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Climat : le G7 ou le recyclage de vieux engagements

Véronique Rigot Véronique Rigot
12 juin 2015

Deux semaines de négociations climat viennent de se clôturer à Bonn, en Allemagne. A 6 mois de la Conférence climat de Paris, le processus de négociations est clarifié, mais on ne peut pas encore en dire autant du projet de texte. Ces négociations ont par contre été marquées par la déclaration politico-médiatique du G7, des décisions jugées ‘importantes’ pour le climat. Quelles sont-elles ? Quelle est leur portée ? Et vont-elle vraiment aider à la conclusion d’un accord mondial ? Voici une brève analyse.

Peu d’avancées sur le texte, brouillon, rempli d’options, mais des précisions sur le timing des négociations pour aboutir à la conclusion du nouveau protocole sur le climat, à Paris, en décembre, tel est le bilan des deux semaines de négociations qui viennent de s’achever à Bonn.
De tous petits pas ont été franchis dans une ambiance de travail plutôt constructive, mais il reste énormément d’options dans le texte. Les deux co-présidents du groupe de travail qui prépare le nouvel accord pourraient proposer un projet de texte plus concis abordant les quatre éléments essentiels du futur accord de Paris (atténuation, adaptation, pertes et préjudices et finance).

En termes de timing, un sommet politique aura lieu les 20 et 21 juillet, puis deux autres sessions préparatoires (fin août et fin octobre) avant la Conférence de Paris (30 nov-11 déc). La présidence française a exprimé le souhait d’aboutir à un texte prêt d’ici fin octobre, quitte à prolonger un petit peu la dernière session préparatoire.

3°C, 4°C ou plus…

L’objectif de hausse maximale de la température de l’atmosphère est fixé depuis 2009 à 2°C, mais actuellement, avec les engagements annoncés à réduire les émissions, on est sur la piste d’une hausse de 3 à 4°C d’ici la fin du siècle, voire plus. Depuis la Révolution industrielle, la hausse de la température moyenne de l’atmosphère est de moins de 1°C, et on en voit déjà les effets dévastateurs. Pour ne prendre qu’un exemple, la récente vague de chaleur en Inde, sans précédent, a tué plus de 1700 personnes en l’espace de quelques jours !

Alors que les voix des pays les plus vulnérables s’élèvent pour l’adoption d’un objectif de 1,5°C, l’Arabie Saoudite bloque tout débat et aucune ligne n’a bougé à ce niveau. Par contre, à l’instar du Maroc et de l’Ethiopie qui ont annoncé leur engagement à réduire leurs émissions, les pays en développement ne se contentent pas uniquement de réclamer plus d’ambition, ils démontrent leur volonté de contribuer, eux aussi, à la lutte contre le réchauffement.

La reconnaissance des pertes et préjudices

Les cyclones dévastateurs, l’élévation du niveau des mers, la salinisation des terres et des nappes phréatiques, les modifications du régime des précipitations, les baisses de rendement des récoltes,… les impacts des changements climatiques sont désormais reconnus de tous, y compris du G7 dans sa déclaration politique de lundi 8 juin.

Pour les pays les plus vulnérables, la grande préoccupation est d’abord et avant tout que l’on s’attaque à la source du problème : les émissions. La seconde préoccupation est de s’adapter aux aléas climatiques, d’aider leur population à trouver des solutions adaptées à leur contexte. Mais depuis quelques années, est apparu un nouveau débat : que fait-on dans les situations où il n’est plus possible de s’adapter ? Comment reconnaît-on les pertes et préjudices (matériels, humains) qu’ils subissent lors des catastrophes climatiques ? La logique est simple : au moins on limite le réchauffement, au plus on devra en assumer les conséquences. La demande est donc de voir cela inscrits dans l’accord de Paris.

