Climat : la COP 30 renouvellera-t-elle l’ambition ?
Dans un contexte mondial tendu, le résultat de cette COP 30 s’annonce plus qu’incertain.
Dix ans après la signature de l’Accord de Paris, les gouvernements sont conviés en ce mois de novembre 2025 à la 30e Conférence des parties (COP) sur le climat. Celui-ci a lieu à Belém, porte d’entrée de l’Amazonie brésilienne. L’ONU espère que les États y travailleront de concert pour combler le fossé de l’ambition climatique. Mais dans un contexte mondial tendu, le résultat de cette COP 30 s’annonce plus qu’incertain. En dépit du chaos anticipé, certaines initiatives pourraient émerger. Décryptage.
Belém do Pará [1]. C’est aux abords de la Baía do Guajará, au nord du Brésil, que la COP 30 déposera ses valises du 10 au 21 novembre pour de nouvelles négociations internationales sur le climat. Dix ans après l’adoption de l’Accord de Paris Accord de Paris , et alors que la fenêtre qui devait nous permettre de respecter le plafond de 1,5°C est désormais considérée comme refermée [2], chaque dixième de degré va plus que jamais compter pour empêcher un emballement du dérèglement climatique : plusieurs points de basculement dangereux se situent en effet entre 1,5°C et 2°C [3]. Les efforts pour diminuer drastiquement les émissions mondiales doivent donc redoubler, ce qui est l’un des enjeux clés de cette COP 30.
Juguler l’augmentation du mercure
La température moyenne a déjà atteint 1,3°C de réchauffement et il est anticipé qu’à politiques inchangées, la planète se réchauffe de 2,7°C d’ici la fin du siècle par rapport au niveau préindustriel [4]. Pour Hugues Falys, agriculteur-paysan de la province du Hainaut, les sécheresses et précipitations extrêmes dues au dérèglement climatique se traduisent dans ses champs par des pertes de rendements, un surcroît de travail et de stress [5]. Un constat affolant qui est partagé par huit agriculteurs-éleveurs sur dix [6]. Pour un réchauffement de 2,5°C, les rendements de maïs et de pomme de terre pourraient chuter de 35 % d’ici 2050, accroissant la précarité du monde agricole [7]. C’est pour cette raison qu’Hugues Falys a porté plainte en 2024 contre TotalEnergies, un procès dont les plaidoiries auront lieu du 19 au 26 novembre 2025 [8].
Mais si les conséquences du dérèglement climatique se font déjà sentir chez nous, elles sont encore d’une tout autre ampleur dans le Sahel, où les sécheresses s’étirent de plus en plus dans le temps, jusqu’à rendre désertiques d’anciennes oasis de vie. Pour Mamadou Amadou, chef de Boborél, un village au Sahel, « la sécheresse diminue tout. La beauté du teint, la santé mentale, la qualité du sommeil, la reproduction des animaux, la quantité de lait. Avant, on pratiquait l’élevage sans se soucier de l’argent. Maintenant, on ne pense qu’aux frais, si ça rapportait assez, si on pourra payer un mariage, si ça sera suffisant pour nourrir la famille et les bœufs » [9]. Du Nord au Sud, plus la température se réchauffe, plus la subsistance de l’agriculture et l’élevage est fragilisée.
Objectif, hausser l’ambition
L’Accord de Paris, signé en 2015, a constitué une première étape, sans laquelle le réchauffement aurait été de 5°C par rapport à l’ère préindustrielle. A travers ce traité, les États se sont engagés à revoir leurs ambitions tous les cinq ans, de manière à accentuer la courbe qui doit nous permettre de respecter le plafond prévu « bien en dessous de 2°C et le plus proche possible de 1,5°C ». Dix ans plus tard, l’une des obligations préalables à la COP 30 est donc pour les Etats d’établir des plans de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) à l’horizon 2035, autrement appelés « contributions déterminées au niveau national » (CDN). Pour la période actuelle, l’Union européenne s’était engagée, notamment via l’adoption du Pacte vert pour l’Europe (Green Deal
Green Deal
Pacte vert européen
), à viser 55 % de réduction à l’horizon 2030 (par rapport à l’année de référence 1990).
