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Climat : c’est l’année de l’ambition climatique !

Véronique Rigot Véronique Rigot
9 février 2015

2015, l’ANNEE du climat ! Fin décembre doit être signé, à Paris, l’accord mondial qui succédera au Protocole de Kyoto en 2020. Où en est-on ? Quelles sont les perspectives ? Comment les ONG se préparent-elles ?

La conférence climat de décembre 2014 au Pérou à peine clôturée, négociateurs et experts internationaux se sont déjà remis au turbin. Objectif de l’année ? Conclure LE nouvel accord mondial pour le climat. Pour faire progresser les discussions, une rencontre a été ajoutée au traditionnel calendrier annuel des négociations : elle aura lieu la seconde semaine de février à Genève. Ensuite, les négociateurs se reverront en juin à Bonn (Allemagne), puis, si tout va bien, à Paris fin novembre pour la fameuse « COP21 », la vingt-et-unième conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques. Une rencontre supplémentaire pourrait encore être ajoutée à l’agenda en automne, en fonction de l’évolution des discussions.

Où en est-on ?

Actuellement, la grande majorité des pays de la planète s’engage de façon purement volontaire pour la lutte contre le réchauffement de l’atmosphère (ce qui explique que les émissions de gaz à effet de serre ne cessent d’augmenter au fil des années (voir l’atlas du Global Carbon Project).

Le Protocole de Kyoto, seul cadre juridiquement contraignant au niveau international en cette matière, n’est d’application que pour l’Australie, l’Union européenne et quelques autres pays (Croatie, Islande, Liechtenstein, Monaco, Norvège et Suisse) depuis que le Canada, le Japon, ou encore la Russie se sont désengagés en 2013.

Le nouvel accord qui se négocie actuellement entrera en vigueur à l’issue du Protocole de Kyoto (qui avait été prolongé pour la période 2013-2020). Mais il est important qu’il soit signé dès cette année pour assurer la période de ratification et une mise en œuvre réelle dès début 2021.

Que retenir de Lima ?

A Lima, le climat des deux semaines de négociations était optimiste, jusqu’aux dernières heures où la négociation est devenue plus tendue entre les pays du Nord et les pays du Sud. En cause, le dossier du financement climat. Après plus de 36 heures de prolongation des négociations, un texte dilué a été présenté comme faisant le consensus. Ce texte, baptisé « l’appel de Lima pour l’action climatique », reporte toutes les décisions fondamentales à la prochaine conférence, à Paris. Un texte globalement décevant, donc, pour l’ensemble de la société civile, alors que les diplomates estiment leur satisfaction d’aboutir à un consensus, et de voir donc le processus de discussion rester sur les rails pour espérer conclure à Paris.

En termes de contenu, une analyse complète a été réalisée par la Plateforme Justice Climatique. Les attentes de la société civile belge concernaient trois dossiers : l’équité, le financement climat et la transition juste.

Bien que la demande des pays en développement de voir la question de l’équité des engagements dans la lutte contre le réchauffement a été prise en compte à Lima, les discussions n’auront que très légèrement progressé sur la difficile redéfinition des catégories de pays [1]. Par ailleurs, la question clef du contenu des annonces des contributions des pays (cruciale pour pouvoir évaluer l’équité des engagements des pays, car il ne suffit pas d’annoncer des réductions d’émissions mais aussi de s’engager en termes d’adaptation et de financement climat) a fait l’objet d’âpres discussions jusqu’à la fin des négociations, et le consensus final est faible : les pays peuvent inclure les informations qu’ils jugent pertinentes et ce, dans le délai qui leur convient (ceux qui y sont prêts peuvent le faire lors du premier trimestre 2015, les autres ayant jusqu’au 1er octobre).

Sur le dossier du financement climat, l’attention de la communauté internationale s’est focalisée sur le Fonds vert pour le Climat. Ainsi, plus de 10 milliards de dollars ont été promis pour son fonctionnement des 4 années à venir. C’est un signal important qui a donné un souffle d’optimisme au processus de négociations pour la préparation du futur accord. La Belgique, après avoir été pointée du doigt pour son silence sur ce dossier, a annoncé in extremis un montant de 51,6 millions d’euros pour le Fonds. L’absence de concertation intra-belge (et surtout l’absence d’accord de répartition des objectifs climatiques entre le fédéral et les régions) a été pointée et les quatre ministres belges devraient s’asseoir tout prochainement autour d’une table de négociation intra-belge pour éviter qu’une telle situation se reproduise.

Enfin, sur le dossier de la transition juste, alors que les syndicats demandaient l’inscription d’un paragraphe dans l’accord de Lima et l’assurance que les réalités des travailleurs seront dûment prises en compte dans l’accord de Paris, la Belgique et l’Union européenne se sont saisis de la question mais elle n’a pas percé au niveau international. En conséquence, il n’y a rien dans les textes de Lima concernant la transition juste vers une société bas carbone !

De l’ambition !

A l’issue de Lima, le sentiment de la société civile est que la patate chaude a été refilée à la France. Tout reste à faire, les discussions les plus complexes ont été reportées, et seule une liste des éléments proposés pour le futur accord (une quarantaine de pages remplies d’options) a été annexée à l’ «  Appel de Lima pour l’action climatique ».

Pour la société civile belge, l’accord devra être ambitieux, et trois critères nous permettront d’en juger : l’accord devra être contraignant sur base légale pour tous les pays, ambitieux pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, et solidaire avec les pays vulnérables aux aléas climatiques. Les grands enjeux sont clairs : il faudra faire plus et mieux pour limiter le réchauffement et rester sous la barre des 2 degrés ; il faudra inscrire les préoccupations sociales de l’ensemble des travailleurs de la planète dans des engagements concrets pour assurer la transition juste vers une société bas carbone et l’attention aux plus vulnérables (en particulier dans les pays les moins développés) devra être au cœur de l’accord et s’inscrire dans des mesures concrètes en termes d’adaptation aux changements climatiques, de financement et de reconnaissance des pertes et préjudices lorsqu’il n’est plus possible de s’adapter aux aléas climatiques.

Il faudra donc dépasser les « appels à l’action » pour démontrer un passage à l’action, et par là une réelle ambition politique. C’est pour pousser nos décideurs politiques à franchir ce pas que la société civile se prépare : nous devons faire entendre notre voix ! Parmi une multitude d’initiatives, un train spécial, le « Climate Express », sera affrété à partir de plusieurs villes belges pour rejoindre les grandes mobilisations à Paris.
Le CNCD-11.11.11 sera présent sur le front des mobilisations comme sur le front des négociations. Suivez-nous dès maintenant sur les réseaux sociaux pour être bien informé !

[1Les pays sont distingués en deux groupes : les pays industrialisés, responsables historiques du réchauffement, dans l’annexe 1, et les pays en développement dans l’annexe 2. Les pays de l’annexe 1 étaient tenus à des engagements (du moins en principe) pour lutter contre le réchauffement, aider les pays de l’annexe 2 à s’adapter, mettre à disposition des moyens financiers et favoriser le transfert de technologies. Or, depuis la signature de la Convention cadre en 1992, le contexte socio-économique mondial a changé et de grands pays se sont considérablement développés et polluent aujourd’hui en conséquence.

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