Au moins on limite le réchauffement, au plus on devra en assumer les conséquences

Le financement climat

De l’avis de Laurent Fabius, qui présidera la négociation de Paris [1], le dossier du financement climat sera crucial pour la conclusion de l’accord de Paris , mais la discussion a peu progressé à Bonn. A l’instar de 2014 et des engagements à abonder le Fonds Vert pour le climat, c’est d’annonces politiques dont a besoin ce dossier. La grande question est de savoir comment assumer l’annonce de 100 milliards de dollars annuellement d’ici 2020. Et à ce niveau, alors que l’Allemagne joue les bons élèves (en mai, la chancelière Angela Merkel a annoncé doubler ses engagements promis en 2014), la Belgique est mal placée. Nous sommes très en retard : il n’y a pour le moment aucun chiffre avancé pour la contribution 2015, et encore moins de perspectives pour la période 2015-2020. Même nos engagements passés ne sont pas honorés.

Sans accord de répartition intrabelge des engagements climatiques, nous risquons de nous retrouver dans la même configuration qu’à la conférence de Lima en décembre 2014 : muets sur notre contribution au Fonds Vert pour le Climat car incapables d’annoncer un engagement coordonné des gouvernements des trois Régions et du fédéral pour la solidarité climatique. La situation, sauvée in extremis par les annonces disparates de nos ministres, ne l’est qu’en apparence car seule la Région bruxelloise a à ce jour déboursé l’argent promis !

Et le G7, qu’en penser ?

Sur le financement climat, le G7 s’est bien gardé de s’engager : il s’est contenté de réaffirmer les engagements passés, ce qui n’a pas pour vocation d’aider les négociateurs climat qui, au même moment, à 600 km du château d’Elmau, préparaient le futur accord mondial pour le climat. Par contre, l’annonce marquante de la déclaration politico-médiatique est l’engagement du G7 à « décarbonner » l’économie mondiale d’ici la fin du siècle. Un signal politique pour Paris, certes, mais à bien y regarder, cette déclaration est in fine assez floue, et, elle n’ « engage » que 7 des 192 Etats qui devront approuver l’accord de Paris à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Un simple « signal » pour Paris, donc. Rien de plus.

Réunissant les chefs d’Etat des Etats-Unis, du Japon, du Canada et de quatre pays européens (Allemagne, Italie, France, Grande-Bretagne), le G7 fêtait cette année ses 40 ans dans un château en Bavière. Alors qu’initialement, il disait se réunir pour aborder des questions uniquement économiques, le groupe des 7 s’intéresse évidemment aux questions géostratégiques, et donc aussi à l’environnement, et ce, depuis déjà 30 ans.

Le temps politique est court et le temps médiatique encore plus

Quarante ans, donc, l’âge de la maturité médiatique. Une fois de plus, aucun média n’aura en effet manqué ce rendez-vous politique de haut niveau minutieusement mis en scène. Au risque parfois d’en éluder le contenu : ainsi, l’annonce des engagements climatiques de ce lundi a été pour le moins galvaudée.
Y’a-t-il de vrais nouveaux engagements politiques dans la déclaration du G7 ? La réponse est oui. Le G7 a pour tradition de répéter certains engagements politiques pris par ailleurs, mais aussi d’avancer des idées nouvelles. Facile ! Volontairement, le G7 n’a jamais voulu se doter d’un secrétariat à même d’assurer le suivi des décisions prises. Ces décisions peuvent donc se laisser oublier, noyées dans le flux d’informations quotidiennes, et ne ressurgir qu’au titre de déclaration de telle personne à telle période dans tel contexte.

« Décarboner » l’économie mondiale, ça veut dire quoi ?