En théorie, toutes les CDN doivent être basées sur le dernier Bilan mondial - établi en 2023 lors de la COP 28 à Dubaï -, qui a évalué la progression globale des émissions et défini des orientations générales à prendre pour corriger le tir. À cette occasion, les États se sont accordés pour « transitionner hors des énergies fossiles » et atteindre la neutralité climatique d’ici 2050, tripler les énergies renouvelables et doubler le taux d’efficacité énergétique d’ici 2030, ainsi que pour supprimer les subsides aux énergies fossiles dits inefficaces aussi vite que possible.
En vue de la présente COP au Brésil, l’ensemble des plans de réduction des émissions de gaz à effet de serre à l’horizon de 2035 seront compilés dans un rapport de synthèse afin d’évaluer si oui ou non, l’ensemble des efforts consentis permettent de respecter l’Accord de Paris. Techniquement, cela implique une réduction des émissions mondiales de 57 % pour 2035 par rapport à 1990. Un défi d’autant plus gigantesque que ces émissions n’ont toujours pas commencé à baisser : elles ont encore augmenté d’un pourcent entre 2023 et 2024 [10].
L’Union européenne attendue au tournant
Pour atteindre un objectif de réduction des GES conforme à l’Accord de Paris, chaque pays doit faire sa juste part. Avec le retrait des États-Unis, et des annonces en deçà de l’ambition espérée de nombreux pays industrialisés (Royaume-Uni, Canada, Australie, etc.), l’Union européenne et ses États-membres sont attendus au tournant. Or le contexte européen n’est pas réjouissant sur les questions climatiques et environnementales. Depuis les élections de juin 2024, les conservateurs et les nationalistes, parfois en collaboration avec l’extrême droite, travaillent dur pour détricoter de nombreuses politiques climatiques et environnementales (Devoir de vigilance devoir de vigilance , Loi sur la restauration de la nature, Directive sur la déforestation, etc.). Et ce à tel point que la survie du Pacte Vert ne tient plus qu’à un fil.
En amont de la COP, les ministres du climat européens étaient invités à amender la loi climat européenne. Dans ce cadre, l’UE devait se mettre d’accord d’abord sur un horizon plus large – l’horizon 2040, lequel conditionne ensuite le chiffrage de l’objectif intermédiaire pour 2035, les deux étant couplés. Après d’âpres négociations qui ont duré jusqu’au petit matin, un accord a été trouvé de réduire les émissions de GES de 90 % par rapport au niveau de 1990. Ce chiffre concorde de justesse avec les recommandations du conseil scientifique [11] mis en place par la Commission européenne qui estimait que la part juste et réalisable des européens se situe entre 90 et 95 % de réduction nettes. La proposition sur la table était donc déjà minimaliste et a été considérablement affaiblie par les États membres qui ont plaidé pour l’utilisation de crédits carbones à hauteur de 5 % et la révision de l’objectif tous les quatre ans. Finalement, l’UE qui s’était déjà péniblement unie autour d’une CDN provisoire en septembre comprise entre 66,5 % et 72,5 % décide de continuer sa route vers Belém avec cette fourchette au lieu de s’arrêter sur un chiffre précis.
Le manque d’unité derrière un chiffre précis, le choix pour le strict minimum, ainsi que le retard de l’UE dans la soumission de sa CDN érodent considérablement la crédibilité européenne sur la scène internationale. Il devient difficile pour l’UE de faire la leçon à d’autres pays, alors qu’elle se défausse de ses propres obligations. Dernière piqûre de rappel en date, l’avis consultatif de la Cour internationale de justice a statué que les États ont l’obligation de soumettre la plus haute ambition possible [12].
Quel héritage pour Belém ?
Outre la question de savoir si les États définiront des CDN suffisants, les avancées que l’on peut espérer sur des dossiers concrets à Belém demeurent floues. À Dubaï et Bakou, les attentes étaient claires : le Bilan mondial pour le premier, et l’adoption d’un nouvel objectif de financement collectif (New Collective Quantified Goal – NCQG) pour le second.
Cette fois, il est difficile d’identifier le dossier qui sera central au cours des négociations à Belém. Le Brésil qualifie le sommet de Mutirão global [13], autrement dit une mobilisation collective pour agir contre le dérèglement climatique. Dans cet esprit, la présidence affirme vouloir mettre en œuvre l’héritage des COP précédentes [14], et donc passer du mode « négociation » au mode « action ». Cette volonté de passage à l’action est noble, mais elle ne peut se faire aux dépens du travail de négociation qui reste à faire.
