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Conférence de Doha

Climat : il faudra attendre

Véronique Rigot Véronique Rigot
11 décembre 2012

En guise de conclusion du sommet sur le climat de Doha, une carte blanche de Véronique Rigot, CNCD-11.11.11.

Il faudra attendre la conférence de 2015 à Paris pour l’adoption d’un accord international pour le climat. Il faudra attendre 2020 pour son entrée en vigueur. Il faudra attendre, tel est le message des pays industrialisés et des grands pays émergents aux pays qui subissent les caprices du climat.

La conférence des Nations unies pour le climat s’est achevée ce samedi 8 décembre à Doha, au Qatar. Résultats : la prolongation du protocole de Kyoto et quelques petits pas pour le futur accord international. Ce n’est pas rien. Mais c’est largement insuffisant face à l’ampleur de la situation. Et en tous cas, ce n’est rien face à l’ampleur des risques environnementaux et humains du réchauffement.

Il faudra attendre pour que les grands émetteurs de CO2 s’engagent aux drastiques mesures nécessaires pour éviter que le climat ne s’emballe. Il faudra attendre pour que les pays industrialisés, et en particulier la Belgique, n’honorent leurs promesses financières de Copenhague. Il faudra attendre pour la création d’un mécanisme international d’assurance et de compensation pour les dégâts inévitables des changements climatiques. Il faudra attendre pour la justice climatique.

Les victimes du climat devront attendre

Les familles devront attendre pour se déplacer en cas de catastrophe. Les ouragans toujours plus violents devront attendre pour se manifester. Les moussons irrégulières devront attendre pour inonder les champs et les villages. Les glaces des pôles et des glaciers devront attendre pour fondre. Les terres côtières devront attendre pour devenir incultivables à cause de la salinisation due à l’élévation du niveau des mers. Les bancs de poissons devront attendre pour se déplacer à cause du réchauffement des eaux. Les nappes phréatiques devront attendre pour être contaminées par les eaux salines. Les sécheresses devront attendre pour décimer les troupeaux et les villages. Les sources d’eau douce devront attendre pour tarir.

Les familles devront attendre de se réfugier pour trouver un abri. Elles devront attendre d’émigrer pour boire, s’alimenter, cultiver, pêcher, commercer, se développer. Elles devront attendre pour vivre, simplement. Les négociations climat sont le terrain de l’affrontement du Nord et du Sud, des USA et du G77, de l’Europe de l’Ouest et de l’Europe de l’Est, pour des intérêts économiques plus que sociaux et environnementaux. Un terrain de jeu de la géopolitique mondiale de l’énergie et des ressources. Un terrain de jeu de nos conditions de vie et de notre bien-être. Bopha, l’ouragan meurtrier qui a ravagé les Philippines au moment même des négociations, n’a pas ramené nos politiques à la raison. Il faudra donc postposer les changements climatiques à 2020.

Ah oui, pardon, on ne peut postposer les changements climatiques à 2020.

Mesdames et messieurs les ministres, vous négociez nos vies. Nous ne vous avons pas donné le mandat de postposer les décisions vitales. La société civile, les ONG, les associations, les familles, les simples citoyens que nous sommes, femmes, hommes, parents, enfants, de tous âges et de toutes cultures, continuerons de vous le rappeler par tous les moyens, en chantant [1], en manifestant, en vous interpellant ou en votant. Le climat n’attend pas !

[1Le clip vidéo Sing for the climate a été projeté devant les ministres du monde entier en ouverture de la séance plénière des négociations climat de Doha. Plus de 80 000 citoyens belges ont fait entendre leur voix cet été 2012 pour plus d’ambition politique climatique. Plus de 300 000 élèves belges ont également chanté, et à Doha, des centaines de personnes ont repris l’hymne au sein-même du centre de convention.

Source : carte blanche publiée le 11 décembre 2012 dans La Libre (www.lalibre.be).

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