En l’occurrence, dans le contexte actuel de préparation de l’accord de Paris, de recommandations scientifiques claires pour résoudre le problème à sa source et de fortes pressions de la société civile internationale pour le désinvestissement fossile , le G7 inscrit l’idée de « décarboner » l’économie mondiale au cours de ce siècle.
En clair : l’économie mondiale devra s’abreuver avec autre chose que du pétrole, du gaz, du charbon, ou encore du gaz de schiste, des sables bitumineux et autres énergies fossiles non conventionnelles. Une déclaration révolutionnaire, quand on sait les affinités de l’Allemagne et du Japon avec le charbon, du Canada avec les sables bitumineux, des Etats-Unis avec le pétrole ou encore de la Grande-Bretagne avec le gaz de schiste ! Or la décarbonisation ne signifie pas « éradiquer toute émission carbone » mais « limiter » les émissions carbone. Les optimistes y liront peut-être entre les lignes l’avènement annoncé du 100% renouvelable, les réalistes une place toute faite au nucléaire…

Réduire les émissions de 40 à 70% d’ici 2050 (par rapport à 2010) !

En matière climatique, ce qui intéresse tout le monde, ce sont les chiffres de réduction des émissions. En lien direct avec l’annonce de décarboner l’économie, on s’attendrait à un objectif de zéro émissions d’ici la fin du siècle, tel que suggéré par le Groupe intergouvernemental des experts sur l’évolution du climat (GIEC) auquel le communiqué du G7 fait allègrement référence. Eh bien, non, il faudra se contenter d’un objectif d’ici 2050, de 40 à 70% correspondant effectivement aux recommandations du GIEC mais aucun des 7 ne s’engageant de façon ferme à réduire ses émissions de 70% d’ici la moitié du siècle. Le G7 prend soin de préciser que ce défi mondial ne peut être atteint que par une action mondiale. En clair : il attend des autres grands émetteurs mondiaux des engagements de réductions, et reconnaît par là même son impuissance. Le véritable tour de force serait que le G20, dont le prochain sommet est prévu à la mi-novembre (à la veille de Paris), s’engage à une décarbonisation totale de l’économie mondiale d’ici la fin du siècle !

Une assurance climat pour les plus vulnérables !

Alors que les négociations pour la reconnaissance des pertes et préjudices liés aux catastrophes climatiques opposent durement le Nord et le Sud depuis plusieurs années maintenant, le G7 reconnaît les impacts pour les pays vulnérables et s’engage en faveur d’une assurance « directe ou indirecte » pour 400 millions de personnes d’ici 2020. Alors que les Etats-Unis étaient farouchement opposés à toute idée de reconnaissance du troisième pilier [2], il semble qu’un pas soit fait vers les victimes. Un pas en avant, donc, mais un pas de souris. En effet, pour la Banque mondiale comme pour le GIEC, les premières victimes des changements climatiques sont les populations les plus pauvres. Or, au niveau mondial, 2,2 milliards de personnes sont considérées comme pauvres (chiffres du PNUD, rapport mondial sur la pauvreté 2014). Au-delà du fait que cette belle intention n’est accompagnée d’aucune précision autre que s’inspirer d’initiatives pilotes en Afrique et dans les Caraïbes, 400 millions de personnes à l’horizon 2020 semble une toute petite larme pour les victimes des changements climatiques.

Le signal que le G7 a donné pour Paris est que rien ne va fondamentalement changer.

Réaffirmer de vieux engagements

Le signal que le G7 a donné pour Paris est que rien ne va fondamentalement changer. Preuve s’il en est : à l’instar des financements climat, ou encore du cap des 2°C, l’arrêt des subsides aux énergies fossiles a lui aussi été réaffirmé haut et fort dans les médias. Mais on devra attendre encore probablement quelques années avant sa mise en œuvre : c’est l’inertie depuis la première annonce sur la question. C’était en 2009, et non pas par les dirigeants du G7 mais par ceux du G20, beaucoup plus représentatifs de la population mondiale.
Nos mémoires sont courtes et réaffirmer les vieux engagements marche toujours. Jusque quand ?

[2Le premier pilier est l’atténuation, le second l’adaptation, et le troisième pilier poser la question de ce qui doit être fait lorsqu’il n’est plus possible de s’adapter aux changements climatiques et que les catastrophes anéantissent des vies entières.

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