Outre la fixation d’un cap de réduction pour 2035, il faut répondre aux interrogations vis-à-vis du financement climatique international (Article 9.1 [15], Feuille de route Bakou à Belém), s’accorder sur des mécanismes de réduction de la déforestation, mais aussi créer des incitants pour une transition juste à l’échelle mondiale (Just Transition Work Program). Sans décision sur ces différents points, il est illusoire de penser qu’une transition climatique mondiale puisse être réalisée.
Le fantôme de Bakou : le financement international
La clé de voûte de l’action climatique, c’est le financement international. Comme l’a rappelé la Cour internationale de justice (CIJ), les États développés ont l’obligation de fournir du financement aux pays en développement, non seulement parce qu’il leur permet de diminuer leurs émissions (c’est le volet « « atténuation »), de mettre sur pied la transition (développement de politiques décarbonées), de vivre avec les conséquences du dérèglement climatique (volet « adaptation »), mais surtout car il cristallise la responsabilité historique des pays développés en matière d’émissions par rapport aux pays du Sud.
À la COP 29, à Bakou, la question du financement climatique international avait été centrale puisqu’il s’agissait de définir l’engagement financier des pays du Nord après 2025. Le résultat fut la négociation d’une enveloppe de 300 milliards par an pour les pays du Sud d’ici 2035 – un montant largement en deçà de l’estimation de leurs besoins. Sur base des rapports produits par l’ONU et d’études scientifiques, ces éléments sont en effet estimés à minimum 1.000 milliards USD par an. De plus, outre le fait que le montant promis soit insuffisant, il est improbable que les pays du Nord honorent leurs obligations puisqu’ils coupent massivement dans les budgets qui y sont destinés. En Belgique, la coupe annoncée de 25 % dans le budget de la Coopération belge implique dans les prévisions de l’Arizona une diminution de 27 % du financement climat d’ici 2027. Un choix budgétaire paradoxal puisque les nouveaux engagements internationaux, comme le NCQG, appellent la Belgique à augmenter ses contributions.
Conscient de la réduction du financement public mis à disposition du climat, l’UE fait le pari que d’autres acteurs pourraient pallier les besoins grandissants des pays du Sud – à savoir d’une part les banques multilatérales de développement (Banque mondiale, Banque africaine de développement, etc.) et le secteur privé. Malheureusement, les investissements de ces acteurs se font généralement sous forme de prêts et accompagnés de conditions : par exemple, les pays du Sud doivent se porter garants des rendements ou mener des politiques d’austérité pour devenir plus attractifs aux yeux des investisseurs. Cette approche nécessite des liquidités, notamment en vue de rembourser les prêts et les intérêts, et pousse nombre de pays du Sud à l’exploitation plus intense des ressources naturelles, dont les hydrocarbures. Au final, ce sont donc les pays du Sud qui financent la lutte contre le dérèglement climatique sur leur propre territoire.
De Bakou à Belém
L’accord survenu à la COP 29 en matière de financement climatique international, le NCQG, n’a pas répondu aux enjeux – à savoir le financement de 1 300 milliards de dollars par an. Néanmoins, une autre porte d’entrée pourrait être la Feuille de route de Bakou à Belém pour 1300 milliards - un processus qui visait initialement à produire un rapport permettant d’amplifier la qualité des financements, notamment via des dons, des prêts concessionnels, et d’autres instruments qui n’aggravent pas la dette des pays du Sud. Y figurent des mesures pour modifier les règles du monde financier, notamment en avançant sur la question de conventions internationales sur la dette souveraine et sur les règles de taxation mondiale. La COP 30 pourrait envoyer des signaux pour approfondir ces discussions.
Cependant, les signaux envoyés par la présidence de la COP lors de la session intermédiaire de négociations de Bonn (juin 2024) abondent dans le sens du secteur privé et des banques de développement. Par ailleurs, le processus pour finaliser cette feuille de route est très opaque. Procéder derrière des portes closes pose question sur la volonté de la présidence brésilienne d’atterrir sur une feuille de route qui puisse poser les bases d’un plan d’action ambitieux, orienté vers le futur.
Protéger les forêts tropicales depuis l’Amazonie
La COP 30 pourrait également aborder une des sous-catégories du financement climatique particulièrement sous-financées que sont les politiques de lutte contre la déforestation et de protection de ces précieux puits de carbone que représentent les forêts tropicales. Néanmoins, le président du Brésil, Lula, a fait de cette question une priorité. La présidence brésilienne travaille donc activement à la mise sur pied d’un fonds destiné à concrétiser la promesse faite à Glasgow (COP 26) d’atteindre 0 % de déforestation d’ici 2030 via le « Tropical Forest Fund Forever » (TFFF).
