commission Nationale Climat, chargée de coordonner les positions régionales et fédérale pour une politique climatique belge ambitieuse et cohérente.

Tags: Climat

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