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Climat : des financements pour un Accord de Paris juste et solidaire !

Véronique Rigot Véronique Rigot
5 novembre 2014

L’Accord mondial pour le climat, qui fera suite au Protocole de Kyoto, est actuellement en préparation dans l’enceinte des Nations Unies. Il devra être signé l’année prochaine, lors de la conférence de Paris. Plus que jamais, la condition sine qua non de cet accord est le financement climat.

Pourquoi, combien, et la Belgique contribuera-t-elle ?

Des financements climat, pourquoi ?

Le financement climat est inscrit dans les textes onusiens dès 1992. Engagement formel des pays industrialisés à aider les pays vulnérables aux impacts des changements climatiques, il s’agit d’une reconnaissance internationale que les pays qui souffrent le plus des changements climatiques se situent dans l’hémisphère sud et sont, pour la plupart, démunis face aux aléas climatiques.
Il a cependant fallu attendre fin 2009 pour avoir de premiers engagements chiffrés, auxquels l’ensemble des pays industrialisés a souscrit, y compris la Belgique. C’est également en 2009 qu’est annoncée la création d’un Fonds des Nations Unies entièrement dédié au financement climat, le Fonds vert pour le Climat (Green Climate Fund – GCF www.gcfund.org ).
Le Fonds vert pour le Climat est maintenant opérationnel, il a un conseil de gestion (au sein duquel la Belgique est représentée) qui se réunit régulièrement et son secrétariat est installé en Corée du Sud. Au printemps 2014, le fonds a lancé un premier appel à financement international, devant servir à financer sa structure, l’engagement du personnel nécessaire, et ensuite ses premiers projets dans les pays du Sud.

Combien ?

Le Fonds vert pour le Climat estime avoir besoin de 10 à 15 milliards de dollars pour son fonctionnement des 4 prochaines années (2015-2018). L’objectif de minimum 10 milliards de dollars a été relayé par Ban Ki Moon, secrétaire général des Nations Unies, à l’occasion du Sommet spécial sur les changements climatiques, et est devenu l’objectif prioritaire d’ici la prochaine conférence des Nations Unies sur le climat, début décembre 2014, au Pérou.
Début novembre 2014, le compteur était à 2,8 milliards. Quelques pays ont donc déjà contribué, dont la Suède, qui a annoncé 500 millions de dollars sur 4 ans [1], la France et l’Allemagne 1000 millions de dollars chacune, et d’autres plus petites contributions, dont celles de la Corée du Sud et du Mexique, remarquables car ces pays n’appartiennent pas au groupe des pays obligés de contribuer au financement climat (ils ne sont pas les émetteurs historiques de CO2 depuis la révolution industrielle).
La Grande-Bretagne prépare actuellement son chiffre, et d’autres annonces devraient encore être faites d’ici la conférence spéciale de donateurs qui se tiendra à Berlin le 20 novembre. Une fois les 10 milliards de dollars réunis, les négociations de la conférence de Lima pourront débuter sereinement. L’accord de Lima devra assurer un avancement significatif des discussions pour espérer conclure le futur accord mondial en décembre 2015, lors de la conférence de Paris.

La Belgique contribuera-t-elle ?

L’objectif international est donc fixé à 10 milliards de dollars, à réunir avant la conférence de Lima, en décembre. La Belgique y contribuera-t-elle ? Elle le doit. En vertu des accords des Nations Unies –dont elle ne peut se désolidariser—, la Belgique doit contribuer au moyen de financements nouveaux et additionnels à l’aide publique au développement. C’est en effet ce qui est inscrit dans l’Accord de Copenhague de 2009, qui a été entériné à Cancun fin 2010. Qui plus est, la contribution au financement climat doit être au moins égale au montant moyen alloué pendant la période 2010-2012 (accord de Doha, 2012) et elle devra progressivement augmenter afin de contribuer à l’objectif commun fixé à l’horizon 2020 : 100 milliards de dollars annuels (accord de Varsovie, 2013).
Contribuer au financement climat, pour la Belgique, c’est aussi être cohérente sur la scène européenne et internationale. Il serait en effet très mal perçu que la Belgique s’accroche à son siège dans le comité de gestion du Fonds vert pour le Climat mais ne contribue pas à son fonctionnement.
Jusqu’ici, la Belgique n’a pas été un bon élève du financement climat international. Fin 2009, le Premier ministre Leterme annonçait que la Belgique contribuerait à hauteur de 50 millions EUR annuels, soit 150 millions pour la période 2010-2012. Promesse non tenue, car il manque 58 millions au décompte final. Il en va de même pour 2013, où la Belgique n’a pas déboursé l’entièreté de l’argent promis, et où en plus, elle a modifié sa méthode de comptabilisation, ceci permettant de gonfler ses chiffres. Enfin, pour 2014, c’est la grande inconnue, tant sur les montants de la contribution que sur la manière.
L’accord de gouvernement fédéral prévoit ainsi que le financement climat proviendra des budgets de la coopération au développement. Le critère d’additionnalité des financements climat à l’aide publique au développement, critère pourtant reconnu internationalement et qui avait fait l’objet d’un soutien de Charles Michel lorsqu’il était ministre de la Coopération au développement en 2009, est donc nié, d’autant que le nouveau gouvernement fédéral ne prévoit pas d’augmentation de budget de la coopération, bien au contraire !
Les derniers cabinets se mettent en place et les perspectives d’assumer des obligations financières au titre de solidarité internationale ne sont pas au goût de tous les nouveaux décideurs, a fortiori dans un délai si court ! Pourtant, pour rester crédible sur la scène internationale, la Belgique devra nécessairement respecter ses engagements internationaux et mettre sur la table chaque année un minimum de 50 millions d’euros.

Pour en savoir plus

[1Le PIB de la Suède est similaire à celui de la Belgique. En proportion, pour assumer un engagement équivalent à celui de la Suède, la Belgique devrait annoncer 459,6 millions de dollars.

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