En pratique, il s’agit de créer un fonds d’investissement qui s’auto-financerait via des obligations dites vertes. Après le remboursement des investisseurs, les pays qui abritent des forêts tropicales recevraient 4 USD par hectare de forêt préservée. Et ce à deux conditions, d’abord d’avoir un taux de déforestation inférieur à 0,5 % et ensuite que ce taux décroisse au fil du temps. Bien que l’idée soit innovante, elle comporte plusieurs failles. D’abord, seulement 20 pays sur 74 rempliraient les conditions pour en bénéficier. Un pays comme la République démocratique du Congo, qui abrite la deuxième forêt tropicale au monde, ne le serait pas car son taux de déforestation est de 0,7 %.
Ensuite, si les obligations sont émises par les pays du Sud, le risque est qu’ils soient eux-mêmes à la base du financement du fonds. En revanche, si les obligations sont issues par des pays du Nord, c’est leur transition qui va être financée par le TFFF. Dans tous les cas, seulement une fraction du retour sur investissement réalisé grâce aux obligations ira aux forêts tropicales. Enfin, la capitalisation de base du TFFF rééquerrerait 125 milliards USD dont 25 milliards issus de pays développés, autant d’argent qui aurait pu directement financer des solutions d’adaptation et d’atténuation.
Une COP de transition
En parallèle des avancées sur ces dossiers phares, la question de la transition juste pourrait aussi tirer la couverture, via le Just Transition Work Program qui aborde notamment la place des travailleurs et travailleuses et les communautés au cœur de la transition. Avec ce programme de travail, les États ont l’occasion de discuter non seulement de la décarbonation leur économie, mais aussi de la réduction des inégalités, notamment entre pays. Un texte – qui porte des opportunités à plus long terme et génère des divergences – est actuellement sur la table et doit être discuté à Belém. La société civile souhaite que soit mis en place le « Belem Action Mechanism » (BAM) qui devrait permettre de déterminer et de dépasser les barrières qui entravent la mise en place d’une transition juste à l’échelle mondiale via une série de recommandations et une meilleure coordination internationale.
Le Brésil, un test pour le multilatéralisme
Parmi ces multiples dossiers, difficile d’épingler lequel sera la source d’avancées la plus importante. Alors que la COP 30 paraît maigre sur la substance, c’est sur la forme qu’elle pourrait s’avérer révélatrice. Résoudre la crise climatique exige une coopération internationale forte, et c’est finalement dans la capacité à trouver le consensus et à faire preuve de solidarité que l’on pourra juger du succès de Belém.
Après trois années passées à négocier dans des pays autoritaires, la COP renoue avec la démocratie dans un pays où il est impossible de composer sans les mouvements sociaux, les peuples autochtones et la société civile. Ces derniers ont joint leur force pour organiser le Sommet des Peuples en marge des négociations officielles. Ce sommet parallèle visera à offrir à la fois un espace d’espace d’échange et de convergence, mais surtout l’opportunité de s’unir pour réclamer la justice climatique
Justice climatique
changement climatique
changements climatiques
et une transition juste et inclusive vers une société du bien-être.
[1] Belém au Brésil et non la ville homonyme portugaise
[6] Observatoire CBC « Les agriculteurs wallons face aux défis des changements climatiques »
[7] CERAC (2025) Principaux risques en Belgique
[9] Propos recueillis par Sarah Frères Imagine Demain le Monde juillet-aout 2022
[10] Commission européenne, EDGAR - Emissions Database for Global Atmospheric Research – 2025 Report. https://edgar.jrc.ec.euro...
[11] ESABCC (2025) Scientific advice for amending the European Climate Law - Setting climate goals to strengthen EU strategic priorities
[13] Présidence de la COP 30 (18 septembre 2025) Mutirão COP 30 (Consulté le 15 octobre 2025)
[14] Présidence de la COP 30 (20 juin 2025) Quatrième lettre de la Présidence (Consulté le 15 octobre 2025)
[15] L’Article 9.1 de l’Accord de Paris est une clause qui stipule que les pays développés doivent fournir des ressources financières pour aider les pays en développement dans leurs efforts d’atténuation et d’adaptation au changement climatique, tout en respectant leurs obligations existantes.



